Film franco-belge sorti en 2023, selon le scénario du réalisateur d’origine vietnamienne Tran Anh Hung, avec Juliette Binoche et Benoît Magimel. Le film est sélectionné pour représenter la France (il arrive encore des choses normales dans ce pays) aux Oscars 2024 dans la catégorie du Meilleur film en langue étrangère. Et il y a de quoi !
Nous sommes en 1885, au cours de la vie d’un célèbre gastronome, Dodin Bouffant, et de sa cuisinière, Eugénie, entre amour pour la cuisine, amour de ce couple, et amour du don aux convives formant le cercle d’amis de Dodin. L’esthétique du film est superbe, comme savent la soigner les réalisateurs asiatiques (Wong Kar-wai, Zhāng Yì-Móu, Mika Ninagawa…). L’évocation des recettes, qui donnent l’eau à la bouche, n’est pas sans rappeler les menus décrits par Umberto Eco dans son roman Le Cimetière de Prague où Simonini, fin gastronome de la fin du XIXe siècle lui aussi, a son rond de serviette dans quelques grandes tables parisiennes. Le film évoque les grands noms d’Antonin Careme, Auguste Escoffier, et met à contribution le chef Pierre Gagnaire (14 étoiles au Guide Michelin) en tant que conseiller technique, également mis en scène dans un personnage d’officier de bouche.

La grosse presse systémique n’aime pas. Elle est dans son rôle idéologique et affiche l’inversion des normes dans laquelle elle baigne. Le film fait exception au torrent de chiasse que constitue le cinéma français. Pensez donc, voilà un film sans aucun « divers » au casting, sans scènes ou évocations homosexuelles, sans propagande écolo, végétarienne, féministe, sans marxisme culturel, sans scènes de cul, sans scénario misérabiliste à sujet sociétal, sans musique rap, sans murs tagués, sans vulgarité dans l’expression des personnages, sans violence, un film qui est un tableau de l’élégance, du raffinement, de la politesse et de la courtoisie dans les rapports humains, une ode au savoir culinaire français hérité des tables de la monarchie, à la formation du goût, à l’émotion devant une saveur exceptionnelle, au terroir, à la tradition, à la vie champêtre avec toute sa poésie, à la convivialité des banquets, ces trésors attaqués par la modernité.
Si vous n’avez pas encore vu La Passion de Dodin Bouffant, comblez cette lacune au plus vite, le film est irréprochable à tous points de vue, scénario, décors, plans, jeu d’acteurs, musique, il fait un bien fou dans cette France et cette époque actuelles putrides. Un immense merci à Tran Anh Hung pour cette œuvre rare qui doit figurer dans toutes les vidéothèques particulières des amoureux de la cuisine véritable et de notre identité.

