Alexandre III de Macédoine

Qui donc se charge d’établir pour l’histoire officielle et la mémoire collective l’image et les qualificatifs associés à certains personnages ayant marqué leur époque ? Qui a décidé d’accoler le terme « Grand » au nom d’Alexandre III roi de Macédoine ? Quels sont les critères définissant la grandeur que l’on associe à ces hommes ayant laissé leur nom dans l’histoire ? Ce qualificatif est-il finalement fondé pour Alexandre III de Macédoine au regard de l’ambivalence du personnage et de la façon dont s’achèvera son parcours ?

La Macédoine et les Cités grecques ont un ennemi commun, l’empire Perse. Mais tous les Grecs ne sont pas d’accord sur la façon de combattre cet ennemi. La Macédoine jouxte le monde grec par le Nord de celle-ci, mais elle n’appartient pas au monde Grec. Elle englobe des populations ethniquement variées dont certaines seulement sont véritablement grecques. Philippe de Macédoine, le futur père d’Alexandre, devient roi en 359 av. J-C, il a vingt-deux ans. Pour assurer à la Macédoine un débouché sur la mer, Philippe s’attaque aux cités grecques de la côte. A Athènes Isocrate partisan de l’union de la Grèce sous la direction de Philippe pour lutter contre la Perse, s’oppose au patriote Démosthène partisan de la lutte contre la « barbarie » de Philippe. Ce débat profond entre Isocrate et Démosthène illustre l’opposition entre les partisans d’une souveraineté déléguée à un empire mieux à même de s’opposer à un autre impérialisme autrement plus menaçant, et ceux d’une souveraineté en rien aliénée, les partisans de la nation indépendante ; Isocrate, c’est l’Hellène – celui qui parle le Grec, un Grec d’adoption et non le Grec originel – contre le Perse, le Barbare ; Démosthène c’est le Grec contre le Barbare, fût-il macédonien ou perse.

En 334, Alexandre III de Macédoine, dit le Grand, s’empare de toute la partie Nord de l’Asie mineure. De nombreuses cités grecques sous l’empire des Perses en sont libérées et se rallient à Alexandre. Darius III roi de Perse est écrasé en 333 à Issos et Alexandre s’ouvre la voie du Sud. La Phénicie est atteinte en 332 et les cités phéniciennes elles aussi sous l’empire des Perses accueillent Alexandre avec soulagement, même si elles avaient jusqu’alors toujours choisi l’alliance perse contre les Grecs. Le roi macédonien s’empare ensuite de l’Égypte qui supporte mal la domination perse, et fonde en 331 la ville d’Alexandrie. Sa rencontre avec l’Égypte contribue à encourager Alexandre à poursuivre ses conquêtes. Il se dirige vers l’Asie, écrase l’armée perse à Arbèles – en 331 – et s’empare de Babylone où il fait relever les temples et sacrifier en l’honneur du dieu babylonien Mardouk. 

Mais à mesure qu’il conquiert l’Asie, Alexandre orientalise son projet géopolitique. Sans chercher à mettre en place l’administration nécessaire à la survie de tout empire, l’homme plus aventurier militaire que visionnaire géopoliticien s’enfonce dans les profondeurs asiatiques. En 329, celui qui apparaît de plus en plus comme un souverain oriental – il impose la prosternation devant lui – franchit l’Indus. Arrivés sur les rives de l’Hyphase, les soldats d’Alexandre, effrayés par la démesure de leur chef, cesseront de le suivre. En 326, il fait demi-tour vers l’Occident. Sur le chemin, à Babylone qui l’a subjugué, il fixe la capitale de son empire. 

A trente-trois ans, il meurt sur les bords de l’Euphrate, en chef contesté par ses propres troupes pour s’être abandonné à l’Asie, et pour avoir voulu à tout prix fusionner les aristocraties macédonienne et asiatique. Les soldats d’Alexandre supportent mal les costumes orientaux de leur chef, l’entourage orientalisé, la volonté d’imposer la prosternation à des hommes qui ne se sont jamais tenus que debout, les mariages de Suse en février 324 où des milliers de Macédoniens, dont ses principaux officiers, sont mariés de force à des femmes Perses et Mèdes. Et il est vrai qu’Alexandre aura été peu soucieux de la prospérité de sa région mère et de la Grèce, qu’il se sera davantage intéressé à son domaine oriental et que sa politique de fusion des races se sera faite au détriment des Grecs.

Alexandre aura tout essayé pour tuer les nations et les remplacer par son rêve impérial. Par des milliers de mariages forcés, il aura tenté de faire fusionner les peuples hellènes, les Macédoniens en particulier, et les Perses pour créer une nouvelle technocratie dirigeante. Le préalable à son grand projet d’empire était la fusion de tous les peuples par transferts de population et mélanges, une sorte de politique du cosmopolitisme forcé, en bien des points semblable à celle de l’Union soviétique du XXe siècle, ou de l’insupportable idée de « transition démographique » actuelle que les pouvoirs publics ont commencé d’imposer dans les campagnes françaises, voulant répandre partout les masses d’extra-européens accompagnés par la politique mondialiste. Une politique « d’unions massives » entre Macédoniens et Iraniennes fut donc mise en place.

Alexandre réunira sur sa personne trois fonctions : roi des Perses en Asie, hégémon de la Ligue corinthienne en Grèce et roi de Macédoine. Sur le plan économique, une administration financière fut mise en place. Une monnaie unique, la devise attique, fondée sur l’argent, remplaça les monnaies des États, comme la monnaie Euro de nos jours. Tout fut prêt pour créer un immense et unique domaine économique, dont on voit bien la similitude avec les rêves des fondateurs et des exploitants de l’actuelle Union européenne menée par l’impératrice Ursula von der Leyen. L’Union européenne poursuit le rêve impérial qui après Alexandre fut celui de Rome, puis de Carolus Magnus, un autre « Grand », Charlemagne grand destructeur du paganisme pour imposer un culte sémite importé.

L’une des conséquences géopolitiques du règne d’Alexandre fut la fin de la grécité – forme de nationalisme grec avant l’heure propre aux Cités grecques indépendantes et rivales – au profit de l’hellénisme, projet dépassant le territoire grec, d’une civilisation universelle cosmopolite et unie par l’usage commun de la langue grecque. Enivré par le bain oriental, le Macédonien Alexandre est tombé dans l’hubris tant condamnée par les Grecs. Alexandre III de Macédoine fut donc un chantre du mélange des Européens avec l’Asie que Richard Coudenhove-Karlergi (qui voulait ajouter les Africains à ce mélange), si ce dernier avait été un contemporain d’Alexandre, n’aurait pas renié, un précurseur antique de l’idée globaliste. 

Au final, au regard de la fidélité à l’identité, Alexandre III de Macédoine ne nous semble vraiment pas être un modèle digne d’admiration.