La démocratie et née le jour où le premier démagogue a rencontré le premier crédule. La démagogie et le clientélisme sont les ressorts fondamentaux du système démocratique. Selon Varron (Marcus Terentius Varro, 116-27 av. J.C), il est besoin que le peuple ignore beaucoup de choses vraies et en croie beaucoup de fausses. Le principe démocratique est vicié dès ses origines. Il consiste en une petite élite qui fait ce qu’elle veut d’un peuple à qui l’on donnera par la suite une illusion de participation avec la représentation parlementaire (voir notre article Sommes-nous en démocratie ? (thématique République, Démocratie, Vie politique française). Et dans ce cadre, la manipulation, c’est la maladie des démocraties. C’est l’arme du pouvoir pour convaincre des citoyens sans user de contrainte. Ce mal insidieux qui se glisse dans les institutions démocratiques vise précisément à mettre le citoyen hors circuit, à lui conférer une apparence de responsabilité alors que tout se décide en dehors de lui. C’est la République des illusions, celle qui, aujourd’hui, se trouve condamnée par un nombre croissant de Français.
Tout observateur lucide ressent de longue date que le débat public est faussé, qu’il propose des choix biaisés, appuyés sur des arguments fallacieux.
La substance du principe démocratique, c’est la citoyenneté, un sentiment fragile qui s’affermit dans le respect et s’effrite dans le mépris. Et l’on sait combien le mépris est puissant et à l’œuvre depuis 2012 (les « sans-dents » de François Hollande). Le principe démocratique dans une conception saine n’existe qu’à travers l’adhésion, la confiance et la participation de chacun. Lorsque la classe dirigeante et les institutions publiques perdent leur crédit, alors il ne reste qu’une bureaucratie élective. Une caricature de République dont les partis s’acharnent à nous donner le spectacle.
Trop abusés par la démagogie, trop déçus par la logomachie des grands sentiments, des proclamations usurpatrices et des discours mystificateurs, les Français ont perdu l’art de vivre comme ils avaient vécu, ils sont nombreux à avoir déserté l’intérêt pour la politique et la participation à la vie de la Cité.
La manipulation s’étend à toute la société et se retrouve sur tous les sujets : politique, économique, social, culturel, écologique… C’est en permanence et dans tous les domaines que le jugement de millions de Français, les plus perméables, se trouve emprisonné par le conditionnement idéologique du « narratif officiel », le conformisme obligatoire, les manœuvres séductrices du Système. Notre liberté nous laisse parfois le choix des réponses, mais jamais celui des questions, et même nos réponses sont bafouées, comme ce fut le cas avec le référendum de 2005. A quoi bon, dès lors, nous demander notre avis ? A quoi bon nous intéresser aux affaires publiques ? Mieux vaut rester chez soi, ou aller à la pêche. C’est ce fatalisme que vient de dénoncer Nicolas Vidal dans sa Lettre aux autruches et aux tubes digestifs (décembre 2023, chez Putsch) dont nous recommandons la lecture.
Nombre de Français ressentent confusément le même malaise, ils voudraient démêler le vrai du faux, l’authentique de l’affecté dans les discours qu’on leur tient. Et l’on sait de longue date qu’à chaque expression d’un politicien du Système en place, il est impossible de savoir ce qu’il pense réellement, si ce qu’il dit est sa véritable pensée sincère ou non. Voilà bien le mal qui ronge les rapports sociaux : le doute. Du moins pour ceux qui doutent encore, qui n’ont pas acquis la conviction qu’il faut faire usage d’une grille de lecture à effet miroir parce que la vérité se trouve systématiquement dans le contraire de ce que proclame le narratif officiel et dans l’unanimité du discours. Le mensonge établi en méthode de gouvernement a tué la confiance dans la parole politique. Le premier symptôme de la désinformation rappelait Vladimir Volkoff, c’est quand tout le monde dit la même chose. Nombre de Français l’ont compris, et n’osent plus croire ce qu’on leur dit par peur de se faire duper.
Et quand le citoyen ne participe plus à sa manipulation, proclamer que l’on respecte la volonté du peuple, après s’être arrangé pour la fabriquer, c’est tout le secret de la démocratie nous dit Abel Bonnard (Les Opinions, 13 avril 1941).
Sur la pratique du mensonge en politique le lecteur pourra trouver deux exemples récents dans notre autre article De la trahison permanente de la parole (thématique Désinformation, Manipulation, Médias, Propagande).
