
À moins de quinze mois de la fin de son second mandat, Emmanuel Macron accélère le placement de ses fidèles dans des institutions réputées indépendantes mais dotées de postes quasi inamovibles, afin de garder le contrôle administratif en cas de défaite électorale. Deux mouvements récents illustrent cette stratégie bien rodée : la nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes et l’annonce du départ anticipé du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Derrière ces décisions apparemment techniques se dessine un calcul politique classique : assurer une influence durable au-delà de 2027, date à laquelle le président sera constitutionnellement empêché de se représenter immédiatement.
Amélie de Montchalin, parachute doré à la Cour des comptes
Ancienne ministre déléguée, puis ministre de la Transformation et de la Fonction publiques sous le premier quinquennat, Amélie de Montchalin incarne la fidélité macroniste de la première heure. Battue aux législatives de 2022 dans l’Essonne, elle avait déjà bénéficié d’un rebond rapide avec une nomination à un poste international avant de revenir dans le giron français. Sa désignation récente comme Première présidente de la Cour des comptes, validée par décret présidentiel, offre un atout majeur : Un poste à vie, irrévocable, et assorti d’une rémunération confortable.
La Cour des comptes, gardienne des deniers publics, est traditionnellement un refuge pour les hauts fonctionnaires et les politiques en fin de parcours. Mais la nomination directe d’une ancienne ministre sans passage préalable par le tour extérieur soulève des questions sur le respect de l’esprit d’indépendance de l’institution. Pour les macronistes, c’est une récompense légitime ; Pour les oppositions, un nouvel exemple de « pantouflage » sans vergogne organisé par l’Élysée.
Banque de France : un départ annoncé et une succession sous haute tension
Parallèlement, François Villeroy de Galhau, gouverneur depuis 2015, a annoncé son départ surprise pour juin 2026, plus d’un an avant la fin de son mandat. Bien que nommé initialement par François Hollande, Villeroy de Galhau s’est parfaitement accommodé de la ligne macroniste en matière monétaire et européenne. Son départ ouvre un poste stratégique : Le gouverneur de la Banque de France siège au conseil des gouverneurs de la BCE et pèse lourd dans les décisions de politique monétaire.
Les spéculations vont bon train sur son successeur. Plusieurs noms macron-compatibles circulent : Hauts fonctionnaires du Trésor ou anciens collaborateurs du président, tous issus du même vivier énarque et libéral. Qui que ce soit, le futur gouverneur bénéficiera d’un mandat de six ans irrévocable, donc chevauchant largement le prochain quinquennat. Un poste indéboullonnable, à l’abri des alternances politiques.
Mais Emmanuel Macron n’invente rien
Jacques Chirac avait placé plusieurs proches au Conseil constitutionnel et à la Cour des comptes en fin de mandat. Nicolas Sarkozy avait multiplié les nominations au Conseil d’État et dans les autorités indépendantes. François Hollande, lui, avait veillé à installer des alliés socialistes dans des postes clés avant 2017. La tradition consiste à transformer l’influence éphémère du pouvoir exécutif en influence durable via des institutions censées être apolitiques. Ce qui change avec Macron, c’est le rythme et la visibilité. En pleine crise politique post-législatives de 2022 et avec un gouvernement minoritaire à l’Assemblée, ces nominations apparaissent comme un moyen de consolider un réseau dans un paysage institutionnel où l’exécutif a perdu une partie de son autorité législative.
Les petits calculs d’un président en fin de parcours… avec l’œil sur 2032
Ces mouvements ne sont pas anodins. Ils permettent à Emmanuel Macron de projeter son empreinte idéologique (réforme de l’État, rigueur budgétaire, européisme) au-delà de son départ de l’Élysée. Une Cour des comptes dirigée par une fidèle comme Amélie de Montchalin pourra peser sur les audits des futurs gouvernements. Un gouverneur de la Banque de France issu du même cercle garantira une continuité monétaire favorable aux réformes libérales.
Mais ces nominations s’inscrivent aussi dans une perspective plus lointaine : un éventuel retour à l’Élysée en 2032. La Constitution n’interdit pas un troisième mandat non consécutif, et à 54 ans, Macron pourrait parfaitement briguer un nouveau quinquennat après l’élection intermédiaire de 2027. En plaçant méthodiquement ses pions dans les institutions – Cour des comptes, Banque de France, mais aussi d’autres autorités indépendantes où des profils macronistes ont été installés ces derniers mois –, il se constitue un réseau durable capable de défendre son bilan, d’influencer les débats économiques et budgétaires, et de servir de base arrière pour une future campagne. Dans les cercles proches du président, ces « petits calculs » sont perçus comme les fondations d’un come-back préparé, une manière de rester dans le jeu politique bien après 2027.
Ces nominations alimentent le débat sur l’ancrage d’un « État macroniste » et sur la véritable indépendance des institutions. Elles rappellent aussi que, en France, la fin d’un quinquennat est souvent le moment où le président sortant pense déjà à son avenir… et à celui de ses idées.
Un legs économique en ruines, mais des fidèles à l’abri
Une chose est sûre : Emmanuel Macron ne laisse rien au hasard. Mais quand on regarde froidement le bilan qu’il abandonne : Dette publique à 118-120 % du PIB (record d’après-guerre), déficits structurels à 5 % sans espoir de retour sous 3 %, croissance anémique, chômage qui remonte après le mirage du « plein-emploi », hausses d’impôts records sur les entreprises et 300 milliards d’emprunts rien que pour 2026), ces parachutages prennent un goût amer. Pendant que le pays paiera pendant des décennies l’addition d’un endettement incontrôlé, le président sortant s’acharne à installer ses obligés dans des forteresses inexpugnables pour protéger son héritage et préparer son retour.
Cynisme chimiquement pur : les Français trinquent, les fidèles prospèrent.
Alors postes quasi inamovibles, irrévocables ? Si l’on s’en tient à respecter stupidement les textes en place, oui. Le problème majeur des Français, c’est qu’ils ont cette classe politique de connivence systémique entre socialistes assumés et socialistes sous cape (cette fausse droite centriste molle), c’est que dans l’alternance au pouvoir, rien n’est jamais fait par le successeur pour annuler/réformer ce qui a été mis en place par le prédécesseur, il n’y a jamais de voloté de rupture. Or, tout n’est que création humaine, ce qu’un homme a fait, un homme peut le défaire, ce qu’une loi a fait une loi peut le défaire. Il ne tiendrait donc qu’aux successeurs de la macronie de virer tous ses servants planqués pour servir l’éventuel retour du cauchemar en 2032.
