De la « discrimination positive »

Avec son opération visant à nommer à la tête des institutions culturelles des gens arbitrairement choisis sur des critères raciaux extra-européens, l’actuel ministre de la Culture français Rima Abdul Malak vient de lancer l’étape à ce jour la plus avancée et ouvertement exprimée de la politique de « discrimination positive ». L’intéressée va jusqu’à avoir l’audace de nommer son opération du titre « La Relève », bel euphémisme clairement chargé du sens réel de « remplacement », dont elle rêve manifestement pour la France à l’instar de son patron élyséen, ne tournons pas autour du pot. Faisons un rappel historique et de contenu sur la « discrimination positive ».

La « discrimination positive » (en anglais affirmative action) est un système législatif inventé aux États-Unis dans les années 1970, qui consiste à avantager les membres de minorités ethniques (voire sexuelles) dans l’attribution des crédits publics, l’obtention d’un diplôme (points supplémentaires aux examens), d’une place à l’université ou d’u emploi public (quotas obligatoires). Elle fait partie en France de ce que l’on nomme « politique de la Ville », qui n’est en fait qu’une des formes de la tentative d’intégration des vagues successives d’immigration extra-européennes que connaît la France depuis une cinquantaine d’années. Elle fait désormais partie de l’appareil administratif français, avec la Loi d’orientation sur la ville (Bernard Tapie, octobre 1991), le Pacte de relance pour la ville de Messieurs Juppé, Gaudin et Raoult (novembre 1996), les « projets de ville », les « zones franches urbaines », les « zones d’éducation prioritaire », le « Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discrimination (FASILD) du gouvernement Jospin, le « contrat d’intégration » de Jacques Chirac (janvier 2003)… Mais en fait aussi partie de la mise sous condition de ressources des prestations familiales qui avantagent les familles étrangères au détriment des familles françaises de souche. Car il va de soi que la « discrimination positive » à l’égard de certains aboutit à une discrimination négative à l’encontre des autres, les membres de la majorité légitime sur le territoire considéré, chose qui était évidente à la seconde même où l’on en a entendu parler pour la première fois il y a maintenant de nombreuses années. Ce qui établit sans l’ombre d’un doute le caractère frelaté, inversé, de toute cervelle capable d’adhérer à cette idée.

La discrimination positive (créée par des arrêts de la Cour suprême des Etats-Unis, plus idéologiques que juridiques) a fait, outre-Atlantique, l’objet de débats passionnés, de référendums d’initiative populaire la rejetant (en Californie, par exemple) et elle est aujourd’hui beaucoup moins appliquée là-bas qu’il y a trente-cinq ans en raison de ses échecs. Voici comment un Américain libéral (c’est-à-dire de gauche) en parle à l’époque : « Ceci ne signifie pas que je n’ai pas d’obligations à l’égard de mes concitoyens noirs. J’en ai, mais pas à cause de leur race, ou en raison d’une dette spéciale de ma lignée envers la leur. Si j’ai des obligations à leur égard, c’est parce qu’ils ont pour beaucoup d’entre eux des besoins particuliers, parce qu’ils sont mes compatriotes et parce qu’ils sont (je le crois profondément) mes frères… Le système d’affirmative action aujourd’hui en vigueur repose sur des concepts de dette raciale et de droits raciaux plutôt que sur la valeur et les besoins des individus. C’est, pour dire les choses autrement, un système raciste » (Antonin Scalia, The Disease as a Cure – Un remède pire que le mal – Washington University Law Quartery, n° 1, 1979). La chose est clairement exprimée et reconnue : un système raciste.

La France n’a pas échappé au débat, même s’il a été davantage étouffé en raison du poids du terrorisme intellectuel à l’œuvre ici : « La plupart des observateurs s’interrogent sur la compatibilité entre les politiques de discrimination positive et les principes républicains… ces principes sont heurtés de plein fouet par des politiques qui contreviennent au principe d’universalité des prestations, d’égalité devant le service public et dans l’accès aux emplois publics, mais aussi d’indifférenciation du corps politique » (Les politiques de discrimination positive, Problèmes politiques et sociaux, n° 822, juin 1999, p. 4).

Voici comment la juge le sociologue (de gauche) Christian Jelen (vous pouvez lire son livre La Guerre des rues, Éditions Plon) : « Une frange médiatiquement influente de notre intelligentsia rejette les valeurs de la République. Celles-ci correspondraient au monde d’hier, de l’enfermement et des frontière exigües. La mondialisation, la grand marché, l’Europe, les régions, les rendraient obsolètes, archaïques. Selon certains, la République, surtout soucieuse de refouler les identités particulières, serait devenue une idée de droite. Le rôle libérateur du citoyen et de l’universalisme aurait vécu. Les émancipateurs de l’humanité contemporaine seraient les minorités discriminées. Le repli sur la communauté ethnique ou religieuse, la spécificité culturelle et les droits spécifiques : voilà l’avenir, voilà la modernité, selon nos multiculturalistes. Aussi se réjouissent-ils de voir la France s’engager sur la voie américaine de l’effervescence minoritaire. Or la France a été et demeure une nation ethnique… » (La Régression multiculturaliste, Le Débat, Paris, n° 97, p. 137).

Mathilde Panot face à Élisabeth Borne à l’Assemblée ce 12 décembre après le vote de la motion de rejet contre la loi sur l’immigration de Gérald Darmanin, a clamé que la France n’a jamais été une nation ethnique mais une nation politique. On voit donc d’une part le désaccord entre la présidente du groupe LFI et Christian Jelen ; d’autre part l’alignement de position entre Madame Abdul Malak membre du gouvernement, et la pasionaria mélenchoniste.