Nous avons lu Mon sang m’a dit

aux Editions Les Amis de la Culture Européenne. Extraits :

« Il fallait vraiment que le christianisme corresponde à un plan précis pour qu’il connaisse une telle extension. S’il n’avait été que le fruit de la révolte d’un fils de charpentier, il aurait été confiné dans le désert et le soleil aurait fini par le dessécher. Le christianisme naissant prit fin à la mort de Jésus pour autant que celui-ci ait véritablement existé mais d’autres disciples, se servant de lui comme d’un prétexte, prirent en main la nouvelle religion. Elle se propagea alors comme un foyer infectieux qui ne connaît ni frontière ni barrière. »

« A l’époque il n’y avait guère que la force alliée à l’intelligence pour s’imposer et se maintenir. Ne possédant que la faiblesse et la ruse et armée de ses seules légions de mendiants, la chrétienté, rêvant d’un pouvoir sans partage, inventa des mots. Puis, ces mots se propagèrent car des millions de bouches affamées les prononcèrent, en donnant l’assaut à toutes les aristocraties et à une race, dont la créativité et la joie faisaient le ressentiment des autres. L’Eglise accoucha de concepts qui n’avaient de réalité que celle que ses fous voulurent leur donner. La force devint une faiblesse et toutes les faiblesses furent élevées au rang de vertus. Les gémissements et les plaintes enfantèrent l’égalité, la compassion, le pardon et l’humilité. On louait ceux qui en usaient alors que leur propre nature ne leur permettait pas, de toute façon, d’agir autrement. Toutes ces valeurs pouvaient incarner la force quand elles constituaient le choix des forts mais elles n’étaient que faiblesse quand elles n’étaient que l’obligation des faibles ! L’homme devenait un coupable éternel qui ne pouvait se racheter qu’en brimant ses instincts et en suivant des préceptes que le créateur lui-même avait accouché. Au début, l’homme blanc ne vit pas les tenants et les aboutissants car chacun pensait pouvoir tirer son épingle du jeu, mais déjà son âme ne lui appartenait plus. L’église rongeait le pouvoir et la vitalité comme la gangrène s’acharne sur une jambe malade. Chaque jour, elle semait la graine du désaccord, rendant l’homme de plus en plus faible et dépendant. Personne ne comprit qu’il ne s’agissait pas d’une lutte de pouvoir comme les autres. La chrétienté n’avait que faire du corps, elle s’attaquait aux instincts et à l’âme. Tout le reste lui serait dû une fois qu’elle les aurait vaincus. Petit à petit elle devint tellement puissante qu’elle en vint à tout réguler. Elle était la pensée du pouvoir temporel et l’essence du pouvoir spirituel. Plus rien, du plus anodin au plus crucial, ne se faisait sans elle. Chacun devait la reconnaître et se soumettre s’il ne voulait encourir l’ostracisme. L’Eglise avait gagné ! Elle était la maîtresse de toute une race, qui trompée, s’accommodait à grands coups de mixtures et de cuisine de la nouvelle religion. Enfin l’homme blanc connaissait la peur et il n’osa, par crainte que son âme soit emportée, combattre cette invasion au fil de l’épée. Il avait rendu les armes et ses pensées et son corps ne lui appartenaient plus. La force brimée soufflait sur les braises des bûchers pour que périssent vingt millions d’hérétiques. Les rois avaient troqué leurs couronnes d’or richement ornées pour des couronnes d’épines et leurs sceptres n’étaient plus qu’un sabre qui ôtaient la vie à des frères de sang, sous le regard satisfait d’un dieu unique qui voyait son empire s’agrandir outrageusement. L’homme n’était plus le fils de la nature mais l’enfant d’un dieu incréé qui confisquait dans sa main le sacré. Les lois de l’éternel recommencement ne le concernaient plus car les faibles ne pouvaient s’y soumettre sans risque d’y périr. Soumis à aucune autre loi que les siennes propres car il en était l’essence, la légitimité de ce nouveau juge ne serait jamais remise en cause. Enfin le faible prenait une revanche sanglante et s’asseyait sur le trône des empereurs. »

« Voilà bien l’église. Tout ce qu’elle n’a pu corrompre à son profit, elle le marque du sceau de l’énigme, du hasard ou de celui de l’infamie. Cette chapelle fut édifiée il y a huit cents ans sur un ancien lieu de culte où les hommes venaient se retrouver avec les Dieux. Après avoir répandu la mort pour interdire cette communion, la chrétienté pensa qu’il lui fallait mieux utiliser ce site ancien pour tenter de convertir les hérétiques qui continuaient leurs pratiques au plus profond des forêts. Chaque pierre fut caressée et modelée par les quelques compagnons qui avaient accepté de besogner à la condition de pouvoir y laisser leurs signes. L’église nécessiteuse car désireuse d’asseoir définitivement un pouvoir spirituel chancelant, ferma les yeux devant le grand avantage qu’elle en tirerait. Ces signes immémoriaux et intemporels attirèrent finalement une multitude de récalcitrants qui finirent par voir dans le christianisme la continuité de l’esprit des forêts. Mais il n’en était rien. Comment cette doctrine et cette communion auraient-elles pu être la continuité l’une de l’autre alors que la première, jaillit du sol craquelé du désert, était le fruit de l’aigreur et du ressentiment et que l’autre avait été enfantée par le soleil, la montagne et les forêts. L’église, pour la combattre, dut même la nommer car l’éternité du rite n’avait pas permis qu’un nom lui fut donné. Les fées l’avaient enfanté avant que les mots n’existent. Le paganisme appartenait aux païens et vivait en dehors de tout concept car la seule réalité qu’il honorait était la vie. Le christianisme, lui, n’honorait personne. Il enchaînait les hommes, les esclaves mais aussi les maîtres, par des fables et des mensonges. Mais les rêves n’alimentaient que les croyances, et les théories et le savoir s’échappaient comme le paradis échappera à ces cohortes de gens qui utilisent la bonne action comme une assurance sur le futur passage. Le sens et la substance bafoués, la force qui reliait la terre au ciel s’en fut rejoindre le monde souterrain en attendant le moment où elle pourrait de nouveau circuler à travers un homme qui, voulant toucher le soleil, pourrait devenir un Dieu. »

« La société guerrière que représentait l’Europe s’était éteinte sous le voile de la croix et d’une morale prétendument divine propre à régenter les rapports barbares, et le loup incarnant la barbarie féroce avait cessé d’en orner les bannières. On avait détruit les hommes forts, il fallait anéantir leurs symboles. La fureur des hommes pieux poursuivit le loup jusqu’à le faire disparaître complètement. Au respect qu’imposaient sa force et ses pratiques sociales, l’église y substitua la haine. A défaut d’exister, elle inventa des attaques qui ne vivaient que dans ses cauchemars. Le loup devint un mangeur d’innocents, un rôdeur qui dévorait les enfants et ne se trouvait repu que lorsqu’il s’était gavé de chair humaine. Les fables animalières l’affublaient de tous les défauts, l’homme exorcisant ses pitoyables travers dans la recherche du bouc émissaire biblique. L’homme y avait vu un farouche concurrent, l’église un démon car représentant sans doute une image par trop parfaite de la force et de la beauté. En détruisant l’animal mythique et en le rangeant du côté du mal, l’homme ne prendrait plus exemple sur lui. L’Église préférait gouverner des agneaux plutôt que des loups. »

« Le système avait foulé aux pieds tous ces bons préceptes de droit et de justice auxquels tous ces laquais croyaient dur comme fer. Eux qui pensaient que la guerre venait d’un manque de compréhension entre les hommes, eux qui niaient les différences en croyant les louer, eux qui voyaient en chaque homme un être digne de considération et de compassion, ceux-là s’étaient versé dans l’écologie en pensant qu’il suffisait de trier ses déchets. Mais l’écologie, la vraie, représentait l’harmonie totale de l’homme et de la nature. Elle impliquait la remise en cause complète de la place de l’être humain et de ses prérogatives sur la terre. La nature n’était pas un jardin d’enfants où on obligeait le plus grand à respecter le petit en ne lui prenant pas son goûter. Non, la nature était violente et cruelle car sans violence et sans cruauté, l’équilibre se serait rompu et tout aurait sombré dans l’inerte et le néant. Elle était une magie, un lieu de conflit perpétuel où le racisme et la force faisaient loi car il n’y avait que de tels instincts pour dispenser la lumière vitale. Et l’homme écologiste, en accord avec son écosystème, était soumis à ces lois et toute la raison du monde n’y pouvait rien changer. Le système savait tout cela, aussi avait-il créé l’écologie politique comme une nouvelle facette de son emprise afin de capter encore quelques bonnes volontés et souiller leur pureté originelle. »