Sacro-sainte majorité…

A dire vrai, le principe de la majorité de « 50 + 1 voix » est une abomination car il laisse toujours une moitié d’insatisfaits obligée de subir ce que lui impose l’autre partie. On ne voit aucune raison de logique et de bon sens pour accepter cette situation. Le seul principe de raison, c’est que ce qui concerne tout le monde doit être décidé par tout le monde. Raison pour laquelle si l’intelligence primait sur les intérêts sordides, le monde devrait être divisé de façon négociée dans un apartheid d’idées, avec des pays conçus sur des bases idéologiques homogènes, chacun allant vivre dans le territoire compatible avec sa conception de la vie, des pays de gauchistes, et des pays de gens normaux, des pays voués à la chienlit, et des pays où règne l’ordre, la droiture, la sécurité. Utopie et théorie direz-vous. C’est pourtant la seule façon de faire envisageable afin que chacun vive heureux. 

« La loi est l’expression de la volonté générale » dit l’article 6 de leur Déclaration des droits de l’homme de 1789. Une moitié ou même une fraction inférieure à la moitié en désaccord avec le reste de l’ensemble ne fait pas une « volonté générale » (comment ce mensonge inepte a-t-il pu être installé dans les têtes et accepté !). Elle est donc comme une prolongation du contrat social dont l’adhésion est tacite, sous l’empire de la crainte, et dont la dénonciation est impossible (voir notre article Un marché de dupes). 

Bien sûr, dans un système de société aux opinions mêlées et divergentes, il est impossible d’obtenir l’unanimité sur toutes les lois, alors on dira que « la voix du plus grand nombre oblige toujours les autres : c’est une suite du contrat même » explique Jean-Jacques Rousseau. Et tant pis si une minorité n’est d’accord avec aucune des lois, il lui reste la liberté de se taire. C’est trop gentil, vraiment. 

En réalité, ce principe est encore tenable, supportable, si le nombre de lois avec lesquelles l’on n’est pas d’accord est faible. Mais s’il est important, quand c’est dans une large quantité de lois que l’on ne se reconnaît pas, si c’est sur la conception même de la société que porte le désaccord, alors subir ce qu’impose la « majorité électorale » devient une torture pour l’esprit. Et nous sommes des millions en France à être torturés par cette règle du « 50 + 1 voix » des suffrages exprimés. Nous sommes des millions. Mais un chiffre « majoritaire », réel ou fabriqué, est encore parvenu en 2022 à nous maintenir dans cette situation de souffrance. C’est pourquoi dans ce Système qui pour sa perpétuation contrôle parfaitement ce théâtre électoral grâce aux médias, un bulletin de vote ne vaudra jamais un fusil.