1789-1794, la Révolution est faite. On a vu précédemment dans notre article On vous a dit que la République c’est la démocratie ? que République et Démocratie sont des choses distinctes, que la République n’est qu’un « genre » d’organisation de la société, dont les « espèces » sont les diverses formes possibles de gouvernement, et la démocratie n’est qu’une forme de gouvernement. On a vu que les théoriciens modernes de la République considèrent qu’elle n’existe qu’à partir du moment où un peuple s’est constitué sous ce genre (notre article Un marché de dupes). Et on sait que cette République enfume le peuple par la flatterie en affirmant que c’est lui qui est souverain (notre article Celui qu’on veut duper, on le flatte). Or, comment expliquer et faire accepter au peuple qu’après s’être constitué, il doit se faire représenter par un monarque (collégial, le Directoire – impérial – ou présidentiel) à première vue semblable au despote dont la tête a été tranchée en 1793, et par un système de représentation, la « démocratie », qui n’est en réalité qu’une tromperie ?
Difficile si ce n’est impossible après ça de prôner une monarchie constitutionnelle à l’anglaise ou comme elle existe aujourd’hui en Espagne et dans divers pays d’Europe. Tout aussi difficile de parler de « démocratie » étant donné ce qu’en pensent les cerveaux de ce coup (on a vu l’hostilité, le jugement négatif des philosophes de la Modernité sur la démocratie, encore notre article On vous a dit que la République c’est la démocratie ?).
Pour commencer, on s’en tiendra au genre et on taira l’espèce dans le baratin servi au peuple. C’est ce qui explique que le mot « démocratie » soit absent de tous les documents constitutionnels de la Première République (21 septembre 1792). Les théoriciens de la République moderne (Hobbes, Hegel, Rousseau, Kant, etc.) prônaient pour elle une autre espèce de gouvernement que la démocratie.
Alors d’où vient que la République va pourtant se donner pour forme la démocratie, contredisant en cela ses théoriciens ? Parce que le peuple est loin du monde de l’Esprit dans lequel évoluent nos philosophes. Et il est donc difficile de lui faire admettre, après lui avoir expliqué qu’il est souverain, que c’est toujours la même élite qui le représente et le gouverne de père en fils. Après la Révolution, l’adoption du mot République se fait sans celle de sa forme de fonctionnement (la « démocratie »), pour pouvoir duper le « souverain » pigeon. Les propos de Rousseau sur la représentation prouvent qu’une « démocratie représentative » était d’abord une contradiction dans les termes. Le génie roublard de l’élite aura été de convaincre le troupeau que cette contradiction n’en était pas une, qu’elle avait un sens, ce qui a permis de la réaliser. Pour cela, ils ont habilement distingué la démocratie directe de la démocratie représentative, expliqué que l’hostilité des pères fondateurs de l’idée républicaine moderne ne portait que sur la première, ce qui est un mensonge, elle portait sur la seconde, et c’est ce mensonge qui l’a fait accepter. Par là-même, on a conféré à l’idée une force pratique, une force de « progrès ». Et qui peut oser se dire hostile au progrès, dire préférer une dégradation à une « amélioration » ? Sur le simple d’esprit, le tour était joué.
