Clovis renégat sincère, ou pas ?

Nous avons déjà eu l’occasion de la dire, nous percevons Clovis comme un renégat au paganisme de ses pères, du fait de sa conversion au christianisme actée par son baptême après la bataille de Tolbiac. Pierre Lance, écrivain, journaliste et philosophe, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, rédacteur en chef de diverses revues, propose une vue du personnage qui n’est pas dénuée d’intérêt. Il écrit :

Clovis n’a nullement « fondé » la France ; il a seulement effacé son nom originel de Gaule pour lui substituer celui de sa tribu après l’avoir volée aux Gaulois, tout comme César l’avait fait cinq siècles avant lui. Et même il a fait pire : il l’a revendue en partie au Vatican, en échange de l’appui politique des évêques, pour enchaîner durablement les Gaulois, tant par l’âme que par le corps.

Le « baptême de Clovis » ne fut rien d’autre qu’une mascarade politicienne recouvrant de sombres trafics d’influence dont notre peuple fit les frais. Car dès après sa victoire de Soissons, Clovis ne songea plus qu’à asservir le reste des Gaules, non sans éliminer ses concurrents germaniques. Pour se ménager les faveurs de l’Église, partout solidement implantée dans tous les territoires qu’il convoitait, il épousa Clotilde, fille de Chilpéric, roi des Burgondes, qui avait été assassiné par son frère Gondebaud. Convertie au catholicisme, Clotilde était enfermée dans un couvent de Genève lorsque Clovis la demanda en mariage. On a raconté aux enfants des écoles que la très pieuse Clotilde avait su convertir Clovis au christianisme, ce qui est à l’évidence un double mensonge. Clovis l’avait choisie pour épouse, probablement sans l’avoir jamais vue, afin d’offrir un gage de bonne volonté à l’Église dont il recherchait le soutien. Voulant soumettre toute la Gaule, Clovis ne pouvait ignorer qu’il n’y parviendrait pas sans de rudes et incertaines batailles. Il comprit, ou on lui souffla, que ce serait beaucoup plus facile si le quadrillage catholique du pays favorisait ses entreprises. Et c’est effectivement ce qui se passa après qu’il eut accepté de se faire baptiser, petite comédie « médiatique » qui ne l’engageait à rien et dont il se soucia comme d’une guigne, demeurant païen jusqu’à sa mort.

Pierre Lance. Alésia. Un choc de civilisations. Presses de Valmy.