Equinoxe d’Automne

Quand le soleil se couche au soir de l’équinoxe d’Automne, et que son disque rouge embrase à l’horizon les somptueuses couleurs des feuilles qui se dessèchent dans toutes leurs riches et précieuses nuances de cuivre, il est bon de se poser, de s’asseoir un moment pour réfléchir à l’année qui vient de passer. Chez les druidisants, Alban Elved (ou Elfed) qui désigne l’équinoxe d’Automne signifie « la Lumière de l’Eau » et se situe à l’Ouest sur la Roue de la Vie. Cela correspond donc à l’année qui s’achève mais aussi à la fin toute proche de la saison claire. Par extension il illustre aussi la fin de la journée, ou le soir de la vie, ou l’issue proche de n’importe quel autre cycle.

Les feux de ce soleil couchant évoquent ceux d’une forge divine et l’on peut leur associer les dieux forgerons, Héphaïstos – Vulcain chez les Romains – Wieland  dans la mythologie des Saxons de Grande-Bretagne, Völund dans la mythologie nordique, Gobannos chez les Celtes mais aussi les deux grands Pourvoyeurs d’Abondance que sont Dagodevos et Rosmerta (selon la dualité des principes divins), car, dans le calendrier agraire, c’est la fin des moissons et il convient de remercier ceux qui nous ont permis d’engranger nos réserves.

Mais il est d’autres moissons, celles que nous pouvons faire de nos propres tâches car est également venu, en ce temps coincé entre les signes astrologiques de la Vierge (récolte, engrangement) et la Balance (chute des feuilles), le moment où l’énergie permet après la conceptualisation et l’élaboration, de passer au stade de l’évocation et de la réflexion.

Notre réflexion, ainsi renforcée devrait nous permettre, au solstice d’Hiver de nous ouvrir aux forces de l’inspiration, puis, plus tard, aux pouvoirs porteurs de lucidité de l’équinoxe de Printemps.

Pour en revenir au stade de l’évocation et de la réflexion, il y a donc un moment parfaitement adapté et qui correspond à l’époque où l’on ramasse les noisettes, fruits de la sagesse : l’équinoxe d’Automne sonne la fin des moissons en même temps que la fin de l’expression et de la réalisation de nos rêves et du travail dans le monde extérieur menés depuis le solstice d’Eté. Comme la Terre, dont les épis viennent d’être fauchés, nous sommes pour ainsi dire redevenus vierges et pouvons-nous ouvrir, en ces temps où les jours équivalent aux nuits mais où l’on sent la remontée irrésistible du monde nocturne, à une ère de repos, de détente et de paix, où les formes extérieures s’effacent progressivement devant la vie intérieure.

C’est enfoncer des portes ouvertes mais si l’on ne tire pas les leçons de ses expériences ou de ses initiatives, on risque fort de se planter et de voir la Terre de notre vie, redevenue vierge après les moissons, devenir définitivement aride et stérile, c’est à dire une terre gâtée dont nous serions, pour nous même, le Roi Pêcheur incapable d’exprimer tout ce qui dort en lui.

Alors, oui, quand sonne l’heure de l’équinoxe d’Automne, on peut se poser un peu pour souffler et profiter des fruits de notre quotidien. Et tout en dégustant les premières noisettes, s’interroger sur la Sagesse que nous avons recueillie jusqu’à présent en regardant en arrière pour peser nos actions et nos expériences. Pas pour nous y complaire mais bien au contraire pour vivre pleinement le moment présent et préparer l’avenir, préparer la Terre de notre vie qui redeviendra fécondable quand viendra la fête d’Imbolc, après la longue période improductive de l’hiver finissant.