Le gauchiste est un religieux

La gauche n’est pas un courant politique classique, mais une caste morale. C’est du moins ainsi qu’elle se voit, et elle est convaincue d’avoir le monopole de la vertu. C’est une cléricature, son caractère est profondément religieux. L’origine de la gauche c’est la Révolution française. Et dans cette origine de la gauche, il y a du clergé. Plusieurs figures majeures de la révolution de 1789, tels Sieyès, Talleyrand, Fouché étaient des religieux. Et les autres étaient des clercs, des héritiers du clergé d’Ancien régime au sens large, des « intellectuels à stature », des juges, des avocats, des journalistes. Et de cette origine religieuse, la gauche a conservé ce caractère clérical : on y retrouve les mêmes professions, l’enseignement, l’université, la presse, la culture, une grande partie de la magistrature…

Des gens qui statutairement ont un magistère intellectuel et moral qui les place en surplomb de la société, non pas pour l’écouter mais pour lui faire la leçon, pour « l’éduquer », la rééduquer, et accessoirement la punir, voire à certains moments de l’histoire l’éliminer sans aucun état d’âme puisqu’en définitive, ayant des fondements chrétiens (Oswald Spengler parfaitement clairvoyant sur ce sujet dira que le christianisme est la grand-mère du bolchevisme) ces clercs de gauche luttent contre le péché. Ils n’ont pas en face d’eux des gens qui ont des opinions différentes, ils ont en face d’eux des pécheurs. Or, un pécheur ça s’éduque, ça se rééduque ou ça se punit. Mais il n’y a absolument pas de la part de la gauche cette capacité de débattre d’égal à égal, elle se considère toujours en position de surplomb qui la conduit non pas à essayer de régler un problème mais à porter un jugement moral sur ceux qui cherchent une réponse concrète au problème sans appartenir à leur monde.

Les certitudes qui animent les gens de gauche sont donc elles aussi de nature religieuse. La gauche est une sorte de conservatoire de tentations propres à l’humanité, dont la tentation de certains de se croire moralement supérieurs aux autres et de considérer que la frontière entre le Bien et le Mal passe entre eux et les autres. Et pour l’homme de gauche le péché c’est celui qui n’est pas de gauche. Il faut donc le mettre hors d’état de nuire. C’est une forme d’inquisition. La gauche lutte contre le péché, mais la gauche n’est pas seulement le cléricalisme, elle est également cette vieille tentation du christianisme : le dogmatisme. La gauche a des dogmes multiples, c’est allé dans certains régimes de gauche jusqu’à considérer que le Parti a toujours raison. La gauche suscite du dogmatisme. Dès lors, elle va considérer que l’adversaire politique n’est pas quelqu’un qui a une opinion différente, c’est un hérétique. Et cet hérétique est voué à l’inquisition. Ce qui frappe, c’est cette capacité qu’a la gauche de toujours enquêter sur les autres, constituer des dossiers, surveiller, ficher, habitude que n’ont pas ses adversaires.

Et leur truc, au final, contre une opinion qui leur déplait, c’est la persécution au pénal, avec ce slogan que l’opinion d’autrui n’en est pas une, elle constitue un délit, puisque étant au pouvoir elle a forgé des lois incriminant en délit la pensée autre. Elle vous livre au pénal, et dès lors que vous êtes condamné à cet argument selon lequel on ne discute pas avec un « repris de justice », vous n’avez plus droit à la parole. Or les idées que porte la gauche n’ont pas de supériorité intrinsèque, elles sont simplement différentes de celles portées par les autres. Les deux maîtres mots clamés par le christianisme sont Amour et Vérité, donc si l’on n’est pas d’accord avec ce néo clergé de la gauche, forcément c’est que l’on est haineux. Et la haine n’est pas une opinion, elle est dérivée dans toutes les « phobies », vous êtes homophobe, islamophobe, phobique de tout, alors que vous êtes simplement en désaccord, mais pour eux le désaccord c’est la haine et le mensonge puisqu’eux sont l’Amour et la Vérité. Il faut donc vous démasquer.

Il y a eu Lénine, Trotski, Staline, Pol Pot, Mao, Enver Hoxha, Castro et consorts au XXe siècle. Au terme de cela le bilan critique ne fait pas l’ombre d’un doute. Pourtant, la mémoire critique du communisme n’existe pas aujourd’hui dans l’establishment, cela demeure une mémoire enchantée. Ceci du fait de ce manichéisme de la gauche qui considère que de toutes façons ce qu’ont fait tous ces gens partait d’une bonne intention, ils « luttaient contre le Mal », et pour faire advenir le paradis sur Terre il faut admettre que l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Dès la révolution française les conventionnels disent que s’il faut éliminer les trois-quarts de la population pour qu’il ne reste que les « purs », le jeu en valait la chandelle. Les bolcheviques s’étant emparés du pouvoir en Russie tiendront le même raisonnement. La gauche marxiste ne répugne jamais historiquement devant les massacres à grande échelle, parce qu’ils sont la condition indispensable de l’avènement du Bien. L’étude non expurgée des textes fondateurs du socialisme révèle que le « génocide » est une théorie propre à cette idéologie. Engels, en 1849, appelait à l’extermination des Hongrois. Il donna à la revue dirigée par son ami Karl Marx, la Neue Rheinische Zeitung un article retentissant dont Staline recommandera la lecture en 1924 dans ses Fondements du léninisme. Engels y conseillait de faire disparaître, outre les Hongrois, également les Serbes et autres peuples slaves, puis les Basques, les Bretons et les Écossais. Dans révolution et contre- révolution, Marx lui-même se demandait comment on va se débarrasser de « ces peuplades, les Bohémiens, Carinthiens, Dalmates, etc… ».

La gauche veut nous enfermer dans une invisibilisation de tout ce que nous pouvons penser, et pour elle tous les moyens sont bons.