Mercosur : un emblème de ce mondialisme en guerre contre l’enracinement

Ce qui frappe dans les circonstances actuelles, ce sont les arguments avancés pour justifier le Mercosur. Et l’un des arguments qui nous est souvent présenté, c’est que « Ça fait vingt-cinq ans qu’on y travaille ! », façon de dire que tant de travail ne saurait aboutir à un avortement et qu’il nous faut signer ce traité puisqu’on y a tant travaillé.

Mais ce que ces représentants de commerce du traité oublient bien promptement, c’est qu’entre le moment où les eurocrates ont commencé à penser à ce traité et aujourd’hui, nous avons changé d’époque.

Le Mercosur date d’une époque qui était celle de la mondialisation « heureuse », cette époque où certains croyaient qu’il fallait faire tomber l’ensemble des frontières, les différentes protections nationales, tout ce qui relevait du protectionnisme devait être liquidé pour qu’advienne un monde de la circulation intégrale des biens, des hommes, des matières, comme si le monde ne devait être qu’un. Cet idéal qui remonte aux années 1990, est aujourd’hui désavoué de partout. Le monde nouveau qui se dessine actuellement est un monde qui redécouvre les vertus de la frontière, un monde qui redécouvre le local, l’enracinement. Et le Mercosur de ce point de vue doit être davantage compris comme un projet politique, et non une simple entente commerciale. Un projet politique qui nous dit « Même si certains doutent de la mondialisation, nous européistes nous continuons d’y croire absolument, nous continuons d’y croire malgré tout. Le monde entier redécouvre aujourd’hui les frontières, pour notre part nous refusons de nous plier à cette époque nouvelle. »

On le comprend, les « élites » qui nous dirigent n’ont pas eu le mondialisme comme une simple préférence politique, c’était leur identité même qui était forgée là-dedans, une vision ayant force de religion, un homme « ouvert » était un homme sans frontières, sans racines, qui n’avait pas de rapport particulier avec sa terre de naissance, c’était un homme qui embrassait l’humanité dans son ensemble et qui traitait comme un accident secondaire son appartenance, il était en réalité – et il reste – un renégat sans amour filial, indifférent au sort de son pays. Ce modèle aujourd’hui fait faillite. Mais les eurolâtres mondialistes ne veulent pas reconnaître cette faillite, donc on les entend tenir toujours les mêmes arguments, par exemple « la mondialisation a enrichi les populations des pays pauvres, mais aussi celles des pays occidentaux » : et alors que l’on voit objectivement la désindustrialisation, la sacrifice de l’agriculture, la paupérisation des classes moyennes, l’effondrement psychique et anthropologique des populations, on nous dit néanmoins « vous n’avez jamais été aussi heureux, prenez une pilule ! ».

De la même manière, cette espèce de logique mondialiste considérait qu’il fallait sacrifier les activités « non productives ». Dès lors qu’une activité était jugée non compatible avec la logique de la mondialisation, il fallait la sacrifier car elle était « dépassée ». C’est le propre d’un dogme : on y croit, et plus il est désavoué par le réel, plus il faut l’imposer par la force. Parce qu’il fait faillite aujourd’hui et que les eurolâtres continuent d’y croire, le Mercosur est devenu le symbole du « Nous l’imposerons malgré tout ! »

La gouvernance entend bien les voix des agriculteurs, mais elle considère que ce sont des lamentations secondaires. Ils y voient des catégories sociologiques déclassées, périmées. De là, entendre ne veut pas dire agir en conséquence, cela veut dire « On vous entend, calmez-vous un peu, démobilisez-vous s’il vous plait, arrêtez de perturber, rentrez chez vous, et quand vous serez rentrés chez vous on ne vous entendra plus ». Le « je vous entends » est une technique de marketing médiatique pour démobiliser des agriculteurs qui aujourd’hui deviennent une force politique qui fédère le peuple français dans un commun rejet d’un modèle. Quand le pouvoir a trop peur, il peut faire quelques concessions, lâcher une subvention, un chèque, « pour vous permettre d’assumer votre transition, mais on ne sortira pas du modèle qui vous a conduits à cette détresse. » Même s’il n’est pas seul facteur responsable, le mondialisme poussé à l’extrême a aujourd’hui engendré cette détresse de toutes les catégories sociales enracinées.

Vingt-cinq ans qu’ils y travaillent donc. Ce traité de mise à mort finale est l’aboutissement d’un long processus de harcèlement des exploitants agricoles locaux. Sacrifiés en 1914 sur les champs de bataille, ils le sont aujourd’hui aux intérêts supérieurs de la mondialisation. Poussés à l’arrêt de leur activité par la concurrence déloyale des produits importés, ils passeront de la ferme aux logements sociaux des banlieues et viendront grossir un prolétariat urbain dont ils finiront par adopter la mentalité.