Alain de Benoist est un important penseur de notre famille d’idées. Il écrit :
« Le paganisme aujourd’hui ne consiste pas à dresser des autels à Apollon ou à ressusciter le culte d’Odhinn. Il implique par contre de rechercher, derrière la religion, et selon une démarche désormais classique, l’« outillage mental » dont elle est le produit, à quel univers intérieur elle renvoie, quelle forme d’appréhension du monde elle dénote. Bref, il implique de considérer les dieux comme des « centres de valeurs » (H. Richard Niebuhr), et les croyances dont ils font l’objet comme des systèmes de valeurs : les dieux et les croyances passent, mais les valeurs demeurent. C’est dire que le paganisme, loin de se caractériser par un refus de la spiritualité ou un rejet du sacré, consiste au contraire dans le choix (et la réappropriation) d’une autre spiritualité, d’une autre forme de sacré. Loin de se confondre avec l’athéisme ou l’agnosticisme, il pose, entre l’homme et l’univers, une relation fondamentalement religieuse – et d’une spiritualité qui nous apparaît comme beaucoup plus intense, plus grave, plus forte que celle dont le monothéisme judéo-chrétien se réclame. Loin de désacraliser le monde, il le sacralise au sens propre, il le tient pour sacré – et c’est précisément en cela, qu’il est païen. Ainsi que l’écrit Jean Markale, « le paganisme, ce n’est pas l’absence de Dieu, l’absence de sacré, l’absence de rituel. Bien au contraire, c’est, à partir de la constatation que le sacré n’est plus dans le christianisme, l’affirmation solennelle d’une transcendance. L’Europe est plus que jamais païenne quand elle cherche ses racines, qui ne sont pas judéo-chrétiennes ». »
(Alain de Benoist, Comment peut-on être païen ? Éditions Albin Michel, 1981)
