Socialisme. Le mot vient du latin socius, qui est à la fois un nom et un adjectif. En tant que nom, socius signifie le compagnon, le camarade, l’allié, l’associé. En tant qu’adjectif, il signifie ce qui est mis en commun, ce qui est partagé. On retrouve évidemment la racine de ce mot latin dans des mots tels que société, association, associé, etc. Le premier à avoir utilisé le mot socialisme date de la fin du XVIIIe siècle, c’est l’abbé Sieyès, qui a joué un certain rôle dans la préparation et le déroulement de la Révolution de 1789. Il utilise ce mot en 1780 mais dans un sens qui n’est pas celui qu’il a pris par la suite, pour lui c’est « la science de la société », il utilise donc le mot socialisme comme équivalent de ce que nous appelons aujourd’hui la sociologie. Ce mot ne refait surface, avec alors désormais une connotation politique, sociale, économique, qu’en 1831 de la part d’un certain Pierre Leroux, qui fait partie de la galerie de ceux que Marx dénoncera avec haine comme des socialistes utopistes tout simplement parce que ces socialistes qui étaient quasiment tous des Français lui faisaient beaucoup de concurrence. Charles Fourier ensuite, conçoit le socialisme comme un projet de réorganisation de la société. C’est son disciple le plus proche, Victor Considérant qui va organiser dans les années 1832-1848 des communautés qui fonctionneront selon ce que Fourier mettait en avant c’est-à-dire la nécessité d’un principe communautaire, avec des succès divers, ce sont des expériences intéressantes en tant que telles.
Surviennent ensuite des gens comme Pierre-Joseph Proudhon, qui a une formule intéressante encore aujourd’hui, qui prône ce qu’il appelle un « socialisme par le bas », c’est-à-dire au niveau des communautés de base. Et puis Auguste Blanqui, qui dès la période de la monarchie de Juillet (1830-1848) a la volonté d’un changement de société radical puisque Blanqui est un organisateur de talents et il veut s’emparer du pouvoir par le coup de force, par l’insurrection armée. Il organise un certain nombre de sociétés secrètes, dont la société des Saisons en 1837, qui diffusent l’idéal socialiste dans des milieux qui sont déjà révolutionnaires. Blanqui va payer très chèrement son engagement puisqu’il passe une grande partie de sa vie en prison, d’où le surnom qui lui est donné de « l’enfermé ». Blanqui, comme Proudhon d’une façon différente, va rester un modèle pour beaucoup de gens. Ils vont être des exemples pour les socialistes français pendant des décennies. Avec une circonstance particulière, qui est que lorsqu’arrive la Commune à Paris après la guerre de 1870, les deux hommes qui ont le plus d’influence chez les Communards sont Proudhon et Blanqui. Le problème, c’est que Proudhon est mort en 1865, et Blanqui est en prison. Les deux leaders « naturels » de la Commune ne sont pas là. Et c’est ce qui va faciliter beaucoup de choses à la fois aux Versaillais et aux quelques marxistes qui ragent de voir une Commune qui risquerait de leur échapper. Il faut relire certains textes de Karl Marx qui est extrêmement critique, voire haineux, à l’encontre de la Commune et des Communards.
En face, nous avons des gens comme Adolphe Thiers, qui caractérisent l’esprit libéral de l’époque : « La société actuelle reposant sur les bases les plus justes, ne saurait être améliorée », Monsieur de Montalembert défenseur de la liberté de l’enseignement : « Résigne-toi à la pauvreté laborieuse et tu seras récompensé et dédommagé éternellement », Louis Veuillot polémiste catholique : « Il est nécessaire qu’il y ait des hommes qui travaillent beaucoup et vivent chétivement, la misère est la loi d’une partie de la société, c’est la loi de Dieu à laquelle il faut bien se soumettre ». Quand on a des gens en face qui vous disent des choses comme ça, on comprend qu’à un moment on finisse par se révolter.
La notion de gauche n’est pas présente dans ce contexte. Pour ceux qui vont être fidèles à l’enseignement de gens comme Proudhon et Blanqui, nous verrons surgir à un certain moment chez les non-conformistes des années 1930 une formule qui aura un grand succès, « ni droite ni gauche », formule que nous reprenons complètement à notre compte aujourd’hui pour ne pas tomber dans le piège d’un choix qui est faussé dès le départ c’est-à-dire depuis 1789. Proudhon est avant un tout un philosophe et un sociologue. Il est celui qui va organiser la pensée d’un socialisme, pas uniquement sur le plan théorique, mais un socialisme pratique. Proudhon va développer toute la problématique des mutuelles, des retraites, de l’organisation par de petites unités économiques. Proudhon restera à la fois le théoricien et l’homme qui va donner donner des cartes pour les suivants afin d’avoir une structure pratique d’un socialisme français. Proudhon est davantage un penseur, un théoricien, un doctrinaire. Blanqui est un homme d’action, un chef militaire car il conçoit l’action politique comme une action militaire.
Pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui, ce que l’on a gagné depuis la naissance du socialisme français, et ce que l’on est en train de perdre, il faut se remémorer ce qu’était le quotidien d’une famille ouvrière en 1840. Du travail, il n’y en avait pas pour tous, et pas tout le temps, les embauches se faisaient à la journée, que ce soit terrassier, « dos » portant les carcasses de viande aux Halles ou manutentionnaire déchargeant les péniches, c’est bien restitué dans le film Les Mystères de Paris (de André Hunebelle, 1962, avec Jean Marais), c’était l’incertitude perpétuelle, les prix à la façon variaient dans une même journée, les tarifs n’étaient pas fixes c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de certitude du revenu, et les licenciement se faisaient sans préavis. Une journée de travail c’était souvent douze à seize heures, de 05h00 heures du matin à 21h00 le soir. Le tout sans moyens de transport, il fallait se déplacer à pied, de plusieurs kilomètres, par tous les temps. On travaillait sept jours sur sept, sans congés réguliers, sans autre repos que celui imposé par la maladie ou par le chômage, maladie dont il fallait écourter le temps de convalescence puisqu’elle privait de revenus et que de toutes façons on n’avait pas d’argent pour se soigner. On travaillait dans des conditions relativement pénibles et malsaines, dans de vieux locaux souvent inadaptés, rien n’était prévu contre les accidents du travail, ni en matière de retraite. Dans ce contexte, le travail des enfants commencera à être interdit dans les textes uniquement à partir de 1841, par une loi qui sera peu appliquée, concernant les enfants de moins de 8 ans, uniquement dans les entreprises de plus de 20 salariés. Les enfants de 8 à 12 ans pouvaient travailler jusqu’à huit heures par jour. Montrera l’esprit profond de nombreux patrons (pas tous), des capitalistes. Pourquoi l’État en est arrivé à légiférer sur le travail des enfants ? On connaît l’exemple d’un quartier de Lille où travaillaient 21 000 enfants et où 20 700 sont morts avant d’atteindre l’âge de cinq ans. A ce rythme, l’État a estimé qu’il n’y aurait un jour plus personne pour la conscription. Ce qui a incité l’État à légiférer en la matière c’est le risque de n’avoir plus de soldats en quelques années pour faire la guerre un jour. Avant cela, les patrons ont profité de la situation de manière très forte, la mortalité des enfants ne les gênait absolument pas. Le socialisme naît en juste réaction à l’exploitation capitaliste.

Le chômage, du peintre Louis-Adolphe Tessier (1858-1915)
L’arrière-plan et le fondement du surgissement du socialisme, c’est la Révolution industrielle qui se répand en Europe continentale après être née en Angleterre. La France commence à être touchée par cette évolution dans les années 1830-1850. Ce n’est pas un hasard si c’est au moment de cette génération que l’on voit surgir des gens comme Proudhon, Blanqui, puis Sorel. Pour insister un peu s’agissant de Proudhon, il faut savoir que dans les derniers mois de sa vie, alors qu’il est très malade et affaibli, il arrive encore à dicter un ouvrage qui va être le catéchisme du mouvement ouvrier français, De la capacité politique des classes ouvrières, jusqu’au bout sur son lit de mort Proudhon aura continué une œuvre de penseur et de militant. Au sujet de Proudhon, il y a cette citation intéressante parce qu’elle émane de quelqu’un qui n’est pas de nos idées, Georges Gurvitch dans son livre Proudhon, sa vie, son œuvre, « Proudhon est resté révolutionnaire jusqu’à son dernier souffle, sous maints aspects bien plus révolutionnaire que Marx ». C’est justice que de rappeler cela.
Puis vient Georges Sorel, qui sera un porteur de toutes les idées qui ont pris naissance dans la seconde partie du XIXe siècle. Il y a deux grandes choses dans l’enseignement de Sorel. D’abord sa théorie des mythes, puis ce grand rêve de la grève générale. Georges Sorel c’est le syndicalisme révolutionnaire. Il va s’inscrire dans l’histoire, n’oublions pas qu’il va être lu, interprété et d’une façon accompli par des gens qui s’appellent Lénine et Mussolini. Ce dernier y fera très souvent référence, dira sa dette à l’égard de Sorel. Georges Sorel surgit à un moment où il y a un échec évident de ce que l’on peut appeler le socialisme réformiste. Les socialistes de la fin du XIXe siècle prennent un nom qui est tout un programme, les « possibilistes », ils disent faire ce qu’il est possible de faire, c’est-à-dire pas grand chose pour ne pas dire rien. Et les braves gens qui ont voté pour eux, qui les ont portés à la chambre des députés se demandent à quoi servent ces possibililstes, qui sont en fait les ancêtres du Parti socialiste d’aujourd’hui, dont Sorel disait qu’ils étaient les pires ennemis de la classe ouvrière. La social-démocratie est née de ces gens-là. Et aujourd’hui, on retrouve quasiment avec les mêmes mots, les mêmes raisonnements, les socialistes actuels qui disent eux aussi ne pas pouvoir faire grand chose. Parce que derrière, il y a quoi ? Il y a l’acceptation de la loi du marché. Ces gens-là sont ralliés au libéralisme. Or, Sorel, puisqu’il est question de Sorel mais ce sera le cas d’autres, dit que les choses sont simples, qu’il y a un choix à faire, entre le libéralisme et le socialisme. On est l’un ou l’autre, on ne peut pas être les deux à la fois. Aujourd’hui, il y a des gens qui osent se dire sociaux-libéraux, ce qui est un non-sens absolu, mais il leur faut ratisser large, ne pas effrayer le bourgeois, essayer de récupérer de l’électorat centriste, et pour cela on jette à la mer toutes les convictions qui étaient celles des hommes qui ont forgé le socialisme en France.
En 1892, Fernand Pelloutier crée la Fédération des bourses du travail. Et le syndicalisme révolutionnaire va considérer comme un outil privilégié les bourses du travail. Cela s’inscrit dans une perspective générale de la société qui attache de l’importance à des structures intermédiaires, à des corps intermédiaires, et qui refuse le face-à-face tellement commode à la fois pour les libéraux et les marxistes, le face-à-face entre l’État et l’individu, il n’y aurait rien entre l’État et l’individu. Or, Sorel et d’autres disent non, il y a et il faut qu’il y ait toutes les étapes intermédiaires. Et il est intéressant de savoir qu’aujourd’hui il y a des gens, comme Chantal Delsol par exemple, qui ont beaucoup travaillé de façon remarquable sur le thème de la subsidiarité qui est au cœur de nos préoccupations. Principe de subsidiarité pratiqué par des corps intermédiaires, qui vient de loin, de la seconde moitié du XIXe siècle.
La grande alliance avec le mouvement national qui va avoir lieu par la suite surgit essentiellement avec l’affaire boulangiste. C’est cette dernière qui va créer un consensus entre des gens qui pourraient paraître à tort comme n’ayant aucune raison de s’entendre, les uns sont nationalistes, les autres socialistes révolutionnaires. Mais en fait, ils se battent contre le même ennemi, c’est-à-dire l’idéologie des Lumières. Et il est tout à fait frappant de voir qu’au lendemain de la guerre de 1870, il y a des auteurs qui s’appellent Ernest Renan, Hippolyte Taine, qui dans leurs ouvrages dénoncent à boulets rouges les Lumières, il faut relire ces textes. Il est dommage que Renan et Taine soient un peu oubliés parce qu’ils ont parfaitement posé le problème à savoir qu’il faut tirer un trait sur l’idéologie des Lumières et tout ce qui en découle, c’est-à-dire en particulier le libéralisme, l’individualisme, l’utilitarisme, le démocratisme, etc. Là, il y a des pères fondateurs qui seront ensuite repris par des gens comme Gustave Le Bon, Maurice Barrès, Sorel, Vacher de Lapouge et d’autres, il y a là tout un florilège d’auteurs qui vont s’engager à fond sur cette piste-là qui est le rejet de l’idéologie des Lumières. Et ils vont proposer autre chose, c’est-à-dire la nécessité d’une société qui soit une communauté organique et non pas reposant sur une idéologie comme celle des Lumières qui est totalement artificielle.
Paul Déroulède, chef de file des boulangistes, nationaliste mais aussi socialiste, fait un discours à la Chambre en 1891 pour exiger l’amnistie des militants condamnés au printemps pour fait de grève. Il déclare : « La solidarité des travailleurs augmente et se fortifie de jour en jour. Ils se comptent et ils vous comptent et faute par vous (les socialistes possibililstes) de vous montrer pitoyables et bons, faute d’avoir été équitables et prévoyants, vous serez réveillés quelque beau matin par un déchaînement cent fois plus terrible que celui-même de 1793, plus terrible et plus juste aussi. Car nés de la Révolution et de la République, vous aurez méconnu et la République et la Révolution. Prenez-y garde, il en sera du quatrième Etat (le monde ouvrier) comme il en fut du tiers il y a cent ans, il vous demande quelque chose, vous ne lui donnez rien, il vous arrachera tout ».
Maurice Barrès a été un très important théoricien du nationalisme dans son fameux programme de Nancy qui était quand même sous-titré Nationalisme, Protectionnisme, Socialisme. Et dans ce programme qui est d’une actualité assez criante, Barrès, qui est un écrivain, un poète, un intellectuel bourgeois, va quasiment parler de tout, des caisses de retraite, des assurances sociales, d’emploi pour les femmes, de crèches, de la préférence d’emploi pour l’ouvrier français. Dans ce discours de Nancy, après avoir abordé les féodalités d’argent, Barrès a un passage intitulé La lutte contre cette féodalité : « Comment pourrions-nous lutter contre cette redoutable ploutocratie d’exotiques dont la France peut mourir. Nous n’empêcherons pas que dans la civilisation moderne les capitaux, les puissances d’argent, tendent à devenir les puissances suprêmes. Seulement, ces puissances dont chacun, soit par notre travail, soit par notre petit avoir nous avons une parcelle, nous devons tendre à les retenir entre nos mains françaises. Comment ? Par le bien de famille insaisissable et par l’association. Notre salut, c’est que nous cessions d’être des individus déracinés et éparpillés ». En quelques lignes, Barrès dit beaucoup de choses qui ont aujourd’hui un écho prégnant, et en particulier l’intérêt de retrouver notre communauté. Il déclare en 1889 : « Je parle au nom de tous ceux qui gagnent par l’effort de leurs bras et de leurs cerveaux l’argent qui va engraisser les voleurs ». Et au sujet de la Commune : « Elle reste l’immortel défi du peuple à ses oppresseurs ». Il écrit dans Le Courrier de l’Est en 1890 un article intitulé La lutte entre capitalistes et travailleurs. On a là quelqu’un qui prend des positions tout à fait claires.
On voit surgir à la veille de 1914 des expériences extrêmement intéressantes, en particulier le Cercle Proudhon, où se retrouvent des maurrassiens et des syndicalistes révolutionnaires, qui sont d’accord sur une chose, c’est qu’il faut jeter à bas l’édifice bourgeois. L’ennemi, c’est la société bourgeoise, ce que nous appelons aujourd’hui la société marchande, et sur ce terrain-là ils se retrouvent d’accord. Le drame, c’est qu’arrive 1914-1918 et que la plupart des gens qui animaient ce courant du Cercle Proudhon sont tués à la guerre. Évidemment, ce sont toujours les meilleurs qui sont tués parce que ce sont toujours eux qui prennent des risques et qui donnent leur peau. Deux grandes figures du Cercle Proudhon n’ont pas été tuées à la guerre, il s’agit de Georges Valois, et Edouard Berth dont Alain de Benoist a publié la biographie, Au temps du socialisme héroïque, livre tout à fait remarquable qui permet à beaucoup de gens de découvrir Edouard Berth hélas trop méconnu, personnage qui a été le plus fidèle disciple de Sorel, Berth fondateur des Cahiers du Cercle Proudhon en 1911 avec Georges Valois. Il y une phrase d’Edouard Berth qui est intéressante : « Il faut que ce réveil de la force et du sang contre l’or s’achève par la déroute définitive de la ploutocratie ».
Trois mouvement vont dans les années 1930 prolonger les socialistes révolutionnaires français du début du XXe siècle, la Jeune Droite, L’Ordre nouveau (à ne pas confondre avec un mouvement plus récent), et Esprit d’Emmanuel Mounier, qui publie en 1935 un ouvrage dont il faut recommander la lecture, Révolution personnaliste et communautaire. Et dans ces deux mots il y a quelque chose de tout à fait fondamental, qui reste valable aujourd’hui parce que notre souci c’est quand même de se dire qu’est-ce qu’on retient de tout cela, qu’est-ce qui est transposable, et cette référence personnaliste et communautaire, très clairement, dans l’esprit de Mounier, elle est destinée à dire que nous ne voulons ni du libéralisme ni du collectivisme marxiste, nous voulons une troisième voie. Et les efforts déployés par des gens comme lui, nous pouvons encore aujourd’hui en revendiquer à la fois l’héritage en ayant le souci d’actualiser ce qui était écrit dans les années 1930, mais sur le fond la réflexion reste tout à fait fondamentale.
Nous ne pouvons être des libéraux parce que le libéralisme est une doctrine dont on a vu dans le passé le mal qu’elle a fait aux peuples d’Europe quand elle était totalement débridée, et les conditions de travail qui étaient imposées aux travailleurs à cette époque-là continuent d’être imposées dans beaucoup de parties du monde, parce que ces peuples-là n’ont pas encore réussi à s’organiser, à se défendre, ou à sortir de l’esclavage dans lequel ils sont enfermés, et qu’aujourd’hui le libéralisme a ses limites, qu’il est en pleine offensive, qu’il nous fait régresser, et qu’il cherche de plus en plus chaque jour à attaquer les défenses qui ont été érigées pour le contenir. Un libéralisme conservé en le parant de « national » ne m’interpelle en aucune façon. Je crois qu’il faut faire une guerre totale et inconditionnelle au libéralisme quel qu’il soit pour une raison très simple : il est évident que le libéralisme a séduit pendant longtemps et peut encore séduire un certain nombre de gens par une tromperie sémantique, libéralisme donc liberté, « liberté ? », liberté de qui et pourquoi ? Selon la bonne vieille formule liberté du renard dans le poulailler, c’est ça le libéralisme. Mais il n’est pas question pour nous de mettre en accusation la liberté d’entreprendre, il ne faut pas tout confondre, nous disons simplement que la liberté d’entreprendre est une condition sine qua non pour une réussite économique parce qu’elle donne toutes leurs chances aux individus qui veulent travailler, qui ont la capacité de travail et l’intelligence de réussir une entreprise, mais il faut que cette liberté d’entreprendre ne soit pas une liberté de faire tout et n’importe quoi. En clair, aujourd’hui le libéralisme c’est la dictature des multinationales, celle des grands groupes qui n’ont pas de patrie parce qu’ils n’en ont jamais eu et qu’ils n’en auront jamais, la notion même de patrie leur est inconnue, et même s’ils savaient ils s’assoient dessus parce que pour eux il n’y a qu’une condition première à tout ce qu’ils font, qu’un impératif, c’est le profit, à tout prix, au détriment de tous. Donc cette liberté-là, c’est un cache-sexe pour dissimuler une dictature qui est celle des grands groupes internationaux, de la « fortune anonyme et vagabonde », l’expression est tout à fait juste et justifiée, il ne faut pas hésiter à la mettre en avant, c’est de cela qu’il s’agit dans le monde d’aujourd’hui. Ce monde libéral est un monde qui est dominé, contrôlé, par de petits groupes dont le pouvoir de direction se situe quelque part du côté de Wall Street, de Londres, voire éventuellement de « Tel Aviv ». La grande question pour nous ce sont les relations entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. Le premier est là pour réguler, organiser, harmoniser, discipliner. Il est là, en tout cas dans notre conception du socialisme identitaire, pour protéger ceux qui font la richesse économique de la nation c’est-à-dire les petites et moyennes entreprises, ceux qui les animes et leurs salariés. Dans notre vision des choses, qui n’est pas nouvelle, il s’agit de rechercher une harmonisation entre un capital productif – ce que nous récusons complètement c’est le capital spéculatif – qui réinvestit une partie de ses gains dans l’outil de production et un capital qui reverse une partie des bénéfices dans une véritable justice sociale, un équilibre entre tous les producteurs c’est-à-dire les entrepreneurs et leurs salariés, et c’est à eux de trouver une forme d’organisation, avec un État qui soit là pour permettre cela. Or aujourd’hui, au lieu de protéger cette capacité de travail et de réussite, l’État écrase, en particulier fiscalement, les petites et moyennes entreprises. Donc il faut être très clair, l’État aujourd’hui trahit sa vocation naturelle en la matière, et cet État là doit donc être supprimé pour être remplacé par un État qui apportera enfin une justice économique et sociale. Le socialisme identitaire doit être révolutionnaire parce que le système en place doit être abattu par tous les moyens, ça s’appelle une révolution. Si l’on veut changer l’ordre des choses, il faut une action révolutionnaire, c’est le mot qui convient pour désigner un changement total d’organisation de la société. Le socialisme, si l’on essaie d’aller à sa définition la plus simple qui soit, pour être bien compris de tout le monde, c’est pour nous faire passer l’intérêt collectif avant l’intérêt individuel, voilà le principe de base. Intérêt collectif, oui, mais de quelle collectivité ? la collectivité qui est constituée par les nôtres, donc quand nous parlons de socialisme identitaire nous voulons un socialisme qui concerne les nôtres et qui soit une mise en valeur de tout ce qui peut contribuer aux intérêts, à la défense, à la survie, des nôtres. Et pour être tout à fait clair, les nôtres ce sont les gens qui appartiennent aux peuples européens. Ordre nouveau écrit dans les année 1930 « la Patrie régionale c’est le rapport qui existe entre tout être humain et les puissances du sang et du sol ». Les puissances du sang et du sol, cela évoque évidemment des valeurs d’enracinement, à la base de l’identité il y a l’enracinement c’est-à-dire l’attachement fondamental de quelqu’un, pour reprendre Barrès « la terre et les morts », le sang que j’ai dans mes veines et la terre que m’ont laissé mes ancêtres, c’est ça la référence identitaire ! Et donc un socialisme identitaire ne peut pas être mondialiste par définition, c’est antinomique, il doit être enraciné sinon pour nous il n’existe pas.
Pierre Vial
