Communisme mon amour…

« Parce qu’ils sont communistes, ils ne connaissent rien d’autre que la fraternité humaine, enfants de la Révolution française, guetteurs de la Révolution universelle » – Emmanuel Macron, le 21 février 2024.

Le communisme, cette doctrine qui a pour socle la spoliation individuelle pour réalise la mise en commun, est le phénomène humain qui aura creusé le plus d’écart entre l’idéal annoncé et la réalisation effective. Mais est-il idéal, est-il conforme à la nature humaine, à sa diversité, aux différences de talents, d’aspiration des hommes de vouloir bâtir une société sur la mise en commun de tout… et même de toutes, puisque comme l’a remarquablement analysé l’écrivain et mathématicien russe Igor Chafarevitch (Le phénomène socialiste, Éditions du Seuil), la plupart des socialismes utopiques, et des idéologies communistes ont notamment en commun le principe de la mise en commun des femmes. 

En la matière, le très médiatique spécialiste de la génétique Albert Jacquard (1923 – 2013), grand défenseur de la cause antiraciste, engagé dans tous les combats du « camp du Progrès », alla jusqu’à évoquer dans une publication scientifique en 1968 ce qu’il appelait la panmixie, le mélange généralisé des populations et des races (ces gens ne sortent pas de cette obsession de démiurge voulant créer un « homme indifférencié »). Panmixie dans laquelle « il n’y a pas de choix du conjoint ». Au moment de la grande révolution sexuelle des années 1960 aux États-Unis, certaines communautés réfugiées dans le Montana avaient décidé (à l’image de certaines utopies socialistes des origines prônant non seulement le partage des biens mais aussi celui des femmes), que les femmes et les hommes s’appartenaient en commun. Le couple n’existait plus. Or, comme des affinités électives se constituaient naturellement et immanquablement, que tel individu finissait par préférer aller plutôt avec tel autre, le chef de la communauté était obligé d’établir un tableau journalier planifiant arbitrairement et de façon égalitaire une rotation dans la constitution des couples, afin que la distribution de la panmixie se fit conformément à l’idéologie.

Ce qui est sûr, c’est que tous les communismes, de l’Antiquité à nos jours, n’ont produit que des régimes terroristes et du totalitarisme pour leurs populations. Georges Darien (écrivain, 1862-1921) et Jules Simon (professeur de philosophie, 1814-1896), ont dressé un portrait sans faille de l’utopie communiste :

« Le socialisme s’est constitué en parti, en religion ; a codifié ses formules, promulgué son évangile. Il a placé sur le lit de Procuste le matelas de théories filandreuses cardé par Marx, et invite l’humanité à s’y étendre. Les socialistes scientifiques, pleins d’eux-mêmes et le nez collé aux pages moisies du Capital, s’étonnent que l’humanité ne réponde point à leur appel et ne se hâte point, au sortir du régiment, de s’engouffrer dans leur caserne. Leur science… cochonne de science ! Autant, n’est-ce pas, n’en pas parler. Leurs théories ne méritent pas la discussion. Leurs pontifes sont au-dessous de l’insulte. On ne peut cependant s’empêcher de considérer comme monstrueux, dans ce pays de France qui vit éclore, et qui voit éclore tous les jours, tant d’idées hautes et simples, l’accaparement d’une partie de l’intelligence populaire par les doctrines du collectivisme. Ces doctrines ne sont pas seulement imbéciles ; elles sont infâmes. Si elles étaient réalisables, elles mèneraient directement, ainsi que l’a démontré Herbert Spencer, à une nouvelle forme d’esclavage, plus hideuse que toute celles qui firent jusqu’ici gémir l’humanité. » (Georges Darien).

« Celui qui étudierait avec soin toutes les doctrines communistes depuis Platon jusqu’à Babeuf, et depuis les Esséniens jusqu’aux Mormons, y trouverait toujours, à travers les différences introduites par le génie des créateurs et le caractère des peuples et des époques, cette grande et fondamentale analogie, qu’elles aboutissent à la négation la plus absolue de la liberté. La raison en est toute simple : on commence par réduire l’individu à ses propres forces en le dépouillant ; et la seule société possible pour lui dans cet état, c’est une société où il joue le rôle d’esclave. » (Jules Simon).

Pour ce qui est de l’époque moderne, peut-on croire que les bourgeois Marx et Engels, et les chefs communistes, soviétiques et autres, voulaient vraiment le bien ? A la lecture de leurs œuvres, à l’examen de leurs actes, on ne doute pas du contraire. Engels avoue cyniquement n’avoir cure que le prolétariat soit pauvre : « ce qui nous intéresse, c’est qu’il est une force ! ». Marx n’a que mépris, pour les paysans, pour les pauvres : « la racaille en haillons » (Manifeste du Parti communiste). L’étude non expurgée des textes fondateurs du socialisme révèle que le génocide est une théorie propre à cette idéologie. Engels, en 1849, appelait à l’extermination des Hongrois. Il donna à la revue dirigée par Karl Marx, la Neue Rheinische Zeitung un article retentissant dont Staline recommandera la lecture en 1924 dans ses Fondements du léninisme. Engels y conseillait de faire disparaître, outre les Hongrois, également les Serbes et autres peuples slaves, puis les Basques, les Bretons et les Écossais. Dans révolution et contre- révolution, Marx lui-même se demandait comment on va se débarrasser de « ces peuplades, les Bohémiens, Carinthiens, Dalmates, etc… ». C’est à se demander si les intellectuels de gauche qui campent dans les médias ont lu ces auteurs, et s’ils l’ont fait comment peuvent-ils adhérer à cette doctrine ?

Les crimes du communisme, nous disent ses partisans, sont l’inévitable part d’erreur inhérente à toute révolution nécessaire, ou encore que l’idée communiste reste pure et sans tache parce qu’elle a été dévoyée par ceux qui ont prétendu l’appliquer, que ce qui a été appliqué n’était pas le « vrai communisme », et qu’il demeure donc possible de le mettre en œuvre correctement. On connaît le refrain. Simone de Beauvoir, la philosophe, maîtresse, complice et pourvoyeuse en jeunes filles de son compagnon et maître, le repoussant Jean-Paul Sartre, le tenait déjà dans sa Morale de l’ambigüité : « L’adversaire de l’URSS use d’un sophisme quand, soulignant la part de violence criminelle assumée par la politique stalinienne, il néglige de la confronter avec les fins poursuivies. (…) On ne peut juger un moyen sans la fin qui lui donne son sens. (…) Supprimer cent oppositionnels, c’est sûrement un scandale, mais il a un sens, une raison ; il s’agit de maintenir un régime qui apporte à une immense masse d’hommes une amélioration de leur sort. Peut-être cette mesure (…) représente-t-elle seulement cette part d’échec que représente toute construction positive. » Le drame, c’est que les dits « oppositionnels » n’étaient pas cent, ils se comptaient par dizaines de millions. Mais à l’époque, le couple Sartre/De Beauvoir, qui savaient bien, la réalité, au moins partiellement, veillaient comme elle le reconnut plus tard à ne pas démobiliser la classe ouvrière française manœuvrée par le parti communiste. SLeur aveu demeure célèbre : « il ne fallait pas désespérer Billancourt ». Billancourt, c’était la régie Renault, le coeure de l’expérience révolutionnaire.

Plus tard, l’ineffable Georges Marchais ira plus loin dans le cynisme. L’écrivain Claude Roy, ancien communiste repenti, raconte dans ses souvenirs (Somme toute, Éditions Folio) que le 10 février 1957, avant d’être exclu du Parti communiste, il ose parler en réunion de cellule des millions d’innocents déportés ou exécutés en URSS, des dizaines de milliers de victimes en Hongrie, Georges Marchais riposte : « Oui on a arrêté des gens, on en a emprisonné. Eh bien, je vais le dire, moi : on n’en a pas assez arrêté ! Si on avait été plus durs et vigilants, on n’en serait pas là maintenant ! »

Son successeur Robert Hue n’essaya pas de conserver une position aussi cynique qu’intenable. Il reconnut dans L’Humanité (15 mars 2003) que « des crimes horribles massifs et systématiques ont été commis sous la responsabilité de dirigeants d’État se réclamant du communisme ». Mais il ajoutait que Le Livre noir du Communisme (Éditions Robert Laffont novembre 2000) était une mauvaise chose car « attribuant au communisme des crimes dont il a été souillé à son corps défendant » On y revient, le communisme, nous disent les communistes, a été dévoyé, ce qui a été appliqué par Staline, Mao, Pol Pot, n’était pas le vrai communisme. Le problème, c’est que Hue ne précisait pas ce qu’était ce « corps défendant » et qu’il ne s’interrogeait pas sur cette sorte de fatalité systématique de la souillure exterminatrice perpétrée dans tous les pays communistes sans exception par tous les dirigeants communistes sans exception.