Et ce basculement a été imposé contre l’avis du peuple, en le maquillant tour à tour en nécessité économique, en devoir moral, puis en progrès civilisationnel.
Nous ne sommes pas de ceux à qui l’on pourra reprocher de ne pas avoir alerté sur le sujet, mais la submersion migratoire extra-européenne et ses conséquences sont tellement importantes qu’elles sont devenues – mais trop tard ! – un sujet quasi-quotidien de commentaire. L’immigration a été chassée du périmètre démocratique. Ce n’est plus un sujet qui appartient à la logique démocratique et à la souveraineté populaire (les partisans de cette immigration poussent des cris d’orfraie chaque fois que le sujet du référendum sur l’immigration est évoqué), nous sommes dans ce grand écart entre d’un côté une volonté populaire qui de mille manières exprime son rejet de l’immigration massive, et de l’autre côté un régime qui se moque éperdument de cette volonté populaire, qui n’agit que selon son idéologie, qui a voulu cette immigration, et qui l’accélère, qui a signé tous les dispositifs qui l’organisent et la favorisent, textes bruxellois, pacte de Marrakech, etc.
L’immigration massive est une réalité, il est devenu inutile de le démontrer. Ceux qui ne sont pas capables de voir cela, de le constater, vivent sur une autre planète, qui est soit celle de l’aveuglement ou celle de la malhonnêteté intellectuelle.
Alors comment nommer ce qui s’est passé depuis cinquante ans ? – ce chiffre omniprésent dès que l’on veut parler de la destruction de ce merveilleux pays qu’était la France. On pourrait parler, à certains égards si on prend au sérieux la dimension politique de cette immigration de masse, d’un « coup d’état démographique », on a assisté peu à peu à un changement de la population qui servait certains intérêts (le patronat du bâtiment et de l’industrie) et en desservait d’autres, et la gouvernance complice a décidé de peser sur l’accélérateur quand elle aurait pu peser sur le frein. On peut parler aussi bien sûr d’une expérimentation idéologique inédite, c’est le « Grand récit du mondialisme » : dans le mondialisme les peuples étaient de trop, nous sommes passés de la diversité des peuples à l’interchangeabilité de la population au sein de chaque pays, l’idée étant de faire de chacun d’eux une reproduction miniature de tout ce que contient la planète. Sous l’empire de cette idéologie, les pays ont changé de définition, un pays ce n’était plus un peuple homogène, une culture, une langue, une mémoire, des coutumes des traditions, non, c’est une série de principes, « État de droit », « démocratie », etc., un cadre administratif sans lien avec des racines, valable partout sur Terre. Dès lors, n’importe qui pouvait s’installer n’importe où, selon la formule de Jacques Attali « un pays c’est un hôtel », ça ne changeait pas la fonctionnalité d’un pays mais ce pays n’avait plus d’identité.
Comment par ailleurs l’immigration massive s’est-elle imposée à nous depuis cinquante ans ? Quels ont été les récits qui l’ont justifiée ?
Dès les années 1970 on commence à remarquer l’existence du phénomène, elle est déjà vue à l’époque comme massive, il faut insister sur ce fait, les observateurs du phénomène se disent que cette immigration ne s’assimilera pas à l’identité française, qu’il faut stopper ça.
À la fin des années 1970 on nous dit que c’est une immigration de travail salutaire pour la France (Bernard Stasi publiera en 1984 son livre L’immigration : une chance pour la France), c’est une immigration d’utilité économique mais qui est un phénomène marginal qui d’aucune manière ne changera la composition démographique du pays.
Puis dans les années 1980 à 2000, le changement de discours est complet : « si vous refusez l’immigration massive, en fait vous êtes les héritiers du IIIe Reich, vous êtes dans une logique fasciste, d’extrême-droite, etc. » (tant d’aberrations dans ces amalgames !), une forme d’équivalence étonnante dans le récit institutionnel qui consiste à dire que si vous refusez cette submersion en fait vous êtes complices des régimes qualifiés d’odieux par les vainqueurs de 1945. Et ce discours va avoir une puissance d’intimidation incroyable dans le débat public, notamment dans cette droite molle qui ne vaut pas la corde pour la pendre, qui jusqu’aux années 1990 était dans une volonté de nommer la réalité des choses, et qui finit par dire que le problème n’est plus l’immigration mais que le problème c’est ceux qui pensent qu’il y a un problème avec l’immigration.
Puis nouvelle étape, celle de l’immigration « humanitaire », et là ça devient un « devoir moral ». On sait qu’il y a des difficultés nombreuses qui sont causées, on sait que le pays en paie le prix en matière d’insécurité, mais c’est selon les vues du pouvoir un devoir moral qui transcende toutes les réalités politiques et sociales, VOUS DEVEZ ACCUEILLIR À TOUT PRIX ! Et au même moment le patronat forge son propre discours dans une forme nouvelle, l’immigration économique nécessaire à l’industrie n’est plus le propos, elle est nécessaire pour les petits boulots que les Français ne voudraient pas faire, et dans le refus d’augmenter les salaires il faut bien importer des gens qui acceptent ces conditions de rémunération. L’immigration est dite nécessaire pour financer les retraites et maintenir l’État social français.
Résultat des courses : perte de l’identité nationale historique, perte de souveraineté de l’État dans des quartiers qui se dérobent à la culture française, perte de confiance sociale (une société qui n’a plus de culture commune est une société où l’on ne se fait plus confiance)*, insécurité et augmentation des coûts de l’insécurité, perte de liberté qui en découle avec le risque d’agressions désormais en tous lieux et à tout moment. À travers tout cela une révolution a eu lieu, et c’est une erreur de la réduire uniquement à l’immigration illégale comme on l’entend trop souvent. Il s’agit à bien des égards de l’ampleur de l’immigration légale accumulée depuis ces cinq décennies qui cause problème.
L’argument du « légal » a ses limites
Il faut penser cela à l’échelle de l’histoire. Pensons à l’époque de la colonisation, de 1492 au début du XXe siècle. Dans le cadre de l’époque, dans le langage, dans l’ordre international de l’époque, selon le droit de l’époque, les Européens étaient parfaitement en droit de s’installer dans des territoires sans développement sur lesquels ils plantaient leurs drapeaux, le droit de l’époque les y encourageait même. Par ailleurs, nul ne doutera que les individus, un par un, qui s’installaient ailleurs étaient de bonnes personnes, dotées d’une intention de bien faire sur ces territoires, sur leur lopin de terre, le colon venu de France en Algérie au XIXe siècle pour assécher des marécages infestés de moustiques, qui a vécu sous une tente dans ces conditions jusqu’à ce qu’il puisse commencer à faire cuire des briques avec la terre argileuse de la zone asséchée pour se construire une cabane afin d’abandonner sa tente de toile et améliorer son sort, ne débarquait pas avec une psychologie hostile aux habitants du pays et avec la volonté de dominer son prochain. Par ailleurs, par l’effet de masse, les populations indigènes de ces pays ont dit à un moment « désolé, ça suffit, vous êtes peut-être chacun d’entre vous ici pour améliorer votre vie, mais au final nous ne sommes pas d’accord avec votre nombre, vous nous submergez, nous ne sommes plus chez nous, vous nous condamnez à la dépossession, et nous voulons reprendre en main notre existence ». Le résultat est connu : le mouvement de décolonisation des années 1960, même brutale comme on l’a vu avec les Pieds Noirs contraints de tout abandonner et de quitter l’Algérie en quelques mois sous le slogan « la valise ou le cercueil », un siècle et demi après leur installation.
Mais pour les temps présents il y a quelque chose d’un peu semblable. Un cadre juridique – au nom du regroupement familial, du droit d’asile, du droit des réfugiés, etc. – les gens peuvent s’installer ici, avec plein d’histoires tout à fait légitimes individuellement, des gens qui disent vouloir s’installer en France, au Danemark, en Allemagne, au Royaume-Uni, pour y vivre et améliorer leurs vies. Personne ne contestera qu’il y ait parmi eux de bonnes personnes, mais il y a un effet de masse qui fait en sorte qu’à la fin il y a une submersion migratoire qui est vécue comme une dépossession à grande échelle, et tout comme à l’époque de la colonisation on prétendait amener la civilisation aux populations là-bas (les déclarations de Jules Ferry et Léon Blum, ces deux icônes du panthéon de gauche)** aujourd’hui on prétend nous civiliser de l’extérieur à travers le culte de la « diversité ».
On parle de révolution migratoire. Ce qui hante tous les esprits éveillés aujourd’hui, c’est que cette révolution soit irréversible, cette idée que l’on va arriver à un moment où il ne sera plus possible de faire machine arrière, le moment de l’irréversibilité totale.
Il faut noter également dans l’évolution du discours systémique sur l’immigration dans tous les partis politiques « de gouvernement », ce propos selon lequel il n’y a pas de rapport entre l’immigration et l’islam. Vraiment ? De qui se moque-t-on ! Est-ce que l’islam s’est imposé dans notre société à travers un mouvement de génération spontanée de convertis en Auvergne par exemple, ledit culte étant sorti ex nihilo des pierres volcaniques locale ? Ou bien est-ce du fait d’un mouvement migratoire ayant apporté cette religion dans ses bagages ? Le discours systémique, dans sa malhonnêteté intrinsèque, veut à tout prix détacher la question de l’immigration de l’histoire longue de l’immigration, il traite cela comme une question simplement actuelle, il oublie la question des immigrés à qui l’on a octroyé la nationalité et qui ne se sont ni assimilés ni intégrés, il efface complètement la question du changement de peuple en France.
Au final, que disent ceux qui parlent de « remigration » ? C’est moins un projet réalisable en l’état du droit et de ce qu’est le pouvoir, qu’un cri de désespoir, est-il possible que ceux qui sont venus sans y être autorisés et désirés, simplement ceux-là dans un premier temps, peuvent-ils repartir ou bien est-ce que dès que quelqu’un pose le pied sur le territoire européen il est ici à jamais ?
Quand une gouvernance importe le tiers-monde, qu’elle est faite de lâches qui refusent d’imposer l’assimilation, et que le peuple historique est majoritairement passé sous encéphalogramme plat, on devient le tiers-monde, et on sort de l’Histoire.
*Lire absolument notre article La loi naturelle contre le melting-pot répertorié dans la thématique Société multiraciale.
**- Jules Ferry (le 28 juillet 1885, archives de l’Assemblée nationale) : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures […] parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures […] ».
– Léon Blum : qui parle, avec un racisme que la gauche reproche aujourd’hui à ses adversaires, de « celles (les races) qui ne sont pas parvenues au même degré de culture ».
