Les Quatre arts martiaux de la guerre moderne

La Guerre n’est pas qu’une affaire de combattants armés sur le champ de bataille, c’est une lapalissade que de le rappeler. Lord Arthur Ponsonby décline en 1928 dans sons Falsehood in Wartime les principaux biais de la propagande de guerre :

1° Dénaturer les faits – 2° Escamoter des éléments importants – 3° Falsifier les chiffres – 4° Caricaturer l’ennemi – 5° Lancer de fausses rumeurs – 6° Truquer l’information.

Cette guerre nécessite ce que François-Bernard Huygue a appellé les « Quatre arts martiaux », c’est-à-dire :

L’ART D’APPARAITRE, de dire la guerre, de la montrer, de la narrer (tout en excluant toute autre narration possible), de truquer le récit dans le sens voulu ; il s’agit d’organiser des « psy-ops » (psychological operations) destinées à répandre dans le monde la « bonne doctrine » en combinant adroitement récits, photographies et films, comme nous l’avons vu lors de l’affaire de Timisoara en Roumanie en 1989 ou lors du conflit des années 1990 dans les Balkans.

L’ART DE TROMPER, autrement dit l’art d’utiliser la désinformation, de répandre des médisances contre l’ennemi désigné comme tel* dans l’ensemble du « village global » ; il s’agit essentiellement d’appliquer à la stratégie contemporaine l’« art des illusions » déjà préconisé par le stratège de l’antiquité chinoise, Sun Tzu ; l’objectif est d’altérer la perception de la réalité chez l’ennemi et de provoquer chez lui, une décision erronée ; en ce sens, la « désinformation consiste à propager délibérément des informations fausses pour influencer une opinion et affaiblir un adversaire. 

L’ART DE SAVOIR, c’est-à-dire d’exercer une surveillance ubiquitaire, selon le principe avéré : « Qui verra, vaincra » ; l’objectif est de collecter systématiquement des informations utiles, via des satellites ou des « logiciels renifleurs », tout en poursuivant des finalités diverses : frapper à moindre risque un ennemi moins bien informé, garder les « bonnes » informations stratégiques pour soi, intoxiquer l’adversaire.

L’ART DE CACHER, ou de dissimuler ses intentions derrière un rideau opaque de contre-informations. En clair, il s’agir d’organiser la prolifération d’informations inutiles ou redondantes afin de conserver secrètes celles qui importent vraiment et de les utiliser, le cas échéant, contre un adversaire qui les ignore.

Exercer ces quatre arts martiaux, à l’heure actuelle, implique de disposer d’un réseau satellitaire performant : c’est le cas des États-Unis et non de l’Europe, d’où le nanisme politique et militaire de l’Union européenne. Celle-ci n’a jamais appliqué les « quatre arts martiaux » que Huygue a mis en exergue.

Pour l’équipe de l’armée française dirigée par Christian Harbulot, la suprématie cognitive découle d’une doctrine de la domination douce. Ces officiers et stratèges français constatent que les États-Unis ne raisonnent pas, en ce domaine, en termes d’alliés, d’ennemis et de « neutres », mais, plus prosaïquement, plus simplement, en termes d’ « audiences étrangères » (alien audiences), qu’il convient de manipuler, d’influencer et de pervertir. Les objectifs des « opérations cognitives » sont donc :

– De créer les conditions intellectuelles et psychologiques optimales, pour pouvoir prendre rationnellement les bonnes décisions au bon moment (puisque l’on a sélectionné et trié le bon savoir utile, selon les règles du « troisième art martial », analysé par Huygue).

– D’empêcher les autres d’en faire autant, après les avoir abreuvés de fausses informations, de fausses valeurs, etc.

– D’obtenir des « cibles » qu’elles adoptent le bon comportement voulu. Cette méthode générale de la guerre cognitive ne peut réussir que s’il y a longue préparations (shaping the mind). Il s’agit bel et bien d’une stratégie globale mûrement réfléchie, depuis des lustres, qui vise la colonisation totale de la sphère des idées, la conquête de la « noosphère », dans le jargon des initiés. L’objectif final est de créer une superstructure normative mondiale, qui va définir la réalité humaine de manière uniforme. C’est l’application, à l’heure des médias électroniques, d’une stratégie culturelle commencée avec le cinéma de Hollywood, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe et en Asie.

*Là les exemples abondent, ne citons que l’Allemagne du IIIè Reich, Slobodan Milosevic, Saddam Hussein, Bachar el Assad et Vladimir Poutine.