L’ordre international de 1945 est mort

Depuis l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela, le « droit international » est dans l’air du temps. Mais en politique, les concepts ne vont jamais de soi. Quels sont l’origine et la fonction du droit international ? De quelle manière a-t-il pris forme ? 

Il n’est pas né d’une élaboration patiente qui viendrait des peuples qui y consentiraient, étape par étape. Le droit international tel qu’on le connaît aujourd’hui, c’est le produit juridique d’une technostructure mondialisée qui a imposé des normes à la tonne au fil des décennies, et des normes qui se présentent toujours à nous comme si elles étaient obligatoires, comme si elles allaient de soi et qu’il n’est jamais permis de les remettre en question parce que « c’est le droit international », comme on aurait dit autrefois « c’est parole sacrée, c’est la parole de Dieu, c’est le saint catéchisme marxiste », chacun avait sa référence pour nous dire là c’est parole sacrée, couchez-vous et taisez-vous. 

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La vieille passion géopolitique et l’intérêt du Royaume-Uni pour la Russie

Ou encore : Le plan anglais pour coloniser une partie de la Russie. Voyons-en davantage.

“Lorsque la recherche par l’Angleterre d’un passage nord-ouest par voie maritime échoua, la Muscovy Company mit au point un plan audacieux pour créer une route terrestre. En 1613, les ambassadeurs anglais John Merrick et William Russell débarquèrent dans la ville portuaire d’Arkhangelsk, dans le nord de la Russie. Le premier objectif de leur mission était relativement innocent. À ces deux hommes furent remis une série d’instructions écrites pour protéger la situation financière de la Muscovy Company, qui à l’époque était la principale entité commerciale régulant le commerce avec la Russie. Mais ils avaient aussi un objectif secret : explorer la possibilité d’annexer une partie du nord de la Russie et de fonder une colonie anglaise en Moscovie. On espérait que cette colonie pourrait s’étendre le long du fleuve Volga et atteindre la frontière russe avec la Perse.

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Ontologie et eschatologie de l’ordre mondial

À une époque où la victoire de la vision du monde libérale semblait définitive et où l’on proclamait la « fin de l’histoire » comme un fait irréversible, le monde s’est retrouvé au bord d’une nouvelle réalité post-atomique, où les conflits idéologiques et civilisateurs ne disparaissaient pas, mais se transformaient en formes plus complexes et ontologiquement inconciliables. L’ordre mondial ne peut plus reposer sur l’illusion d’une homogénéité ou sur la stratégie de détruire l’adversaire, car les enjeux ont atteint une limite existentielle : la victoire, définie comme la maximisation des dégâts, entraîne aujourd’hui inévitablement une catastrophe globale. Ainsi, la seule issue réaliste du face-à-face n’est pas la capitulation de l’une ou l’autre partie, mais la reconnaissance ontologique et la fixation d’une nouvelle limite stratégique, dans la logique de laquelle la capacité à prévenir la guerre devient la valeur politique suprême. En conséquence, le monde n’atteindra pas l’utopie de l’homogénéité, mais trouvera la stabilité grâce à la « multiplicité florissante » (K. Leontiev), passant à un état de tension contrôlée et de coexistence structurale dans tous les hémisphères.

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Sacrifice et souveraineté : la géopolitique comme épopée théodramatique ou tragédie païenne

Le discours officiel émanant des institutions européennes présente la guerre en Ukraine comme une lutte moralisatrice, presque téléologique : une confrontation lucide et manichéenne entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, l’innocence et l’agression. Les politiciens, analystes et médias consacrent l’Ukraine comme protagoniste héroïque, tandis qu’ils relèguent la Russie au rôle d’antagoniste maléfique, reproduisant ainsi une structure narrative similaire aux drames moraux théo-dramatiques expliqués par Hans Urs von Balthasar (1988).

Le drame chrétien — exemplifié dans la Divine Comédie de Dante ou dans Le Grand Théâtre du Monde de Calderón — imprègne le mal et la souffrance d’une signification au sein d’une économie de la rédemption, dans laquelle l’action humaine est soumise au jugement moral et à la possibilité de la grâce. Dans ce cadre conceptuel, le conflit se configure comme un jugement éthique, une narration de rédemption et un impératif moral : l’Europe se sent poussée à agir avec droiture, s’efforçant de protéger les opprimés et de réparer un ordre brisé. Cette rhétorique évoque les exhortations collectives des grandes puissances européennes pendant la Première Guerre mondiale, marquées par une narration linéaire et téléologique, investie d’une providence morale projetée sur les réalités géopolitiques (Mosse, 1990). Cependant, sous cette idéalisation morale se cache une réalité brute.

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Pacta sunt servanda ! – Les traités doivent être respectés !

C’était déjà la devise des Romains envers leurs « partenaires », car deux partenaires ne peuvent interagir que de deux façons : soit par le conflit (guerre), soit par un traité. Ce principe est encore aujourd’hui indispensable à une coexistence pacifique sur cette planète !

Les traités doivent être respectés – et si l’on pense à un ordre mondial multipolaire, cela est d’autant plus important !

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Les destins de l’Europe se décideront à Paris (et ce n’est pas une bonne nouvelle)

L’un des enseignements fondamentaux de l’histoire est que, pour comprendre le destin de l’Europe, il faut regarder vers la France. Une vérité qui est probablement valable depuis la naissance de l’État-nation français, mais qui est devenue de plus en plus évidente au fil des siècles, alors que s’y sont produits — précisément en France — des phénomènes particuliers comme les Lumières, la Révolution française et l’épopée napoléonienne.

C’est encore le cas aujourd’hui : la France est le seul pays de l’UE à disposer de la dissuasion nucléaire et à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU, donnant à Paris un rôle fondamental dans la définition des destins de l’Europe continentale. Néanmoins, à cette époque historique-ci, ce pays traverse une crise industrielle, économique et politique très profonde, qui s’est désormais transformée en une crise politique aiguë et, de plus en plus, sociale.

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La politique intérieure et la politique étrangère ne sont pas deux mondes distincts

La politique intérieure et la politique étrangère sont souvent séparées artificiellement, mais en réalité, elles forment un tout cohérent. L’idée centrale est que la géopolitique est le facteur sous-jacent qui façonne ces deux domaines. Les décisions relatives à l’économie, à la sécurité ou à la culture à l’intérieur des frontières nationales ne sont jamais isolées : elles s’inscrivent dans un contexte mondial de rapports de force et d’événements.

À l’inverse, les développements sur la scène internationale ont des implications directes pour l’ordre intérieur. Une perspective géopolitique montre que ce qui se passe « chez soi » et ce qui se passe « dans le monde » sont inextricablement liés.

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L’Ouest, l’homme malade du monde actuel

L’Occident est une minorité vieillissante et en déclin, au bord de l’extinction. Il est rongé par le dégoût de soi et animé par une agressivité libérale toxique. Ses élites dirigeantes sont perverses, psychopathes et profondément corrompues. À l’inverse, le reste du monde est dynamique, débordant de vie, d’ambition et d’énergie pour éclipser ceux qui prétendaient autrefois dominer.”

— Alexandre Douguine, 3 septembre 2025

L’Europe bascule en marge de la politique mondiale

Les États-Unis peuvent se permettre un ordre multipolaire. Même sans alliés, ils restent une puissance mondiale grâce à leurs ressources, leur population, leur armée et leur influence internationale.

L’Europe, en revanche, a principalement dû son rôle dans la politique mondiale ces dernières décennies à son statut de « partenaire privilégié » de la superpuissance américaine. Tant qu’il y avait unipolarité, l’Europe était importante. Mais dans un monde multipolaire, elle n’est plus qu’un acteur secondaire, dépassé par ses concurrents.

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La fin du « monde unique » : communication, pluralité culturelle et changements politiques

Pendant des décennies, la mondialisation a promis un monde unifié sous la bannière culturelle de l’Occident, avec les États-Unis comme centre rayonnant. Mais les technologies mêmes qui ont alimenté ce rêve d’homogénéisation ont ouvert la voie à un scénario inattendu : l’essor de récits multiples, d’identités rebelles et de puissances émergentes qui ont brouillé l’ancienne hégémonie.

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