Après que l’Amérique de Trump ait déposé le dictateur vénézuélien Nicolás Maduro, il est peut-être utile de rappeler, notamment à ceux qui s’émeuvent à longueur de tweets sur le droit international bafoué, que l’exercice de la puissance par ceux qui en disposent est un état de fait aussi vieux que le monde. Qu’il est le seul état de fait qui soit constant dans l’histoire du monde en matière politique, depuis des milliers d’années. Que l’exercice de la puissance par ceux qui en disposent est une réalité observable dans absolument toutes les situations humaines et non-humaines. Jusqu’au règne bactérien en passant par les cours d’école ou par le monde de l’entreprise, chacun profite d’une faiblesse de l’autre pour le subjuguer d’une manière ou d’une autre.
Il n’y a que depuis que l’on se berce de naïveté et de candeur, que l’on théorise sur le « droit international », que l’on désarme nos sociétés européennes, convaincus de pouvoir jouir pour toujours des « dividendes de la paix », que l’on a aboli le tragique de nos vies et de nos sociétés, que l’on a prétendu faire table rase du passé y compris donc de l’Histoire, y compris donc des leçons de l’Histoire, que l’on se condamne à subir l’exercice de la puissance des autres et que l’on s’enferme comme en une prison dans le commentaire victimaire, éploré, académique et idéologique, et inutile.
Depuis cinquante ans et plus, l’Europe particulièrement s’est laissée bercer et endormir par ces rêveries de conte de fée. Elle a entraîné dans ses balivernes soporifiques des centaines de millions d’Européens incapables aujourd’hui de comprendre pourquoi et comment s’exerce le rapport de forces dans le monde réel, Européens qui se réveillent aujourd’hui comme des poussins apeurés et émus au milieu d’une arène de gladiateurs en plein combat et qui réalisent que l’Histoire du monde et des hommes n’a jamais cessé pendant leur hibernation mentale, et qui, devant le feu qui n’a jamais cessé, se trouvent aujourd’hui dans l’impossibilité de faire autre chose que des discours creux, des protestations morales inaudibles et des cœurs avec les mains pour appeler au retour de la paix et des bisous.
Il est sans doute très beau de rêver à la paix éternelle. Le crime impardonnable des dirigeants du continent européen depuis cinquante ans n’est pas d’avoir rêvé mais d’avoir eu la naïveté coupable de bâtir politiquement nos sociétés à partir de ces rêves qui n’ont jamais eu d’autres vrais moteurs que le déni pur et simple et le refus de voir le monde tel qu’il est, de croire le monde tel qu’il est, et d’avoir entraîné des générations entières dans l’abandon de leurs énergies vitales, dans le rejet de leurs instincts historiques, guerriers, virils, forts et puissants, et pour quoi ? Pour des concerts télévisés des Enfoirés, pour des rues Nelson Mandela et pour Mai-68.
Peu importe que cela nous déplaise que les puissants usent de leur puissance, peu importe que cela nous peine de constater que le « droit international » est une coquille vide pour baratineurs onusiens, c’est ainsi.
Johathan Sturel
