Les origines chrétiennes du sionisme

Il n’y a pas plus fondé que l’expression Juifs synthétiques pour qualifier les chrétiens. L’économiste Philippe Simonnot en fait la démonstration dans son livre Delenda America (2011, Editions Baudelaire).  Il en ressort que…

Le sionisme n’a pas été inventé par les Juifs. Le sionisme historique, tel qu’il est annoncé par Herzl, prétend qu’il est d’origine chrétienne, et que le sionisme chrétien non seulement a précédé le sionisme juif mais il l’a permis, il l’a promu. Vient directement à l’appui de cette affirmation le propos même de Benjamin Netanyahu, ancien premier ministre israélien comme l’on sait, dans un discours prononcé dans le cadre d’une Night To Honor Israël, à Jérusalem, organisée en 2010 par des évangélistes américains eux-mêmes farouchement sionistes, « En fait le sionisme chrétien précède le sionisme juif moderne et, je crois, lui a permis d’exister ». Aveu ou propos pour flatter son auditoire ? Il faut pour commencer en venir au fond et voir si cette origine chrétienne du sionisme est vraie ou pas.

Le sionisme, c’est le retour des Juifs sur la terre d’Israël, l’idée que les Juifs qui sont épars à travers le monde doivent être rassemblés sur la terre sainte dont ils sont censés être partis. Cette idée n’est pas proprement juive. Les juifs pendant des milliers d’années n’ont jamais été sionistes, ils disaient certes et disent toujours « l’année prochaine à Jérusalem » mais ce n’est qu’une prière, il faut pour que les Juifs retournent en terre promise l’intervention de dieu, le retour préalable de leur Messie, c’est ce que disent les religieux orthodoxes qui considèrent donc selon leur religion talmudique qu’il est impie de revenir ou de dire qu’il faut revenir en Israël tant que le Machia’h (le Messie des Juifs) n’est pas apparu, et que scander ce vœu de retour avant la présence nécessaire du Machia’h est donc une sorte de blasphème. D’où d’ailleurs la thèse complémentaire de certains observateurs selon laquelle les sionistes modernes sont en fait des Sabbatéens, des disciples de Sabbataï Tsevi qui vers 1660 s’est présenté aux Juifs comme le Messie et a d’ailleurs été suivi par une grande partie des Juifs du monde, arrivant à la conclusion que le Messie étant arrivé, il n’est pas impie de revenir en Israël.

Ce sont des chrétiens millénaristes* qui ont énoncé le projet sioniste avant qu’il ne le soit par Théodore Herzl et le mouvement sioniste à la fin du XIXe siècle. Le sionisme chrétien est né en Angleterre aux alentours du XVI-XVIIe siècle, chez les Protestants, qui ont un culte littéral de la Bible, ce livre qui a pourri le monde selon l’indépassable formule de Robert Dun. Ils ont lu dans la Bible que la terre promise appartenait au peuple juif et en ont déduit qu’il fallait donc le faire revenir en Israël. Pas pour le salut du peuple juif, mais pour accélérer, puisqu’ils sont chrétiens, le « Second coming », le second avènement de Jésus. A la même époque, il n’est absolument pas question dans les milieux juifs de revenir en Israël (ou en Palestine selon le nom qu’on lui donne). Ce courant protestant littéral, mis d’ailleurs à l’honneur par Cromwell lui-même, va prospérer à mesure que le temps passe.

Arrive le XIXe siècle où l’on a avec la montée de l’impérialisme britannique, le colonialisme, l’expansion de l’Europe, l’idée qu’après tout la Palestine est une terre de colonisation et que ça serait pas mal d’y envoyer les Juifs. La célèbre formule « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », qui sera reprise par quelques leaders sionistes modernes, mensongère pour sa première moitié puisque c’était considérer que les Arabes qui vivaient en Palestine n’existaient pas, cette formule a été imaginée par un Anglais, Lord Shaftsbury, dirigeant du mouvement évangéliste britannique. La formule de Shaftsbury est séminale. Elle résume toute la question du sionisme et de l’État d’Israël aujourd’hui. C’est parce qu’il y a eu ensuite la déclaration Balfour et le sionisme chrétien qui en est à l’origine, que le sionisme moderne a fini par trouver droit de cité dans les milieux juifs qui étaient jusqu’alors extrêmement hostiles au départ (mais c’est un propos qui sort de notre sujet qui est l’origine chrétienne du sionisme). Les auteurs de la déclaration Balfour en 1917 (adressée à Lord Rothschild et indiquant la faveur britannique pour un « foyer national juif en Palestine »), soit deux décennies après Herzl, sont chrétiens et imbibés de biblisme, les évangéliques sionistes américains actuels le sont tout autant.

*Pour rappel, le millénarisme dans le christianisme est la thèse qui affirme, en lisant à la lettre l’Apocalypse, qu’à la fin des temps Jésus reviendra sur terre pour mille ans, réalisant le paradis sur terre avant le paradis lui-même. C’est le plagiat christianisé du « tikkun olam » (voir notre article La pensée juive veut « réparer le monde », répertorié dans la thématique Mondialisme, Cosmopolitisme), préalable à l’apparition de Machia’h chez les hébreux.

La nature de l’influence sous laquelle est donc menée la France…