Un référendum sur l’immigration est réclamé avec force depuis plusieurs années. Ce à quoi la réponse assénée est que ce n’est pas possible à cause de l’article 11 de la constitution qu’il faudrait pour cela préalablement réformer. Or, divers observateurs et constitutionnalistes disent au contraire que la constitution telle qu’elle est actuellement permettrait un tel usage du référendum, preuve en étant que De Gaulle ne s’est pas privé d’en faire usage. L’occupant de l’Élysée prétend vouloir élargir le domaine référendaire pour que l’on puisse poser davantage de questions aux Français, allant donc à contre-courant de la démarche qui jusqu’à présent consiste à dire « non, pas sur ça » à chaque sujet que les Français voudraient voir traité, au prétexte qu’il y aurait des sujets « trop passionnels » et qu’il vaut mieux interroger les Français sur des sujets leurre sans importance. Mais cette réforme et ce libre usage du référendum par les Français tel qu’il devrait être dans un pays d’adultes responsables, n’ont pas la moindre chance de se concrétiser. On est là dans la communication politique trompeuse, méthode de gouvernement érigée ici en norme. Pas la moindre chance d’aboutir. Pourquoi ? :
D’abord parce qu’Emmanuel Macron n’a pas la majorité chez les parlementaires sans les vote desquels la réforme de la constitution n’est pas possible. Ce qui en soi suffit à ranger son annonce au placard.
Mais imaginons qu’il soit capable d’imposer sa réforme aux parlementaires français, toute la base sociologique d’Emmanuel Macron en revanche et l’ensemble des « élites » européistes sont aujourd’hui viscéralement « référendophobes », il y a chez ces gens une hostilité fondamentale à l’encontre du référendum, parce qu’ils considèrent que le peuple est sous-qualifié politiquement pour s’emparer des grandes questions qui traversent notre époque, ces éminences considèrent les question qui sont les nôtres aujourd’hui sont « tellement complexes » que se tourner vers le peuple c’est se tourner vers les passions, vers la « folie collective », et que le débat devrait plutôt être porté dans ce modèle de « conventions citoyennes » de pseudo-experts et de citoyens militants, qui eux pourraient nous expliquer comment débattre et quoi choisir, en réalité simulacres constitués de gens choisis parce qu’ils sont déjà d’accord avec le résultat que l’on souhaite (on sait comment tournaient sous Sarkozy les soirées débats sur l’identité dans les préfectures, où n’étaient sélectionnés, autorisés et invités à prendre la parole que des gens, des associations, tous alignés sur les vues du pouvoir).
Il y a donc une méfiance envers le référendum très présente dans le régime européiste dans lequel la France est enferrée. La volonté est récurrente de déconstruire la souveraineté populaire. Bien que celle-ci ne soit qu’une escroquerie dans les faits, l’idée demeure encore insupportable à certains. On veut l’inhiber symboliquement. L’oligarchie se méfie du peuple dont 45 % est aujourd’hui rangé dans le camp des « factieux » parc qu’ils ont voté à la dernière présidentielle pour des partis (Mélenchon/Zemmour/Le Pen) désormais qualifiés de ne plus faire partie de « l’arc républicain ». Quand les « élites » considèrent que la moitié d’un peuple est constitué de factieux, comment lui donner la parole par le recours au référendum ? Aux leaders qui annoncent qu’ils feront le référendum sur l’immigration s’ils accèdent au pouvoir, on rétorque comme Pierre Moscovici que ce ne sera pas possible, qu’ils seront empêchés par « plusieurs cartes administratives, constitutionnelles, juridiques à jouer pour vous en empêcher, parce que l’État de droit c’est trop important pour que vous puissiez le fracasser avec vos initiatives populistes ». Le régime se défend contre l’idée de référendum.
Et il se méfie même des élections. On peut penser à Ursula von der Leyen qui avait dit à propos de l’Italie mais aussi de la Suède, que si les élections « tournent mal » dans ces pays, la commission européenne a les moyens nécessaires par mater ces insurrections dites populistes. Plus, Thierry Breton, avait expliqué quels étaient les paramètres à venir d’une possible censure sur le web, et qu’il fallait l’envisager notamment lors des appels à la révolte, mais aussi lorsque cela pouvait entraver ou dérégler le « processus démocratique ». Mais qu’y a-t-il à voir à travers cette notion de « processus démocratique » ? Qu’ont dit ces gens du résultat du Brexit et de l’élection de Donald Trump ? Que si les gens avaient été « correctement informés », ils n’auraient pas voté de telle manière. Il est donc établi que du point de vue de nos « élites », quand les votes ne donnent pas les résultats attendus, c’est qu’il y a une faille dans dans le processus démocratique qui peut justifier qu’on suspende demain les élections ou que l’on s’assure de la manière de les encadre pour qu’elles donnent le « bon résultat ». Le groupe de rock français Trust ne se situe pas dans le champ de nos idées, mais il lui est arrivé de dire certaines choses valables, ainsi du refrain de leur bien nommée chanson La Grande Illusion, « Je ne suis qu’un bulletin qu’on intoxique et qu’on glisse dans une urne ». Le processus démocratique est une magnifique formule pour qualifier le totalitarisme de leur seule conception de la gouvernance. Il y a quelque chose d’aussi choquant qu’absurde, à prétendre vouloir « protéger le peuple de lui-même », le mettre sous cloche, parce que le peuple avec ses gros doigts sales connaitrait moins bien la démocratie que ceux qui disent parler en son nom ? C’est là une idée complètement folle.
Quand on voit toute cette méfiance envers les élections, envers le débat public, avec les suggestions lancées d’interdire tel média, telle chaîne d’infos, casser tel journal, parce qu’ils apportent une vision de l’information qui peut « dérégler la qualité du débat démocratique » selon les vues de l’oligarchie, méfiance envers le peuple qui est considéré traversé par un tel stock de préjugés qu’on ne peut pas se fier à lui, il y aurait de quoi être très surpris de voir l’occupant de l’Élysée converti à la vox populi.
