L’Europe est à présent colonisée par ceux qu’elle avait colonisés. Mais les deux colonisations sont de nature diamétralement opposée. Le colonialisme européen était une “colonisation par le haut” ; notre colonisation par le Tiers monde est une “colonisation par le bas”. Le colonialisme européen avait été une entreprise de civilisation, la colonisation de l’Europe est une entreprise de décivilisation.
Il faut tout d’abord en finir avec le sacro-saint cliché selon lequel le colonialisme européen aurait été un “pillage”, un péché historique, une entreprise de destruction d’éminentes “cultures”, etc. En réalité, le colonialisme européen a été profitable au Tiers monde et de bilan négatif pour l’Europe.
Avec cette naïveté, cet angélisme propre au mental européen et qui furent accentués par la mystique du Progrès et de la Mission civilisatrice, nous avons, comme Prométhée, donné le feu à des peuples qui ne le possédaient pas.
Nous n’avons nullement “détruit leurs cultures” comme le prétendent les défenseurs, au fond rousseauistes et adeptes du mythe du bon sauvage, de l’ethno-pluralisme, qu’ils soient de droite ou de gauche. Après le passage des Européens, les cultures arabes, indiennes, chinoises, africaines, etc. sont-elles arasées ? Nullement. Elles sont vivaces et beaucoup moins occidentalisées et américanisées que les malheureuses cultures européennes.
Le colonialisme européen ne nous a amené aucun profit économique par rapport à son coût. On a parlé de “pillage”, d’exploitation de leurs matières premières : mais ces peuples étaient incapables techniquement de les exploiter par eux-mêmes. Aujourd’hui, par exemple, les royalties versées à tous les pays pétroliers du Tiers monde reposent entièrement sur le savoir-faire, le travail, les investissements des Européens et des Américains. C’est une rente que nous leur offrons.
D’une manière générale, le paupérisme de maints pays du Sud n’est pas la conséquence du colonialisme ou du néocolonialisme mais de leur d’Immenses incapacité à se prendre en charge, alors même qu’ils possédaient d’immenses ressources naturelles. Je pensais moi-même jadis que le colonialisme européen était cyniquement responsable, par goût du profit, du paupérisme du Tiers monde. C’est une vision intellectualiste que j’ai abandonnée.
Le colonialisme s’est retourné contre nous comme un boomerang. Nous avons fauté, non par lucre, mais par naïveté, universalisme, excès de générosité mal placée, en voulant exporter partout notre civilisation vers des peuples qui ne pouvaient l’adopter.
En offrant nos techniques médicales, nous avons fait baisser leur taux de mortalité et fait exploser à nos dépens leur démographie. Nous leur avons apporté nos technologies, nous leur avons construit leurs infrastructures. Ce fut une grave erreur que nous payons aujourd’hui. Je reviendrai plus loin sur ce point : l’erreur de l’Européen, c’est ce goût du Don, qui s’explique à la fois par l’idéologie caritative chrétienne et par sa nature propre de naïf sans méfiance. Les anciens peuples colonisés, à de rares exceptions près, n’ont jamais été reconnaissants ou redevables au colonialisme européen de tous ses apports.
La mise en valeur de l’Algérie, par exemple, n’était pas motivée principalement par l’exploitation (“faire suer le burnous”), mais par la naïve volonté d’“exporter la civilisation”. Le Bachaga Boualem l’avait reconnu. Écoles, dispensaires, maternités, mises en valeur de terres agricoles que les indigènes étaient incapables d’exploiter, infrastructures : toutes ces difficiles entreprises non seulement n’ont pas détruit la culture de ces peuples, mais leur ont mis le pied à l’étrier, ont dynamisé leur démographie et leur ont donné accès à la technique européenne.
Aujourd’hui, les graves désordres qui agitent l’Algérie sont de sa seule responsabilité. Ce pays, comme tant d’autres, est financièrement assisté par nous ; de même que nous assistons financièrement la pléthorique communauté algérienne installée en France. De tous ces pays afro-maghrébins que nous avons eu tort de coloniser “par le haut”, auxquels nous avons naïvement apporté nos bienfaits, nous ne recueillons que ressentiment et haine. Ils fonctionnent selon le mental du meurtre du père.
Et maintenant, ils nous colonisent “par le bas”. Leur arrivée massive est pour nous un facteur global d’asservissement et d’affaiblissement, tandis que nous avons été pour eux un facteur de renforcement à long terme. A nous la mauvaise conscience et la culpabilisation, à eux la bonne conscience et la déresponsabilisation.
Mais les Européens sont responsables de ce qui leur arrive. Nous avons le tort de croire en une civilisation universelle, que nous représentions cette civilisation universelle ; et de vouloir les convertir massivement à nos visions du monde. Les Romains commirent la même erreur. Ils finirent par se faire submerger par ceux qu’ils voulurent romaniser. C’est la tragédie de tout universalisme. Aujourd’hui, nous payons nos propres erreurs : nous les laissons nous envahir, en croyant qu’ils nous apporteront leurs bienfaits, alors qu’ils ne nous apportent que leurs propres désordres.
Guillaume Faye, La Colonisation de l’Europe, Discours vrai sur l’immigration et l’islam, Éditions l’Aencre, 2000, extrait.
