L’ordre international de 1945 est mort

Depuis l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela, le « droit international » est dans l’air du temps. Mais en politique, les concepts ne vont jamais de soi. Quels sont l’origine et la fonction du droit international ? De quelle manière a-t-il pris forme ? 

Il n’est pas né d’une élaboration patiente qui viendrait des peuples qui y consentiraient, étape par étape. Le droit international tel qu’on le connaît aujourd’hui, c’est le produit juridique d’une technostructure mondialisée qui a imposé des normes à la tonne au fil des décennies, et des normes qui se présentent toujours à nous comme si elles étaient obligatoires, comme si elles allaient de soi et qu’il n’est jamais permis de les remettre en question parce que « c’est le droit international », comme on aurait dit autrefois « c’est parole sacrée, c’est la parole de Dieu, c’est le saint catéchisme marxiste », chacun avait sa référence pour nous dire là c’est parole sacrée, couchez-vous et taisez-vous. 

Il faut noter que ceux qui nous parlent sans arrêt aujourd’hui (à la faveur de l’affaire vénézuélienne) de droit international, prétendant défendre l’indépendance des peuples et la souveraineté des nations, sont les mêmes qui en temps habituel considèrent que la souveraineté de peuples et des nations est chose désuète qu’il faut laisser de côté pour que se construise toujours davantage l’ordre mondialiste. 

C’est au nom du droit international que les gouvernants européistes ont renoncé peu à peu à toute souveraineté, la mettant entre les mains de la machine de Bruxelles. On nous dit fréquemment que la France ne peut pas prendre telle ou telle décision pourtant essentielle pour elle-même, pour son identité, pour ses intérêts, parce que cela irait contre ses engagements selon le droit international, on comprend que tous les pays occidentaux ont construit une forme d’idole mondialisée : le droit international, qui justifie chaque fois la restriction du pouvoir démocratique des peuples, en matière d’encadrement des mouvements migratoires par exemple, ou des instances européistes. Qu’on ne s’y trompe pas, si l’on pense à l’architecture juridique, politique, institutionnelle mise en place depuis soixante ans, le droit européen est un étage du droit international, et tout ce qui n’est pas national est supérieur, le droit européen est supérieur au droit national, le droit international est supérieur au droit européen, le droit cosmopolite transcende absolument tout. Derrière cela il y a l’idée que le droit qui relève des nations, de la souveraineté populaire, est un droit périmé. 

La force de Donald Trump, c’est de nous dire aujourd’hui que le système international qui a été mis en place depuis 1945, et plus encore depuis 1989, est un système qui à l’origine nous avantageait peut-être, mais qui aujourd’hui s’est retourné contre nous, donc nous allons congédier ce système, nous ne ferons plus du droit international une vache sacrée, si nous considérons que ce droit international est contraire aux intérêts des Américains, eh bien nous allons nous en délivrer, nous allons nous délivrer de cette illusion juridique mondialisée, nous allons redonner du pouvoir au pouvoir, redonner une capacité d’action à la souveraineté, et si le droit international est devenu cette structure juridique incapacitante globale qui empêche l’Empire de se défendre, eh bien nous allons le congédier. L’ordre de Yalta, l’ordre de 1989 sont congédiés. 

En politique, c’est le plus fort qui l’emporte, certains peuvent se bercer d’illusions à ce sujet mais la réalité les rattrape toujours. Le propre de Donald Trump, c’est que c’est une force qui s’idéalise dans le rôle du plus puissant.  À l’inverse, les dirigeants d’Europe occidentale depuis 1945 se sont convaincus d’une chose : la puissance, c’est mauvais. Ces dirigeants ont programmé la neutralisation de leur existence nationale, de leur existence civilisationnelle, ils ont voulu se dissoudre dans l’universel, dans le droit, dans le cosmopolitisme, autrement dit ils ont programmé leur extinction parce qu’ils ne portaient plus la charge existentielle pour eux-mêmes. S’ils étaient les seuls visés par cette pulsion de mort, tout irait bien. Mais nous sommes là ! Et nous n’avons aucune raison de considérer que nous devrions disparaître avec eux à cause de leur faiblesse.