Qu’apportons-nous, aujourd’hui, à la Tradition ? La Tradition, c’est ce qui se transmet à travers les générations. Que l’on s’entende bien, il ne s’agit pas ici de la « Tradition Primordiale ». Il ne reste pas grand-chose de la tradition druidique. Car d’une part, les druides ne consignaient pas leur enseignement par écrit, et d’autre part ce qui nous en a été transmis par la suite dans les écrits des moines gallois et irlandais est complètement gauchi, dénaturé, par la christianisation des esprits.
Certains s’obstinent à affirmer, en dehors de toute cohérence que les druides (tous ? une partie seulement ?) se sont convertis au catholicisme pour « préserver » les connaissances. Nous croyons au contraire que ceux qui se sont convertis l’ont fait, en premier lieu pour sauver leur peau, bafouant ainsi le précepte (pourquoi pas) druidique « Plutôt la mort que le déshonneur », mais surtout parce qu’ils étaient réellement ralliés à la religion orientale et qu’ils n’ont pas été les derniers, dans l’enthousiasme propre aux renégats, à vouloir détruire les croyances païennes, brûlant ainsi ce qu’ils avaient adoré hier. Fixer ainsi des récits qui couraient les campagnes, de bouche en oreille, en les mettant par écrit et leur donnant une bonne fois pour toutes une franche coloration monothéiste pouvait fort bien être leur manière de le faire.
On peut arguer aussi de ce que les coutumes populaires, les contes et légendes, les fêtes ont gardé une bonne coloration païenne. Il est vrai que la plupart des fêtes chrétiennes sont les héritières des fêtes païennes que les curés ont été contraints d’assimiler sous peine de rejet complet de la part des paysans (pagi/païens). Mais jusqu’à quel point ? Comment pouvons-nous les interpréter ? Comment faire la part des choses ? Les feux de la saint Jean pour prendre un exemple, sont d’essence et d’origine incontestablement païennes… mais qu’en est-il du chat que dans certaines régions encore en Europe ont lie au sommet du bûcher et qu’on fait allègrement cramer … On peut faire l’hypothèse, sans éléments probants, qu’il y a derrière cette coutume une influence chrétienne (le chat, animal familier de déesses – Freyja par exemple – et des « sorcières », diabolisé par les monothéistes qui n’ont jamais hésité à brûler ou à pendre ceux qui n’adoptaient pas leurs vues). Idem de la chouette (l’animal de la déesse Athéna) clouée sur la porte des granges : magie païenne ou magie chrétienne ? Certains avanceront, l’air entendu, la transmission clanique d’une connaissance antique mais comme le propre de cette tradition est de rester secrète, cela ne nous avance pas beaucoup.
De la Tradition, il reste des textes qu’il faut de bout en bout, expurger et interpréter. Il reste des fêtes et des coutumes, des superstitions, des contes et légendes qu’il faut également interpréter. Il reste des découvertes archéologiques qui prennent leur sens quand on les appréhende à la lumière d’autres sciences ou disciplines. Il y a le symbolisme. Il y a le comparatisme inter-religions (et l’hindouisme nous est une mine précieuse). Il y a peut-être des bribes de connaissances dans certaines traditions dites claniques ou familiales et il y a aussi les influences du sol et les empreintes et la mémoire des Ancêtres qui fondent notre démarche païenne identitaire et qui reste pourtant souvent, elles aussi, à décrypter.
Certains ont fait une partie des recherches à notre place … des « spécialistes » … mais une partie de ce joli monde tire avec allégresse dans les pattes de l’autre partie de peur d’avoir à remettre certaines « certitudes » en question … on critique Jean-Jacques Hatt parce qu’il travaillait en free-lance et qu’il avait la « prétention » de retrouver le Gaulois à travers le Gallo-Romain ce qui avait particulièrement mauvaise presse chez les universitaires de son vivant, on critique aussi Philippe Jouet parce qu’il est influencé par Jean Haudry, qui lui-même n’échappe pas à la vindicte parce qu’il professait à l’université Lyon III, berceau de la Nouvelle Droite, et que ça suffit pour le rendre suspect.
Si les druides ne consignaient pas leur enseignement par écrit, on dit aussi que c’était pour laisser toute latitude à ce qu’on n’appelait pas encore le druidisme d’évoluer et de s’adapter : en quelque sorte le druidisme chevauchant le tigre. Et c’est là, probablement, que nous pouvons apporter quelque chose à la Tradition car tous nos raisonnements, toutes nos études, toutes nos intuitions, toutes nos découvertes, toutes nos supputations se rajoutent en couches pour donner corps à la construction… on verra bien où cela nous mènera et de toutes façons, le travail ne sera pas perdu, car, comme le monde qui se crée à chaque instant pour inventer l’après, peut-être nous faudra-t-il, en définitive, et comme l’énonce Maurice Rollet, inventer les dieux de demain.
