Aujourd’hui, pour les plus jeunes qui n’ont pas eu l’occasion de la voir, faisons un focus flash-back sur une série télévisée britannique des années 1960 qui a admirablement abordé le thème de la cité mondiale totalitaire et du travail de sape cherchant à conditionner ses habitants. Il s’agit du Prisonnier, conçu et interprété par Patrick Mcgoohan.
Le héros, ancien agent des services secrets anglais en désaccord avec sa hiérarchie, est neutralisé par un gaz narcotique et mis à l’écart dans un étrange « Village ». Lieu apparemment idyllique… Cependant, aucune indication géographique ne situe le Village et il est impossible de téléphoner hors de sa zone.
Les activités des villageois sont continuellement observées par des caméras de surveillance ou des ordinateurs. Tous ces habitants semblent heureux, mais c’est un bonheur lisse, aseptisé, hygiènisé, simulé. Obéissant aux règles du Village, ils sont libres à condition d’aller dans la direction indiquée par leurs dirigeants. En entretenant des diversité culturelles, linguistiques ou raciales, ces derniers donnent l’illusion à chaque habitant d’être unique alors qu’en réalité il répond à un format intellectuel préétabli assurant la tranquillité du Système. Participant aux différentes activités, les villageois portent tous un numéro (aujourd’hui, on dirait une puce ou un pass sanitaire sur téléphone mobile) et marchent sous les fourches caudines du conformisme.
Agités, manipulés, conditionnés, ces individus sont dans l’épisode Free for all invités à participer au jeu politique sous les flonflons, les rires, les paillettes et les pancartes affichant le nom de l’idole. Mais l’élu issu du vote des villageois reste le produit du Système et rien ne change en réalité.
Dans l’épisode The General, les autorités du Village veulent faire passer des informations aux habitants grâce à un « sublimateur » (écran de télévision) au pouvoir hypnotique. Par ce moyen, des informations sélectionnées, conditionnent l’esprit des villageois qui deviennent plus malléables.
L’épisode Dance of the Dead met en avant les « vertus » lobotomisantes d’un carnaval où l’on n’a pas le choix de son déguisement.
La version originale de cette œuvre en 17 épisodes est encore plus riche d’informations que la version française. En effet, dans l’épisode Arrival, Patrick Mcgoohan devenu le numéro 6 débarque dans le Village curieusement cosmopolite. Le chauffeur de taxi qu’il interpelle est un asiatique, mais on entend ce dernier s’adresser à lui… en français (alors que nous sommes répétons-le dans la version originale en anglais), pour lui expliquer que le Village est un véritable creuset de cultures où toutes les langues se mêlent. Au cours de certains épisodes, on entend même des langues qu’on ne peut identifier (l’esperanto peut-être ?).
Le numéro 6 refuse cette chape de plomb spirituelle, philosophique et politique. Il cherche à savoir qui gouverne ce village : les vrais chefs sont-ils les dirigeants officiels ? L’opposition est-elle une réelle alternative politique ou l’instrument permettant de canaliser la masse des mécontents vers de faux enjeux ? Les attributs visibles du pouvoir sont aux mains de numéro 2. Il supervise apparemment le Village. Mais en réalité, ce chef (tout puissant ?), qui change à presque chaque épisode, est un enfant devant son supérieur, le Numéro 1, dont on ne connaît ni le nom ni le visage (sauf au dernier épisode) et qui ordonne, façonne et conduit, à l’instar de nos élites mondialistes, pareil à un supérieur inconnu, un Etat profond. L’ambition de Patrick Mcgoohan, acteur principal et réalisateur de la série était de faire prendre conscience de l’émergence d’une philosophie mondialiste à travers une fiction télévisuelle. Toute ressemblance de cette « fiction » avec le monde réel, le pouvoir anonymisé hors d’atteinte et la France actuelle, saute aux yeux.

