Ethnie et Nation

A l’heure où la France et l’Europe subissent une vague, sans équivalent dans l’histoire, de submersion migratoire extra-européenne réclamée par la patronat (du BTP, de la restauration, de l’hôtellerie…) et voulue par la gouvernance (la « Transition démographique » voulue et imposée répandant dans le moindre village un contingent de « migrants » extérieurs à notre civilisation), nous livrons à la réflexion de chacun les notions sur l’ethnie et la nation données par Aymeric Chauprade dans sa monumentale Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire (Editions Ellipse).

L’ethnie – de ethnos, peuple – est un groupement de familles qui possède une structure familiale, économique et sociale homogène et dont l’unité repose sur une langue, une culture, et une conscience de groupe commune. Le Dictionnaire de science politique (Editions Armand Colin/Masson) précise : « contrairement à la race, l’ethnie ne se caractérise pas par référence à des critères biologiques, auxquels sont généralement préférés des critères de type culturel – langue, histoire, croyances, habitudes de vie et surtout sentiment de commune appartenance. » Définition pour le moins étrange, car elle ne prend pas en compte la dimension de reproduction close que revêt justement toute réalité ethnique. 

Par ethnie nous posons ici une communauté humaine :

  • qui a pour origine un groupement de familles ou de clan ;
  • qui partage une même langue, ou dialecte ; 
  • qui dispose d’un tronc commun en matière de culture – système de croyances, de valeurs, d’idées – ;
  • qui a traversé les âges en se reproduisant davantage par croisements internes que par croisements externes – faiblesse des apports ethniques extérieurs.

Le caractère génétiquement clos de l’ethnie ne signifie pas que celle-ci soit imperméable aux variations exogènes et aux variations endogènes – les combinaisons et les mutations générant en effet des évolutions. 

C’est l’idée de nation qui suscite le plus de définitions différentes. Rappelons l’opposition qui est classiquement faite entre les conceptions du philosophe allemand du XVIIIe siècle Johann Gottfried von Herder et du philosophe français du XIXe siècle Ernest Renan. Pour Herder (Philosophie de l’histoire de l’humanité), la providence a admirablement séparé les nations, non seulement par des forêts et des montagnes, mais surtout par les langues, les goûts et les caractères. Chaque nation fait donc figure d’organisme disposant d’une histoire propre qui se transmet en héritage. Renan, un siècle plus tard (dans Qu’est-ce qu’une nation ?), soutient qu’une nation ne dépend ni d’une race particulière, ni d’une langue, ni d’une religion, ni d’intérêts économiques partagés, ni encore de la géographie ; la nation est « une âme, un principe spirituel » qui suppose un passé mais nécessite dans le présent un consentement et le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours ». C’est la conception républicaine française, qui sous-entend d’ailleurs que si le désir clairement exprimé de continuer la vie commune disparaissait par abandon de la souveraineté, la nation disparaîtrait alors avec l’absence de plébiscite.

En réalité, en France comme en Allemagne, on trouve des partisans des deux modèles. Il serait plus juste de remarquer que l’on a d’un côté une conception républicaine de la nation qui n’est pas représentative de la manière dont la majorité des hommes de la planète regardent l’appartenance nationale, et d’autre une conception organique, largement majoritaire dans le monde, y compris parfois dans des régimes d’inspiration marxiste. Pour Staline, « la nation est en effet une communauté stable, historiquement constituée, de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique se traduisant par l’unité de culture », définition qu’il donne en 1913 dans Le marxisme et la question nationale.

La conception de la nation la plus courante dans le monde repose donc sur des critères observables : ethnie, langue. Mais elle repose aussi sur un sentiment d’adhésion, c’est-à-dire un sentiment national qui, lorsqu’il revête un corpus doctrinal, est un nationalisme.

Nous ne ferons pas de différence, en géopolitique du moins, entre les notions de peuple et de nation. Par nation, nous entendons de manière imagée un corps et une âme qui désirent vivre libre.

  • un corps constitué par une ethnie ou un rassemblement d’ethnies qui formaient le peuplement originel au moment où ils prirent conscience ensemble d’un destin commun ;
  • une âme : un sentiment commun qui s’est forgé à l’épreuve de l’histoire et par la volonté d’un système politique renouvelé ;
  • dont l’objectif de maturité est le stade d’État-nation souverain, c’est-à-dire la prise en main de son propre destin collectif.

Comme une personne, la nation a conscience de son être, de ses caractéristiques propres. Elle est un être communautaire doté d’une âme ; elle vise normalement à l’état de liberté.

En géopolitique, l’ethnie et la nation ne font sens que dans leur rapport à l’État, lequel peut être national, multinational, ou multi-ethnique.

  • État-nation : une nation est rassemblée sur un seul et même territoire étatique. Ce type d’État ne peut être concentré que sur son développement. La France est un État-nation au moins depuis la fondation capétienne.
  • L’État multinational, multi-ethnique est un État qui inclut des ensembles humains multiples aux solidarités culturelles, linguistiques ou même ethniques qui peuvent être tournées vers l’extérieur des frontières de l’État lui-même. Cet État est donc potentiellement divisible sous l’influence de puissances extérieures.
  • L’État yougoslave est un modèle dramatique d’État multinational, de société multi-ethnique ; son éclatement s’explique par les contradictions fortes de ses identités plurielles et par les actions exercées par des puissances étrangères dans le but d’exacerber les divisions entre les peuples yougoslaves. Samuel Huntington écrit dans son Choc des civilisations que « L’histoire nous apprend qu’aucun État (dépourvu d’unité culturelle) n’a jamais perduré en tant société cohérente. Les États-Unis, s’ils avaient une pluralité de civilisations, ne seraient plus les États-Unis, mais les Nations-Unies ». D’autres exemples sont fournis par le continent africain où les États sont bien souvent multi-ethniques.

L’immigration est une réalité géopolitique que l’on peut définir comme un phénomène de territorialisation extra-ethnique sur un territoire initialement homogène du point de vue ethnique. La France, originellement peuplée par l’ethnie française connaît ainsi aujourd’hui un important phénomène de territorialisation d’ethnies extra-européennes en passe de modifier en profondeur sa culture. Le développement récent de conceptions communautaristes qui relève de l’échec d’une assimilation de populations numériquement trop importantes ouvre la voie au passage d’une France État-nation – avec sa capacité d’absorption d’éléments étrangers minoritaires au fil des époques – à une France pluri-ethnique voire pluri clanique. On peut considérer l’apparition de clans multi-ethniques – souche africaine noire et maghrébine combinée à des éléments français de souche – en rupture avec l’État de droit et les valeurs fondamentales partagées par une majorité de Français, comme les germes d’une guerre civile, laquelle fait déjà plus de 10 000 blessés recensés annuellement par la police et victimes de ces phénomènes (voir à ce sujet le bilan publié chaque année par la Documentation française, cité par Alain Bauer, Xavier Raufer, Christian Jelen, dans leurs ouvrages respectifs).