Le ministre de la Transition énergétique est toute occupée depuis quelques semaines à nous vendre son projet de loi sur les énergies renouvelables, qui est présenté au vote ce 10 janvier 2023. Quel est l’objectif de cette loi ? Face à la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine et au dérèglement climatique, nous dit le laïus gouvernemental, ce projet de loi a pour but de développer plus vite les énergies renouvelables. Rien sur les errements stratégiques de la France, sur le sacrifice de Fessenheim bien sûr (alors que la production de Fessenheim représentait à elle seule la moitié de l’électricité produite par les 8 000 éoliennes françaises). « Ce texte entend faciliter l’installation d’énergies renouvelables pour permettre de rattraper le « retard » pris dans ce domaine. Comme s’il était nécessaire de « rattraper un retard » sur quelque chose de néfaste ! C’est révélateur de la cervelle frelatée de ces gens. En d’autres termes, cette loi vise à priver de recours, ou limiter le recours de tous ceux qui voudraient s’opposer à ces projets d’installation, et ils ont quelques raisons de le faire. Concrètement, l’objectif de cette loi est de multiplier par dix la production d’énergie solaire, de déployer cinquante parcs éoliens en mer, et de doubler la production d’éoliennes terrestres. Or, toute la politique énergétique écolo est paradoxalement une catastrophe écologique, et un désastre économique.
Ce texte est complété par un projet de loi visant à accélérer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. La belle affaire ! Après la forfaiture de François Hollande (que dans ce merveilleux pays de France personne ne vient inquiéter sur le sujet) qui a consisté à saborder quelque chose d’aussi précieux que l’outil nucléaire civil par clientélisme électoral pour courtiser quelques voix d’écolos, forfaiture dans un premier temps prolongée par son successeur à l’Élysée, ce dernier dit vouloir relancer le nucléaire d’un côté tout en continuant à faire en sorte que la part du nucléaire dans notre « mix énergétique » soit toujours plus faible. Mais l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % dans le mix énergétique a été décidé totalement au doigt mouillé si l’on en croit Henri Proglio (Pdg d’Elf de 2009 à 2014) lors de son passage les 13 et 24 décembre 2022 devant la commission parlementaire sur la souveraineté énergétique de la France, une décision qui ne vient de nulle part et qui ne repose sur rien d’autre que de l’idéologie aveugle. Le véritable problème, c’est que s’il y a bien un domaine où le « en même temps » n’est pas tenable, c’est celui de l’énergie. Les énergies renouvelables ne viennent pas compléter un réseau électrique fournissant une électricité stable et abondante, elles le fragilisent et le renchérissent.
En réalité ce projet de loi est une quadruple aberration : aberration écologique, esthétique, énergétique, et économique. Les deux premières de ces aberrations citées sont les plus documentées : destruction des paysages, des sites classés, par ces champs d’éoliennes qui nécessitent 600 tonnes de béton par fondation et par engin (se prétendre écolo et promouvoir une telle bétonisation du paysage relève du plus hallucinant foutage de gueule), le raccordement filaire, d’énormes travaux de terrassement. Sans parler du fait que ces énergies intermittentes et non pilotables supposent d’être compensées, dès lors qu’il n’y a plus de vent ou plus de soleil, par du gaz ou du charbon. Où est le fait de « décarboner » comme prétend le faire le pouvoir s’il faut faire fonctionner des centrales électriques à charbon pour compenser l’insuffisance du renouvelable ? Sur ce sujet comme sur tant d’autres, le pouvoir se moque du monde avec un culot indépassable. Si les énergies renouvelables étaient une martingale énergétique, les Français seraient prêts à signer des deux mains ce texte. Mais c’est tout l’inverse. C’est une erreur chimiquement pure.
C’est une aberration énergétique et économique parce qu’en matière d’énergie, ce qui compte vraiment c’est de produire de l’énergie au moment où l’on en a besoin. Or, le problème c’est que les énergies renouvelables, qu’il s’agisse du solaire ou de l’éolien, sont incapables de garantir une concordance à tout instant entre besoin et production. On aura beau accroître la part du renouvelable dans le mix énergétique, vouloir rattraper un « retard » d’équipement comme le dit ce ministre, on ne fera qu’entretenir une illusion énergétique, en entretenant la confusion entre la puissance délivrable sur le papier avec le parc de renouvelable installé et la puissance concrètement délivrée. On peut avoir 20 millions d’éoliennes, s’il n’y a pas de vent quand on a besoin d’énergie, elle n’est pas produite, un enfant de CM2 est capable de le comprendre. En d’autres termes, cela s’appelle vendre du vent. De même, on peut multiplier les panneaux solaires, en plein hiver à 19h00 où l’on enregistre les pics de consommation d’électricité, c’est inutile, il fait déjà nuit, part du solaire dans la production : 0 %.
Si l’on veut prendre une image parlante, les énergies renouvelables c’est comme un restaurant, pas très bon, qui serait ouvert deux heures par jour, jamais aux mêmes horaires et rarement aux horaires de repas. Pire, quand ce restaurant est ouvert, vous êtes obligés d’y aller pour des repars que vous allez payer beaucoup plus cher. Dans la vraie vie, ce modèle économique n’existe pas, il ne tiendrait pas une semaine. Dans le monde merveilleux et mythifié des énergies renouvelables, personne ne veut être client de ce restaurant, en revanche tout le monde rêve d’être gestionnaire ou propriétaire de ce restaurant parce que le comble, c’est que les énergies renouvelables sont prioritaires à la distribution sur le réseau : quelle que soit l’électricité délivrée, si l’éolien ou le solaire produit quelque chose, il sera prioritaire au transport et à la distribution sur le réseau. Ce modèle économique est une singularité absolue dans l’histoire du commerce : c’est vendre un produit bien au-dessus du prix du marché, et le client qui en aurait en besoin hier et non aujourd’hui est quand même obligé de l’acheter, parce que l’électricité ça ne se stocke pas, dès qu’elle est produite elle doit être acheminée et consommée. Et on continue de payer pour que ce système perdure. Du jamais vu, et honnêtement on n’est pas loin de l’arnaque.
Avec cette loi, la France va droit dans le mur. Yves Bréchet, ancien haut commissaire à l’énergie atomique lui aussi auditionné par cette commission parlementaire sur la perte de la souveraineté énergétique, regrette l’absence de culture scientifique de nos « élites » politiques. Ils sont dans l’idéologie et la croyance.
A moins qu’Agnès Pannier-Runacher soit la fille d’Eole maître et régisseur des vents, et d’Hélios dieu du soleil, et qu’elle puisse commander aux éléments, on ne voit pas comment rationnellement ce ministre de la transition énergétique peut défendre son projet de loi et nous assurer que cette loi va produire de l’énergie nécessaire. Cette loi ne va faire qu’accélérer la décroissance du pays, coûter une somme colossale, pour un bilan écologique des plus discutables, et d’énergie toujours plus aléatoire et coûteuse. La France a déjà investi dans les énergies renouvelables 60 milliards d’euros, notamment pour ces éoliennes dont la durée de vie par ailleurs n’est que d’une vingtaine d’années (à comparer avec la longévité d’une centrale nucléaire). Avec cette funeste loi, elle s’apprête à doubler son parc de renouvelable, sans pouvoir donc garantir une électricité fiable. La France a aujourd’hui dépensé presque autant pour le renouvelable que pour tout son parc nucléaire, soit une centaine de milliards. Si l’on était sadique, on en viendrait presque à espérer un blackout. Nous y sommes presque. En réalité, si le réseau tient encore, c’est moins du fait de la clairvoyance de nos politiques, encore moins du fait de la sobriété à laquelle les Français sont désormais condamnés, c’est davantage du fait d’une météo qui est plutôt favorable. Imaginons que le temps vire, les conséquences tomberont ! En fait il en est de même de cette loi, l’adopter c’est s’en remettre au hasard, tout en s’assurant par ailleurs du sabordage de nos paysages et de notre littoral.
Résumons : ils ont balancé 60 milliards d’euros pour 8 000 éoliennes d’une durée de vie de vingt ans seulement alors que Fessenheim à elle seule produisait la moitié de ce que fournit ce parc éolien. A quoi pensent ces gens quand ils signent de pareilles décisions ? Ce sont des scélérats sans pareils dans le monde. Le saccage de l’outil énergétique nucléaire est une des forfaitures majeures subies par la France.
