Du christianisme au wokisme

Le christianisme est marqué d’une tendance qui a d’abord été orthodoxe durant quelques siècles et qui va devenir ensuite hétérodoxe, à vouloir établir le « paradis sur Terre » pour un règne de mille ans, ce fameux règne terrestre de mille ans du Christ, qui est cité dans le texte de l’Apocalypse. Au Moyen-Âge, cette espérance du règne de mille ans du Christ va devenir exclusivement hérétique, l’Église à partir de Saint-Augustin rejette cette attente, et seuls les mouvements hérétiques s’en réclament. Et à travers le Moyen-Âge, les mouvements hérétiques qui de temps en temps fomentent une « éruption millénariste » vont identifier le règne de mille ans de Jésus avec une conception de la vie qui ne porte pas encore son nom moderne bien sûr mais qui est ce que l’on nommera le communisme. Le millénarisme chrétien du Moyen-Âge est en fait la forme archaïque du communisme que nous connaissons. Engels voyait comme ancêtre du communisme Thomas Müntzer qui était l’un de ces prophètes millénaristes du XVIe siècle. Müntzer avait été précédé par les Taborites (secte proto-protestante du hussitisme au XVᵉ siècle), par les Fraticelles (partisans extrêmes du mépris absolu des richesses), par Joachim de Flore. Et Oswald Spengler en observateur lucide sur la nature du christianisme en a dit qu’il était la grand-mère du bolchevisme. Ces sectes millénaristes, sous la conduite de leurs prophètes, se considèrent toujours composées de « saints », ils sont les saints des derniers jours (sous-entendu avant l’avènement du règne de mille ans de Jésus, formule qui est d’ailleurs présente dans le nom complet et officiel des Mormons). Et ils ont la conviction que le moment venu ils vont régner avec le Christ, qu’ils seront récompensés par des positions matérielles importantes, qu’ils ne mourront pas, et qu’ils vivront mille ans de bonheur… le paradis sur Terre. 

Cet état d’esprit et l’utopie millénariste médiévale du paradis sur terre ont eu un prolongement à travers les siècles, et une descendance dans les religions politiques séculières du XIXe siècle, le saint-simonisme, le fourriérisme, les différents socialismes, le positivisme d’Auguste Comte, le marxisme, avec cette particularité que ces mouvements s’admettaient sans aucune espèce de complexe comme de véritables religions, le saint-simonisme est ouvertement qualifié de « nouveau christianisme », et le positivisme d’Auguste Comte est dit « religion de l’humanité », avec comme formule « Ordre et progrès », qui est actuellement la devise du Brésil où les disciples de Comte ont semble-t-il été influents. L’idée du saint-simonisme est que le seul véritable message à retenir du christianisme c’est qu’on a un devoir moral d’améliorer la condition de la classe la plus pauvre, d’où un regard favorable sur le développement de l’industrialisation pourvoyeuse d’emploi (les conditions de travail déplorables de la Révolution industrielle ne semblent pas gêner les saint-simoniens), d’où la collectivisation des moyens de production, tout cela orchestré par une doctrine qui confond le politique et le religieux, orientation que les disciples du Comte de Saint-Simon ont perpétué. Pour ces gens, au fond Jésus n’a rien compris, ce sont eux qui ont compris et qui vont accomplir la vérité profonde. Pour Pierre Leroux également, les chrétiens n’ont rien compris, tous les hommes sont fils de Dieu, donc Jésus est fils de Dieu mais pas plus que les autres. A travers Jésus le Verbe a parlé, mais Jésus n’est pas le Verbe, donc considérer Jésus comme Dieu est une absurdité, nous sommes tous fils de Dieu et c’est l’humanité qui est divine. Pierre Leroux et Auguste Comte, c’est la première mouture de la religion séculière de l’humanité.

Les religions séculières d’aujourd’hui, droits-de-l’hommisme, antiracisme (en faveur des seuls « racisés »), wokisme, ne sont que des avatars de celles du XIXe siècle, une foi ex-millénariste devenue laïque tout en continuant à porter les mêmes utopies de bonheur, qui est la foi laïque de Ferdinand Buisson. Le ministre socialiste de l’Éducation nationale de la mandature Hollande, Vincent Peillon, qui a publié en 2003 un livre sur Pierre Leroux, est aussi en 2010 auteur d’un ouvrage fort documenté qu’il a sous-titré La foi laïque de Ferdinand Buisson. La religion séculière en France, ce n’est plus un secret, s’est développée grâce à la franc-maçonnerie qui a commencé par relativiser les dogmes à sa création en Angleterre, pour les nier purement et simplement en France avec le Grand Orient et qui avec Jules Ferry, Jean Macé et les autres, a mené une guerre totale contre le christianisme. Il est très clair qu’il y a des adhérences très profondes et des effets de conséquence entre la puissance de la franc-maçonnerie française et cette religion de l’humanité qui correspond et résulte de l’action maçonnique. Le paradoxe (pour faire de l’ironie) de la République française, c’est qu’elle sépare l’Église de l’État, mais elle ne sépare pas du tout la franc-maçonnerie de l’État, elle serait bien en peine de pouvoir le faire puisque la franc-maçonnerie a fait 1789, la République c’est la loge (et la loge, c’est la synagogue, rien qui soit de racine européenne là-dedans ; et comme le judaïsme est la racine du christianisme, la boucle est bouclée. Nous renvoyons les lecteurs ignorants sur le sujet et désireux d’en savoir davantage sur la franc-maçonnerie à nos articles Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? 

L’antiracisme, par l’ardeur militante qui lui est portée, a acquis pour ceux qui le professent un statut de nature religieuse. Ce que le juriste Jean Carbonnier appelle la morale renouvelée des droits de l’homme, et dont il explique qu’elle est devenue une religion d’État, est fondée sur un primat qui balaie tout le reste, et qui est la phobie des discriminations, l’impératif de pourchasser la discrimination sous toutes ses formes. La phobie des discriminations est le socle intellectuel de cette religion séculière des droits de l’homme. Et de ce fait l’antiracisme en est un des aspects majeurs. 

Antiracisme et phobie des discrimination sont liées à une idéologie qui a un nom clair dans l’histoire de la philosophie politique : le cosmopolitisme (se dire « citoyen du monde », refuser allégeance à toute patrie), doctrine des cyniques à l’origine, il y a 2 300 ans, avec Diogène, Cratès de Thèbes, et qui sera ensuite reprise par les stoïciens. En réalité, le cosmopolitisme est complètement immoral, on rejette la Cité et ses lois morales, on rejette les frontières des États, et les frontières de l’âme que sont les traditions. Dans la doctrine cosmopolite actuelle telle qu’elle se pense et telle qu’elle se met en oeuvre, ceux qui sont « citoyens du monde » ce sont ceux qui veulent venir en Europe et surtout ceux qui les y aident par l’action militante et la promotion de la religion immigrationniste (gouvernants occidentaux, ONG et associations diverses), et ceux-là seulement. Le millénarisme médiéval voulait introduire le royaume de Dieu sur Terre sous la forme d’un communisme au nom du Christ, le millénarisme communiste des XIXe et XXe siècles voulait établir le bonheur universel sur Terre sous la forme d’un collectivisme des biens et des personnes, avec le cosmopolitisme il s’agit d’un millénarisme de l’amour de l’autre jusqu’au mépris de soi, il s’agit d’unifier l’humanité, de la réconcilier avec elle-même par cette affirmation d’un droit de libre circulation absolue de tous les individus sur la Terre. Mais petit problème, il n’y a pas de réciprocité en la matière, cette idéologie n’existe que dans la tête de la gouvernance des quelques pays occidentaux, il est d’énormes régions du monde où il est hors de question de permettre le débarquement de millions d’individus de toutes provenances, il est des zones entières de la planète qui n’ont aucune intention de transformer la population normale des lieux, ce qui est le rêve manifeste des gouvernants français en général et plus particulièrement du chef de l’État actuellement en exercice.

Les religions séculières sont mortelles pour l’Europe puisqu’elles conduisent au Grand remplacement. Si l’on veut espérer que l’Europe ait un avenir, il faut tout faire pour promouvoir une véritable neutralité de l’État à l’égard de toutes les religions, y compris les religions politiques.

Note : Pour les lecteurs souhaitant se doter de connaissances sur le millénarisme, le meilleur livre sur le sujet est celui de Norman Cohn, Les Fanatiques de l’Apocalypse.