La Ve République n’existe plus

La pourtant bien timide loi Immigration dont le ministre de l’Intérieur était à l’initiative a donc été vidée de ses mesures les plus « à droite » (quelle blague !) par le Conseil constitutionnel. Ces mesures, selon l’estimation délirante et malhonnête de ce dernier, ne devaient pas se trouver dans ce texte. Des dispositions, pourtant bien légères sur l’immigration, et malgré tout plébiscitées par une large majorité des Français, n’avaient visiblement pas leur place dans un texte sur… l’immigration ! Neuf hauts fonctionnaires redevables au pouvoir qui les a nommés, contre 80 % des Français. La Constitution contre la nation, c’est ce que ces félons nomment la « démocratie ». Les méthodes en cours dans ce pays au XXIe siècle au sein du bloc occidental, font honte et scandalisent au dernier degré.

Nous voyons désormais de manière très explicite qui a le pouvoir en cette République. Nous voyons que les neuf membres du Conseil constitutionnel (que l’on se refusera toujours à nommer « sages » comme le font de façon obséquieuse et idiote, selon les habitudes en place, tous les journalistes et commentateurs médiatiques) se sont octroyés au fil des ans sur les questions les plus importantes le pouvoir de censure en dernière instance. Pouvoir de censure, mais plus encore la capacité de modifier les institutions à leur avantage. Grave dérive du régime, leur rôle n’était pas celui-là dans l’esprit des concepteurs de la Ve République.

Il aurait fallu donc ne pas intégrer dans cette loi certaines dimensions touchant pourtant à la question de l’immigration au prétexte que cela n’aurait pas été conforme à l’esprit de la dite loi. Ce serait donc à ces hauts fonctionnaires de dire quel est ou doit être « l’esprit de la loi » et non pas ses rédacteurs ? On nous prend vraiment pour des cons. Ce faisant, ils nous disent donc que le parlement en France n’est plus en droit de rédiger un texte, qu’il n’a plus le pouvoir d’amendement véritable des textes. Le Conseil constitutionnel entend désormais définir quels sont les contenus légitimes ou non selon ses vues. Il a voulu à cette occasion affirmer qu’il avait le pouvoir et que les parlementaires n’ont même plus le peu qu’il leur restait (leur rôle de production de textes est de longue date infinitésimal, 90 % des textes normatifs français sont une transposition qu’ils se contentent de voter de directives imposées par l’Union européenne, et le reste vient du gouvernement, les parlementaires sont chèrement entretenus pour maintenir l’image « démocratique » du théâtre républicain français mais en réalité ne servent plus à rien). Il faut inscrire cette dépossession dans une histoire plus ancienne, qui nous ramène au début des années 1970, lorsqu’a été inventé le principe du « bloc de constitutionnalité », lequel a consisté à ne cesser d’une part d’étendre le pouvoir de ces neuf dans la Constitution, leur pouvoir d’initiative politique généralement sous le signe de la créativité interprétative dans le texte constitutionnel, et d’autre part de congédier ou censurer celui d’élus, le pouvoir qui relève de la « souveraineté populaire » (principe qui par ailleurs on le sait n’est qu’une escroquerie de la démocratie représentative, mais que personne n’ose dire afin de sauver les apparences, voir notre article Sommes-nous en démocratie ? (répertorié dans la thématique République, Démocratie, Vie politique française).

Et de ce point de vue, même si nous vivons encore sous le signe de la Ve République officiellement, dans les faits nous sommes déjà sous une VIe République. Il faut nommer les choses telles qu’elles sont, la Ve République telle qu’elle est devenue ne ressemble plus d’aucune manière à celle pensée et voulue par le général de Gaulle. S’il y a une continuité institutionnelle apparente, dans les faits un transfert de souveraineté a été fait. Il demeure une forme de présidence monarchique résiduelle qui dans les faits pèse de moins en moins eu égard à la tutelle européiste. Au final : redistribution du pouvoir, vers les autorités administratives, vers les tribunaux, et dans le cas présent vers cette « nouvelle Cour suprême » qu’est le Conseil constitutionnel. L’esprit de la Ve République qui se voulait centré sur la « souveraineté populaire », est tout simplement congédié. La Ve République n’existe plus. Le décor, le théâtre institutionnel est encore là, dans se ruines, mais ce sont des ruines qui ne sont plus habitées que par des pantins, des personnages de comédie secondaires, mieux connus sous le nom de classe politique. Ce dont il est question c’est qu’un coup de force, un coup d’État (voir notre article Comment en est-on venus au gouvernement des juges ? répertorié dans la thématique République, Démocratie, Vie politique française) a eu lieu au fil des décennies, qui n’a jamais été avoué, mais il s’affiche aujourd’hui de façon ouverte et sans gêne comme on vient de le voir avec la censure de cette loi dans un duo de ballet sinistre avec l’occupant de l’Élysée. Quelques personnes prennent la Constitution pour le peuple, elle se substitue au peuple. Ils ont sacralisé la Constitution dans la mesure où elle permet de neutraliser le peuple et la volonté de la majorité de ses représentants, de démembrer le peuple politiquement, de le condamner à l’impuissance. Rappelons qu’un chef d’État actuellement en exercice n’a plus la majorité à l’Assemblée nationale depuis les dernières élections législatives, raison pour laquelle précisément il a été contraint de chercher l’appui des neuf renégats au peuple, ce que n’avaient pas eu à faire ses prédécesseurs qui avaient toujours une majorité de députés à l’Assemblée.

Les membres groupusculaires d’une caste se barricadent donc derrière la Constitution, derrière ce qu’elle appelle « l’État de droit », lequel a complètement changé de sens. En principe l’État de droit c’est la défense des libertés publiques. Mais il signifie dans les faits aujourd’hui le gouvernement d’une caste politico-juridique qui se dissimule derrière le droit pour avoir une pratique politique autoritaire et arbitraire, l’arbitraire dans l’interprétation du droit, leur manière d’interpréter la Constitution relève aujourd’hui du véritable arbitraire. L’ « État de droit » tel que le pensent ces gens, c’est « le dernier barrage pour contenir une révolte populaire ». Ils n’accepteront jamais évidemment le recours à un quelconque référendum qui par son résultat irait contre leur volonté. Il leur faut à tout prix empêcher la volonté populaire de s’exprimer, de prendre forme. Nous sommes au moment de l’histoire où le peuple est « dangereux », le peuple est « toxique », le peuple est « inquiétant ». Ce peuple qui n’en peut plus, ils ne le nomment d’ailleurs que « populiste », et devant cela ils sont prêts à tout sacraliser et à faire preuve du plus grand arbitraire pour empêcher son expression. Si le peuple s’exprimait, la caste pourrait trembler, et cela elle ne le veut pas.

Dans son contenu accouché au forceps après maintes péripéties parlementaires, la soi-disant « Grande loi » pour répondre aux enjeux de la submersion migratoire extra-européenne était aussi utile qu’une cuillère en cas d’inondation. Après son passage entre les mains de cette camarilla qui n’a de « Sages » que le nom, elle est réduite à une fourchette à escargots. Ces gens sont dans tous les domaines dans la forfaiture constante vis-à-vis des intérêts du pays. Les principales mesures qui ont été supprimées car soi-disant « anticonstitutionnelles », formule pour ne pas avouer qu’elles l’ont été pour des raisons idéologiques, sont les quotas annuels d’entrée, ainsi que la suppression du relevé d’empreintes et la prise de photo obligatoire. Pourtant, des directives européennes qui ont fixé le droit d’asile ont affirmé que la prise d’empreinte était obligatoire, et même qu’en cas de refus la rétention derrière les barreaux était admise. Les européistes nous disent d’un côté qu’il faut toujours se conformer aux directives européennes quand bien même elles vont à l’encontre du droit français au nom donc de la « primauté du droit européen », et de l’autre côté ils trahissent leur mantra dans le cas d’espèce en dénaturant un texte adopté par les députés et qui était conforme à ce que prescrit l’Union européenne. Il y a deux choses qui donnent une idée de l’infini, l’univers et la malhonnêteté de ces gens. Selon le funeste Laurent Fabius président de ce Conseil constitutionnel, le premier danger majeur pour la démocratie est de ne pas respecter le droit européen. Mais c’est pourtant précisément ce qu’ils ont donc fait en annulant des dispositions qui respectaient le droit européen. La malhonnêteté de ces gens est insurpassable nous ne cesserons de le dire, et nous faisons le vœu que la classe politique dans d’autres pays ne soit pas aussi pourrie. Si on s’attaque à la suite du texte, la grande majorité des censures opérées ont été justifiées pour des motifs de forme, motifs évoqués sous le vocable de « cavaliers législatifs », à savoir des amendements dont ils prétendent qu’ils n’auraient pas de lien avec le sujet. Exemples : le durcissement des conditions du regroupement familial, ou encore la fin du droit du sol automatique pour les enfants d’étrangers nés en France. Des sujets qui n’ont en effet rien à voir avec l’immigration. La malhonnêteté intellectuelle de ces gens est sans limites.