Le franc est définitivement mort. C’est ce que proclament les euromonétaristes bien prompts à oublier qu’en politique tout n’est que question de courage, et que ce qu’une loi a fait une loi peut le défaire.
Le franc faisait partie de notre histoire comme de notre imaginaire national, bien au-delà de sa valeur pécuniaire. La première monnaie-or ayant cours légal en France, un écu d’or valant dix sous tournois, est l’oeuvre de Louis IX (1266), revendiquant la frappe monétaire comme instrument de souveraineté… et de libération des Français, qui ne seront plus obligés de payer leurs transactions commerciales importantes en or florentin (florin), vénitien (ducat) ou du Saint Empire romain germanique.
Puis le 5 décembre 1360, le « franc » (or) est créé par ordonnance de Jean II le Bon, pour donner au pays des Francs (Regia Francorum) confiance dans une monnaie nouvelle alors que l’on solde les 400 000 écus exigés par le roi anglais pour libérer le roi de France fait prisonnier lors du désastre de Poitiers (19 septembre 1356). Première monnaie nationale à valeur stable – la part d’or fin dans la monnaie française ira croissante tout au long de la Monarchie, passant de 2,5 à 8 grammes environ -, le franc est né de la libération (chèrement payée) du roi de France. Le franc, c’est donc d’abord l’homme libre, tel que l’exprime le mot franchise, celui à qui liberté de parler est rendue.
Franc, c’est aussi celui ou celle qui sont dispensés d’impôt, d’où l’expression « ville franche », car monnaie, impôt et budget entretiennent des relations étroites : les Etats généraux de mars 1356 posèrent le principe du consentement des contribuables à l’impôt.
Franc, c’est enfin l’habitant du pays de France, manifestation d’appartenance à une communauté nationale bien distincte du royaume d’Angleterre, en dépit des vicissitudes de la guerre (de Cent ans).
Voilà tout ce que portait le franc : même le « louis » instauré par Louis XIII (avec effigie du roi, comme sur le « franc » de Jean II le Bon), sera considéré comme ayant parité avec « l’ancien franc »… Bonaparte, avec le « franc germinal » (7 avril 1803), confirme ce que la loi du 15 août 1795 (de la Convention thermidorienne finissante) avait posé en principe : la monnaie de la France c’est… le franc.
Franc qui gardera sa valeur jusqu’en 1928, où il sera dévalué de près de 80 %, première des 17 dévaluations que connut la France, de cette date à 1983 : le franc a alors perdu 99,95 % de sa valeur de 1914 !
L’existence comme la valeur du franc sont à l’aune de notre puissance politique : l’euro – aucune monnaie étrangère n’avait eu cours légal depuis… 8 siècles – est le signe de notre abaissement monétaire, strictement parallèle à notre déclin national. Quand la France retrouvera sa puissance et son indépendance, le franc redeviendra sa monnaie. Le franc sera alors à nouveau le signe de la souveraineté… et de la liberté du royaume des… Francs !

