Il est maintenant suffisamment établi de longue date que la Révolution française n’a pas été conçue et menée par des gens « éclairés », comme ils se sont qualifiés eux-mêmes, mais par de parfaits crétins malfaisants, dont la descendance est toujours à l’œuvre. Et dans ce cadre de stupidité accédant au pouvoir, quelles ont été les conséquences générales de la révolution sur l’économie française et ses outils commerciaux ? Négatives.
Avant 1789, l’industrie française se développait plus rapidement que celle de l’Angleterre. Les dégâts économiques de la Révolution et l’effondrement de la monnaie française furent si importants que les manufactures françaises ne retrouvèrent leur taux de production de 1789 que vers 1810, tandis que sur la même période l’industrie anglaise eut un taux de croissance de 23 %, puis de 39 % entre 1810 et 1820, au moment où la France se retrouvait ruinée. Le commerce français était prospère avant 1789.
En 1815, à la fin de la période révolutionnaire et napoléonienne, 90 % des navires marchands dans le monde battent pavillon britannique. En éliminant la première puissance du monde et le principal concurrent des Anglais, la Révolution française a été pour ces derniers une excellente opération. Le commerce français dut attendre 1825 pour retrouver son niveau de 1789. Au moment où Napoléon a besoin d’argent pour financer la tentative d’exportation révolutionnaire à toute l’Europe, il commet la folie de vendre en 1803 la Louisiane (à l’époque beaucoup plus étendue qu’aujourd’hui) à l’Amérique balbutiante, pendant que l’Angleterre suit un mouvement inverse : elle se relève de sa défaite contre Louis XVI soutien des indépendantistes américains, et se lance à la conquête d’immenses espaces mondiaux et de débouchés commerciaux. D’une manière générale, la France passe du premier rang mondial à un rang secondaire, loin derrière l’Angleterre, pour ne plus jamais sortir de cette situation. Le royaume de France qui était le plus peuplé d’Europe (hormis la Russie) en 1789, n’est plus qu’un pays exsangue. Viendront ensuite 2,1 millions de morts français civils et militaires sur les champs de bataille napoléoniens. Pour comparaison, les fameuses « guerres de Louis XIV » tant décriées par le discours républicain, ont fait 120 000 morts sur l’ensemble des camps en conflit. La période révolutionnaire française et son héritage napoléonien, 1789-1815, constitue le premier suicide français, avant les deux suicides suivants que seront les guerres mondiales du XXe siècle, la Seconde étant le fruit du traité de Versailles qui clôturait la Première, à laquelle ont largement poussé les autorités républicaines françaises notamment dans l’affaire de l’attentat de Sarajevo (mais c’est un autre sujet). Après 1789, la France est le seul pays à ne pas voir sa population augmenter, incapable de participer à la course démographique qui accompagne l’expansion industrielle du monde, pour finir péniblement en 1900 aux deux tiers de la population de l’Allemagne, dont la superficie était équivalente. Les gens ignorent les dégâts économiques irrémédiables, on se garde bien de le leur dire, qui ont accompagné l’installation du régime républicain. En 1789, la France possède le meilleur réseau routier du monde. En 1815, revenant d’exil, des témoins surprennent Louis XVIII en train de pleurer en voyant l’état de délabrement des routes. Soit dit en passant, on voit aujourd’hui quelle erreur a été à l’époque le fait de nourrir ce serpent de l’indépendance américaine en pensant gêner l’Angleterre. Sans cette folie et sans la ruineuse Révolution française, le visage du monde actuel ne serait pas ce qu’il est. L’immense territoire de Louisiane (quasiment un tiers des États-Unis) serait resté français, l’autre tiers Ouest espagnol du continent nord-américain ne serait pas tombé dans les mains des Yankees à la faveur de la montée en puissance de ces derniers, l’indépendance américaine se serait limitée aux treize colonies faisant les quelques territoires de la « Nouvelle Angleterre » sur la côte Est.
Au rang des conséquences économiques mais aussi militaires, il faut ajouter ceci. Edmund Burke, le 9 février 1790, s’exclame à la Chambre des communes : « Les Français se sont fait connaître comme les plus habiles architectes de destruction qui aient jusqu’à présent existé dans le monde. Dans ce court espace de temps, ils ont complètement détruit jusqu’aux fondements de leur Monarchie, leur Eglise, leur Noblesse, leurs Lois, leurs Revenus publics, leur Armée, leur Marine, leur Commerce, leurs Arts et leurs Manufactures… Eussions-nous conquis la France… nous devrions rougir qu’une commission anglaise envoyée pour son gouvernement, imposât aux Français des lois aussi dures, aussi destructrices de leur importance nationale que celles qu’ils se sont imposés à eux-mêmes. » Cette sentence lapidaire démontre avec quelle acuité l’abaissement de la France, corollaire de la Révolution, est très tôt perçu avec soulagement chez l’ennemi héréditaire anglais. Burke constatait donc cela dès 1790, alors que la Révolution n’avait pas encore accompli ce que l’historien Jean Dumont appela Les prodiges du sacrilège. De la nation d’Europe la plus peuplée, la plus riche, la plus puissantes, les régimes issus de la Révolution allaient faire un pays quatre fois envahi en moins de deux siècles (1814, 1870, 1914, 1940) sans parler de son actuelle décomposition. Le déclassement, l’abaissement de la France dans le concert des nations, fruit stupide de la Révolution, constitue le premier suicide d’un pays qui ne retrouvera jamais ensuite sa position, malgré les apparences. Les deux conflits mondiaux du XXe siècle constitueront ses deux étapes suicidaires supplémentaires, avant de s’achever avec mai 68 et aujourd’hui l’inféodation aux États-Unis. Celle qui avait été la première et la plus prestigieuse nation n’est plus qu’un piteux caniche suiveur de l’ogre mondialiste anglo-américain. Mais refermons cette brève évocation des siècles à venir pour reprendre là où nous en étions.
La Révolution est considérée outre-Manche comme le meilleur moyen d’abattre définitivement les prétentions maritimes de la monarchie française. Quelques années plus tôt, en 1778, le vieux ministre de du roi Georges III, Pitt l’ancien, avouait : « L’Angleterre ne parviendra jamais à la suprématie des mers tant que la dynastie des Bourbons existera ». Le virus maçonnique, forgé sur l’île britannique et inoculé sur le continent fera le travail de sape favorable à une revanche que l’Angleterre attend depuis la querelle de succession sur la couronne de France et la fin de la guerre de Cent Ans en 1453. Effectivement, après les déboires de la guerre de Sept ans (1756-1762), la monarchie française avait entrepris un formidable effort de redressement maritime. La « Royale » devient à la veille de 1789 la plus grande marine d’Europe derrière l’anglaise, cela en grande partie grâce à l’impulsion donnée par Louis XVI, souverain féru de géographie et d’explorations. Solidement alliée à la maison d’Autriche, à l’Espagne et à Naples par le pacte de famille, tandis que le Royaume-Uni est isolé depuis l’indépendance de l’Amérique, la France n’a plus à craindre pour ses frontières continentales. La monarchie française est l’arbitre de l’Europe. La France est durant cette décennie prérévolutionnaire à la croisée des chemins. Elle est alors apte à devenir ce à quoi la géographie la prédestine naturellement, une grande puissance continentale à vocation océanique.
L’année 1786 offre une extraordinaire occasion de moderniser l’outil économique et industriel français. En 1789, le commerce extérieur de la France, qui emprunte pour les quatre-cinquièmes la voie maritime, est supérieur à celui du Royaume-Uni. Mais un peu plus de vingt ans plus tard, décapitée par la Révolution, écrasée dans les batailles d’Aboukir et Trafalgar, l’orgueilleuse Royale ne sera plus. Napoléon, qui dans bien d’autres domaines bénéficiera de l’héritage de la France de Louis XVI, ne pourra jamais reconstituer une flotte digne de ce nom. Le ressort est brisé.
En 1810, l’apogée de l’Empire n’est qu’un trompe-l’œil précaire qui masque l’incapacité aussi bien économique que militaire à entamer l’Albion maîtresse des mers. La politique de blocus continental de Napoléon contre le Royaume-Uni sera une mesure désespérée et inefficace pour pallier l’absence de marine. D’autant que l’industrie française n’est pas en mesure de fournir aux populations des pays occupés par la France impériale, et à meilleur prix que ceux des Anglais, des produits de qualité. Son commerce maritime ruiné, la France est contrainte de trouver refuge dans un protectionnisme stérile, frein à l’innovation et à son décollage économique.
En 1815 s’achève entre la France et le Royaume-Uni une « seconde guerre de Cent Ans » qui a débuté en 1688 avec l’avènement de Guillaume d’Orange sur le trône d’Angleterre. La France a laissé échapper au profit du Royaume-Uni la possibilité de devenir la première puissance maritime, et donc industrielle et commerciale d’Europe. Cette catastrophe est la conséquence directe de la Révolution. Si l’armée a su s’adapter et voler de succès en succès, force est de constater que tel n’est pas le cas de la Marine. L’enthousiasme, la supériorité numérique ne peuvent sur mer se substituer à un corps d’élite formé de militaires qui sont en premier lieu des techniciens et des scientifiques. On ne manœuvre pas une escadre comme une colonne de fantassins. Le courage et le sens du sacrifice ne peuvent pallier que jusqu’à une certaine mesure la désorganisation et l’incompétence (les Officiers compétents issus de la noblesse qui n’ont pas succombé aux persécutions, ont dû fuir à l’étranger). La guerre sur mer exige un solide bagage technique, une accoutumance aux éléments, une attention constante au matériel, la discipline des équipages, un encadrement de valeur. En d’autres termes, tout ce qui faisait la force et la renommée de la Marine royale en 1789. Cet esprit de corps, cet élitisme insupportable heurtaient de front les principes égalitaires de 1789. La Révolution va s’acharner à détruire, niveler, araser par tous les moyens. Les marins détonaient par leur genre de vie, leurs habitudes, leur code de l’honneur. Ils formaient un univers bien à part en marge de la société. Les idées abstraites ne pouvaient que dérouter les gens de mer habitués à penser et agir en fonction de réalités bien concrètes. Car jusqu’à nouvel ordre les éléments déchaînés ne plient que rarement face à l’idéologie. Cet empirisme consubstantiel à ce corps d’excellence était intolérable pour des révolutionnaires qui entendaient à coup de rabot faire table rase du passé. On reste éternellement stupéfait du crétinisme fantastique de ce régime et du degré d’aberration auquel peut pousser l’idéologie. C’est le rapporteur de la loi qui va supprimer la noblesse du corps des officiers de marine, qui n’hésite pas à déclarer le 13 janvier 1791 que « les matelots du vaisseau de guerre n’ont pas besoin d’une pratique différente de celle du bateau de commerce ». De là, la refonte du système de recrutement, intégrant directement les officiers de la marine marchande sans examen sérieux de leurs aptitudes scientifiques. Pour les constituants perdus dans les brumes de leurs rêves abstraits d’égalitarisme, qui a navigué suffisamment en mer a logiquement toutes les compétences requises pour commander un vaisseau de ligne. Faire la guerre navale, manœuvrer sous le feu ennemi ou trimbaler des sacs de café, commander un brick et quelques dizaines d’hommes ou un vaisseau de 80 canons véritable ville flottante de 900 hommes, mêmes compétences pour le pouvoir révolutionnaire républicain ! Comme on viendra rapidement à manquer d’officiers de marine marchande, c’est au tout venant, pilotes, personnels des arsenaux auxquels on fera appel. Cet ensemble hétéroclite est incapable de combattre de façon coordonnée, certains ignorent totalement les codes des signaux indispensables au combat d’escadre. On aura recours à des artilleurs de terre faute de marins formés.
C’est cette Marine désorganisée, découragée, désarticulée, en proie à la subversion, qui à partir de février 1793 devra faire face une nouvelle fois, et sans espoir de l’emporter, à une Royal Navy parfaitement opérationnelle. C’est Jean-Baptiste Coffinhal qui, envoyant Lavoisier à l’échafaud en 1794, répond à ce dernier « La République n’a pas besoin de savants ! ». C’est sous la IIIe République au maçonnisme triomphant, à la veille de la Première Guerre mondiale, l’« affaire des fiches » retardant l’avancement et compromettant la carrière des officiers catholiques, comme hier les nobles de la Marine, et leur remplacement par des incompétents (mais républicains!) qui conduiront à des désastres de commandement et à des massacres inutiles de troupes.
Dans la préface du livre de François Crouzet De la supériorité de l’Angleterre sur la France (comparaison sur trois siècles des deux puissances, qui analyse les causes du déclin français), Pierre Chaunu rappelle qu’au XVIe siècle, quand se produit le désenclavement planétaire (révolutions de la navigation maritime, les Grandes Découvertes, contournement de l’Afrique en direction des Indes par les Portugais, découverte des Amériques et passage dans le Pacifique par les Espagnols, essor des routes commerciales maritimes) auquel le couple France-Angleterre participe peu, les deux États se situent dans le rapport, traditionnel sur tous les indices, de 4 à 1, France 4, Angleterre 1. Quand on compare l’état de la France et de l’Angleterre au sortir de la première grande guerre moderne, la succession d’Espagne, il faut bien reconnaître que l’avance acquise en 1540 et de 1660 à 1690 a été pleinement consolidée. A la fin de l’Ancien Régime, après le rééquilibrage de la guerre d’indépendance américaine, même si l’Angleterre conserve une avance qualitative, rien n’empêche de supposer que, par sa masse, la France finisse par l’emporter. Le déclassement de la France est la conséquence de la décennie sanglante de 1792 à 1800 : en huit ans, tout est gaspillé. Au final, selon L’Europe à la fin du XVIIIe siècle, étude parue aux éditions SEDES, établit à 1 050 000 le niveau des pertes totales en huit ans (guerre étrangère et génocide vendéen), sans parler de l’émigration des aristocrates et gens de qualité fuyant la France révolutionnaire. La ponction sur l’intelligence et la capacité créatrice du pays fut irrémédiable en ce moment décisif de la mutation, en l’instant donc de la plus grande fragilité. Proportionnellement, ce niveau excède celui des pertes françaises de 1914 à 1918.
En matière d’avancée technique sur l’énergie vapeur. En 1776, le marquis de Jouffroy d’Abbans, ingénieur français, fait fonctionner un bateau à rames mécaniques sur le Doubs et, en 1783, un bateau à roues a aubes sur la Saône. Le thermodynamicien Papin avait eu aussi cette idée, mais son bateau avait été détruit par les bateliers de Munden. A la veille de la Révolution française, la France est en passe de maîtriser la première la vapeur motrice et sans doute de donner un avantage décisif à sa marine marchande et militaire. Le chaos révolutionnaire fait basculer cette chance dans le camp anglo-saxon. En 1803, l’américain Fulton réalise le premier Steam-boat.
Dans les années 1780, l’Angleterre n’a guère d’avance sur la France dans le domaine des sciences et des techniques appliquées aux processus industriels. La France était sur le point d’être la première à lancer la navigation à vapeur. Mais la Révolution française plonge l’Europe dans le chaos. Elle interrompt les communications entre le continent et l’Angleterre, et donc la diffusion des inventions ; les Anglais communiquent en revanche avec l’Amérique qui bénéficie de leur révolution industrielle. C’est seulement à partir de 1815 que les pays d’Europe continentale peuvent tenter de rattraper l’Angleterre ; mais, pendant vingt-cinq ans, les ressources de l’Europe ont été gaspillées, les entreprises et le commerce retardés par rapport à l’Angleterre. L’idéologie révolutionnaire française a eu beau finir par mettre en avant la science contre les Humanités – Monge et Carnot fondent l’école polytechnique en 1794 – ; son résultat est d’avoir fait perdre à une France plus riche que l’Angleterre en 1789, le leadership naturel qu’elle aurait dû occuper dans le domaine de la Révolution industrielle, et par voie de conséquence a ouvert la voie du déclin de la puissance française.
