Camarade Lénine

A l’instar de son premier ministre Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing continue – dans le monde politico-journalistique français, et chez une partie de l’opinion définitivement trop stupide pour comprendre ce qui est infligé à la France depuis les années 1970 – de jouir d’un respect révérencieux et d’une image de Grand homme en réalité totalement immérités. C’est, dans ce pays, la rançon de ce genre de fonction, quoi qu’il ait pu être fait de néfaste durant l’exercice. Les gens ont oublié que ce félon de centre-droit ira jusqu’à fleurir, sur la place rouge à Moscou, la momie du créateur du plus durable et gigantesque système de terreur, de massacre et d’esclavage que le monde ait jamais connu. 

Ce détour introductif fait par la classe politique française corrompue par le marxisme culturel, revenons à notre sujet, Lénine. Vladimir Ilitch Oulianov, né à Simbirsk le 9 décembre 1870 d’un père inspecteur des écoles du gouvernement et d’une mère fille de médecin. Il était donc d’origine bourgeoise. C’était avant-hier 21 janvier 2024 la date anniversaire de sa mort, dont la presse de gauche célèbre le centenaire.

Son frère aîné, Alexandre, faisait partie d’un groupe révolutionnaire terroriste (Narodnaïa Volia) et tenta d’assassiner le Tsar Alexandre III. Il fut donc pendu. Ceci contribua sans doute à la vocation révolutionnaire de Vladimir mais peut-être aussi à ce qu’il rompît vite avec le populisme, manquant de doctrine, pour se tourner vers le socialisme marxiste introduit en Russie par Plekhanov. Il organisa alors à Saint-Pétersbourg vers 1895 un premier cercle social-démocrate, l’Union de lutte pour la libération de la classe ouvrière, démarche typique de ces jeunes bourgeois hypocrites, manipulateurs et intéressés, qui s’amusent dans la subversion de la société de papa en enfourchant en guise de cheval d’écurie carriériste une cause qui n’est pas celle de leur milieu social – la France en possède de merveilleux exemples). La révolution, pour les têtes pensantes, est un sport de nanti. Vite arrêté, il fit un an de prison puis fut assigné à vivre en Sibérie où il épousa en 1898 Nadejda Kroupskaïa. La déportation de l’époque tsariste n’était pas le Goulag bolchevique à venir. Consacrant beaucoup de temps au jeu d’échec, il écrivait aussi Le Développement du capitalisme en Russie.

A la fin de sa peine, en juillet 1900, il s’offre une virée touristique pour l’Europe, séjournant en France, en Angleterre, en Allemagne et surtout en Suisse, périple qui n’était pas à la portée financière du premier venu à l’époque.

De Munich, en 1900, avec Plekhanov il lance le journal l’Iskra (l’étincelle) prônant la création d’un parto social-démocrate centralisé et discipliné, organisé par des « révolutionnaires professionnels et qui servira de guide au mouvement ouvrier ». Des professionnels, c’est-à-dire des gens consacrés à plein temps à une activité, il faut les pays. Deux canaux financeront la cause. Le braquage de banques et autres lieux de richesses, que pratiquera un jeune Staline. Et le gouvernement allemand du Kaiser ayant trouvé intéressant d’affaiblir le concurrent russe en soutenant Lénine qui sera ensuite envoyé en Russie comme on inocule le bacille de la peste. Fructueux calcul quand on voit à quoi aboutira la révolution bolchevique et l’expansion du communiste tout au long du XXe siècle. Avec l’Iskra, Lénine expose déjà sa conception de la dictature du prolétariat telle qu’il la mettra en œuvre après 1917.

Du 30 juillet au 23 août 1903 se tient à Londres le 2è congrès du Parti social-démocrate russe qui se divise en deux fractions : « bolcheviks » (majoritaires) et « mencheviks » (minoritaires). Le courant auquel appartient Lénine fait partie des minoritaires. Pourtant, il impose par usurpation de le nommer du terme des majoritaires. En fait, ce n’est qu’à la fin du congrès que Lénine, profitant du départ de beaucoup, impose ses idées sur la possibilité de la révolution socialiste sans attendre la phase d’une révolution démocratique bourgeoise, pour devenir majoritaire parmi ceux qui restent.

Il voit la confirmation de ses thèses dans l’échec de la révolution de 1905, dû selon lui à la non participation de la paysannerie. Les autres socialistes constatent au contraire la justesse de leur analyse sur la nécessité d’un révolution bourgeoise. Lénine, pratiquant déjà son célèbre « trois pas en avant, deux en arrière » accepte tactiquement la réunification de tout ce petit monde au congrès de Stockholm (avril-mai 1906). Avec l’appui des socialistes polonais et du Bund juif, il reprend la majorité au congrès de 1907 à Londres.

Au long de dix années d’exil, principalement à Zurich (voir Lénine à Zurich de Soljenitsyne, Éditions du Seuil), il désespèrera souvent de la révolution et voit alors arriver avec joie la guerre de 1914-1918, « la guerre, cet incomparable accélérateur de l’histoire ». N’ayant que sarcasmes pour les socialistes ralliés à l’Union Sacrée et pour ceux qui se lamentent des horreurs de la guerre, il voit dans la défaite et la démoralisation de l’armée russe les conditions favorables à la révolution et lance ses mots d’ordre défaitistes aux conférences des socialistes pacifistes qui se tiennent en Suisse à Zimmerwald et à Kienthal.

L’histoire en effet s’accélère. La révolution (février-mars 1917) éclate à Petrograd et porte Kerenski au pouvoir. Lénine, avec Zinoviev et Radek rentre alors en Russie grâce au célèbre wagon plombé mis à sa disposition par le gouvernement impérial allemand manipulé par l’agissant juif Parvus, l’agent double ou triple, milliardaire et théoricien de la révolution permanente, de son vrai nom Israël Lazarevich Gelfand.

Face à l’agitation que mène Lénine, notamment au moyen de la Pravda, Kerenski ordonne son arrestation. Le premier devoir du révolutionnaire (du chef tout au moins) est de survivre : Lénine applique son adage et se réfugie en Finlande où il écrit L’État et la révolution. De là, il prépare l’assaut final et c’est la révolution d’Octobre.

Lénine applique alors sans faiblir ce qu’il appelle la dictature du prolétariat instituant le terrorisme d’État qui frappera les « ennemis du peuple » et les « suspects », c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas bolcheviques ou soumis à eux.

C’est le règne de la Tcheka : « Tout communiste doit être un bon tchékiste ». On peut lire le 31 août 1918 dans la Pravda : « Le temps est venu pour nous d’anéantir la bourgeoisie. Les villes doivent être implacablement nettoyées de toute la putréfaction bourgeoise. Tous ces messieurs seront fichés et ceux qui représentent un danger pour la cause révolutionnaire exterminés. » Et plus loin : « L’hymne de la classe ouvrière sera un chant de haine et de vengeance. Tandis que dans le même numéro, Dzerjinski le chef de la Tcheka prévient : « Tout individu osant faire la moindre propagande contre le régime soviétique sera enfermé dans un camp de concentration. » Au même moment, en Italie, un intellectuel marxiste dénommé Gramsci, l’homme qui théorisera la prise de contrôle gauchiste sur les esprits par l’imposition d’une hégémonie culturelle, écrit : « En Russie, les portes des prisons se sont ouvertes pour ne plus jamais se refermer. »

A la mort de Lénine, devenu gâteux, le plus vaste système d’asservissement et d’anéantissement que le monde ait jamais connu est en place. Staline et ses pareils le continueront.

Lénine est clairement le théoricien puis le principal meneur, avec Trotski, de la révolution. Il la met en formule : elle résulte de la multiplication de propagande par l’agitation et l’organisation. Il institue le « révolutionnaire professionnel » car « la révolution n’a que faire d’hommes qui n’ont qui n’ont que leurs soirées libres à lui consacrer ». Il met sur pied le Komintern avec ses célèbres « vingt et une conditions de Moscou », résument le rôle respectif du Parti, des syndicats et des masses, les axes de la propagande et de l’agitation. 

Le parti devra être le « noyau dirigeant » de l’État, mais il doit l’être aussi de toutes les organisations. Là résidera la clef du système et de sa technique de domination et d’esclavage. En attendant, il faut prendre le pouvoir. Lénine sera le stratège du coup d’État. 

Novembre 1917, Lénine est maintenant au pouvoir, sous couvert de « dictature du prolétariat ». Le malheureux prolétariat russe, lui, ne s’apercevra jamais qu’il est au pouvoir. Il n’y a jamais été. Il n’y sera jamais.

La mystique de Lénine ce n’est ni la liberté, ni la fraternité, ni l’égalité, ni la paix. Il n’a que sarcasme et mépris pour les « vieilles pleureuses pacifistes ». Ce qu’il veut, ce qu’il aime, c’est la révolution pour la révolution. Il ne cessera de la faire, avec acharnement, sans pitié, fanatiquement. 

Aujourd’hui, la vérité est cernée. L’historien russe Dimitri Volkogonov, lui-même ancien communiste, dont l’ouvrage Le Vrai Lénine a été publié chez Robert Lafont, a dépouillé les milliers de notes, lettres ou directives manuscrites de Vladimir Ilitch Oulianov. Elles sont conservées dans le cœur de l’ex-Union Soviétique : les archives Lénine, au sous-sol de l’ancien bâtiment du Comité central du Parti. Volkogonov commente : « Ces documents sont terribles. Ils apportent la preuve que l’historiographie officielle n’était qu’un tissu de mensonges. Note après note, lettre après lettre, Lénine le demi-dieu vénéré pendant soixante-dix ans (y compris par moi) apparaît tel qu’il était vraiment : non pas le guide magnanime de la légende mais un tyran cynique, prêt à tout pour prendre et garder le pouvoir. Quoi qu’en disent les nostalgiques, c’est lui le vrai père de la Terreur rouge, et non Staline. » C’est Lénine en effet qui ouvre dès juillet 1918, à Sviajsk, dans la région de Kazan, le premier camp de prisonniers, puis les centaines d’autres dont Volkogonov dit qu’ils apparaissent « tels des champignons après la pluie ». Des centaines, des milliers de prisonniers, puis des millions vont sans cesse les peupler… et les dépeupler car on y meurt vite. Mais l’on meurt, encore plus, dans les exécutions de masse et les famines organisées.

Staline avec les moyens de l’État consolidé ne fera que continuer le massacre. S’il exterminera bien plus encore que Lénine, c’est qu’il aura plus de moyens et plus de temps. Alors on nous dira que c’est bien beau de dénoncer les crimes du communisme sans évoquer ceux de l’Allemagne. A cela il y a une différence majeure. L’Allemagne du IIIe Reich a bien sûr éliminé, elle s’en est pris à la source d’où naissaient des ennemis politiques, elle s’est opposée à l’expansion territoriale du communisme précisément, mais elle ne s’en est jamais pris à son propre peuple comme le feront partout les dirigeants communistes à travers le monde.

En 2006, dans ce pays de gauchistes pathologiques, un Lenin Café ouvrait à Chalonnes-sur-Loire près d’Angers (Maine-et-Loire), décoré comme il se doit, pour « rendre hommage à la figure historique de Vladimir Ilitch Oulianov ». Il a fermé en 2021 avec la mort de sa fondatrice conseillère municipale locale et fille d’un syndicaliste CGT.