On commence à peine à comprendre l’ampleur des informations présentes dans les Epstein files, alors que tout est loin d’avoir été révélé et que plusieurs noms sont caviardés. Ce qu’on voit pour l’instant remonter à la surface, c’est l’écume, mais c’est tout un continent qui était dissimulé, qui se dévoile jour après jour.
Au regard du peu qui est visible pour l’instant, quelle seront les conséquences finales de ce retour de boomerang sismique qui touche l’ensemble des « élites » mondialisées en place depuis une quarantaine d’années, à travers la remontée à la surface d’un phénomène que la plupart des gens voulaient croire marginal : la pédocriminalité à grande échelle et son esclavage sexuel. L’homme de la rue pensait que c’était une pathologie, une perversion horrible, mais que c’est résiduel parmi le lot des crimes et délits commis dans le corps social. L’affaire Epstein démontre l’idée de réseau à grande échelle pour satisfaire les caprices et les désirs les plus atroces de certains puissants. On constate qu’il y avait là-dedans beaucoup plus de vrai que certains pouvaient le penser.
À quoi comparer finalement ces dossiers Epstein qui remontent à la surface ? Est-ce qu’on peut se dire qu’il s’agit simplement des poubelles de la mondialisation où l’on retrouve de tout : des informations sans intérêt ; mais aussi des informations qui donnent à de nombreuses personnes une peur bleue de voir quelle sera la prochaine étape des révélations. Ou bien est-on devant les archives de la mondialisation et des mécanismes qui jalonnent la vie des puissants. On voit en ce moment le cœur d’un système qui avait pour vocation d’être voilé. Les trumpistes disaient avec raison qu’il faut drainer le marécage, que ces « élites » mondialisées évoluent dans un environnement décomposé, pervers, corrompu, et qu’il est temps de les balayer. Ils avaient compris quelque chose qui avait échappé à tous ceux qui dans nos pays vivent sous encéphalogramme plat.
Alors quelle est la nature de ce système de pouvoir qui a été dévoilé à nos yeux ? Qu’a-t-on vu depuis une quarantaine d’années ? Une caste se constituer dans un sentiment d’impunité, où le pouvoir voulait dire privilège, jouissance absolue, sans égard pour la responsabilité. Le pouvoir c’est aussi de la domination, de l’emprise sur les gens. Le pouvoir pour les esprits pervers c’est la possibilité d’élever quelqu’un et de l’abattre le lendemain. Le pouvoir c’est la possibilité d’humilier, de mater souvent les plus faibles et de les transformer quelquefois en esclaves.
À l’échelle de l’histoire le pouvoir n’est pas toujours bon et noble. Et ce que l’on voit avec la présente séquence, c’est qu’un certain pouvoir a manifestement corrompu moralement, psychologiquement, une partie de ces « élites » mondialisées. Le vice, les parts d’ombre, les passions coupables sont inscrites dans la nature humaine. Mais toutes les perversions ne sont pas les mêmes, il y a des monstres naturels, mais il y a aussi une société qui produit un certain type de monstres, des sociétés qui vous disent que vous aurez droit à tout, l’argent, le sexe, la violence, vous pourrez torturer, vous pourrez profiter de tout et vous ne paierez jamais les conséquences.
Nous voyons l’échec d’une forme d’erreur philosophique. Certains ont cru depuis soixante ans que s’ils détruisaient les barrières culturelles, morales, symboliques, l’homme allait se « libérer », délivré de tout ce que certains considèrent comme des carcans, et se révéler dans sa bonté. Ce n’est pas ce qui s’est passé. L’homme délivré de tout ce qui le civilisait s’est révélé dans sa sauvagerie et souvent dans sa cruauté. Les mœurs nous civilisent. Quand les mœurs tombent, ce que l’on voit remonter à la surface ce n’est pas la bonté de l’homme, c’est souvent la Bête.
Alors quel est le statut de la pédocriminalité, de l’esclavage sexuel des mineurs dans le cadre d’une île aux plaisirs, celle de Jeffrey Epstein. Ce n’est pas une perversion comme les autres. Malgré ce que l’on a entendu dans les années 1970, qui fit l’objet d’une tribune publiée par le journal Libération et que signa Jack Lang et d’autres « éminences » intellectuelles de la gauche putride, l’idée de s’emparer de mineurs n’est pas une passion libertaire comme une autre. Non, c’est autre chose. Sur un enfant, c’est la volonté de s’emparer d’un être en formation, de marquer d’une empreinte définitive son esprit et son corps, pour être celui que l’on n’oubliera jamais. De ce point de vue, il y a une volonté d’humiliation, d’abus de la position de faiblesse de l’enfant, de domination, et aussi une volonté de transgression absolue. Vous êtes tout puissant. Si vous êtes tout puissant vous pouvez vous permettre surtout ce que la société interdit absolument. C’est la volonté de devenir le maître absolu sur quelqu’un, c’est une volonté « diabolique ». Et le fait de l’avoir institutionnalisée autour de cette île nous dit à quel point nous étions devant un système de perversion généralisée.

