De l’épouvantail servi à l’opinion

Durant le Premier Empire napoléonien, l’Angleterre présentait dans ses journaux satiriques Bonaparte sous le diminutif de Bony, faisant le jeu de mot avec osseux (de bones, les os), et collait à la représentation graphique de personnage squelettique qu’on lui donnait pour la circonstance une fonction de croque-mitaine dont on menaçait les enfants d’aller le chercher s’ils n’étaient pas sages. Durant la Première Guerre mondiale, les gazettes du front dans les tranchées françaises moquaient les Allemands en prétendant que leur consommation de choucroute leur avait fait développer plusieurs mètres d’intestins de plus que les gens « normaux », faisant d’eux des outres à fermentation vivant dans l’odeur des flatulences. La caricature et la diabolisation de l’ennemi ont toujours fait partie de l’arsenal d’instruments utilisés dans la guerre, déclarée, ou bien que l’on se prépare à mener.

Caricaturer l’ennemi fait partie des principaux biais de la propagande de guerre édictés en 1928 par Lord Ponsonby dans son Falsehood in Wartime. Et à ce jeu, le « camp du Bien » occidental n’est pas le moins actif. Ces dernières décennies, Saddam Hussein, Slobodan Milosevic, Muammar Gaddafi, Bachar al-Assad, et Vladimir Poutine en ont été les cibles de choix comme chacun sait, tandis qu’en effet miroir, les « bons » du scénario bénéficient dans les médias d’une propagande inversement proportionnelle à celle réservée aux « crapules » désignées. C’est toujours efficace sur les esprits simples et aisément manipulables, à commencer par ceux des enfants dont l’innocence les prédispose à gober aveuglément tout ce que l’autorité de la figure professorale et les programmes scolaires déversent dans leur cerveau.

Nous avons toujours été sidérés par le fait qu’on ait systématiquement voulu présenter les principales figures du national-socialisme en les réduisant à de simples tarés mégalomanes, déjà vieux, obèses ou malingres, sortes d’entités maléfiques, sortes de clowns méchants et ridicules… comme s’il n’y avait à leur sujet aucun autre argumentaire possible.

Pourtant quand on veut aller plus loin et qu’on étend son champ de lecture, on voit en fait apparaître des êtres humains, un groupe d’hommes jeunes, patriotes, idéalistes, façonnés par les dures conditions de l’époque, humiliés par la défaite et le traité de Versailles. De ces jeunes hommes en révolte, portés par la force terrifiante de leur jeunesse et de leur désespoir, de ces Réprouvés qu’on rencontre dans les livres d’Ernst von Salomon et qui parvinrent au pouvoir, légalement, en 10 ans seulement et furent bien près de soumettre une bonne partie du monde.

Pour la nouvelle imagerie d’Épinal qu’on nous impose, Goering, c’est l’obèse cocaïnomane, mou, un peu lâche… alors qu’il fut un as de l’aviation pendant la Première Guerre mondiale, ancien commandant de la fameuse escadrille von Richthofen, décoré de l’ordre « Pour le Mérite », la plus haute distinction militaire allemande.

Hitler, lui, est un peintre raté, mégalomane, piètre écrivain (alors que son Mein Kampf est beaucoup moins ennuyeux qu’on veut bien le dire, en tout cas, il vaut largement nombre de livres « politiques » qui encombrent aujourd’hui les rayons des librairies). Pour compléter le personnage, on le classe dans la catégorie des freluquets hystériques. En fait, il était un loup maigre et dur, façonné par la lutte pour l’existence et par les années de guerre qu’il a menée fort honorablement : après quatre ans de guerre en première ligne, il était titulaire de la Croix de Fer de 1ère classe, distinction rare chez un homme de troupe. Et capable de suivre une rigoureuse logique qui le mènera au pouvoir absolu en moins de 10 ans.

Heinrich Himmler nous est généralement présenté comme un être falot et malingre : pourtant, volontaire à 17 ans, il arrive juste pour assister à la fin de la guerre de 1914-1918, mais plus tard, avec son frère, il intègre une unité de réserve, proche des Corps Francs et lors du putsch de Munich, c’est à lui qu’on accorde l’honneur d’arborer l’étendard de la Reichskriegsflagge face aux mitrailleuses de la police. Il n’hésite pas à parcourir les campagnes sur une vieille moto pour porter la parole nationale-socialiste auprès des paysans. Et quand les SS, obligés de faire du sport, devront jusqu’à 50 ans, se soumettre à un examen de contrôle sportif annuel, il sera le premier à s’y plier.

Quant à Goebbels, le nabot au pied-bot, il serait malvenu de sous-estimer son courage quand on sait qu’il fit ses débuts d’orateur en 1924 à Rheydt, en n’hésitant pas à aller porter la contradiction dans des réunions communistes.

Des hommes qui n’avaient pas moins de dignité et de valeur que les chefs du camp adverse.