De Néron à Macron

Faut-il être haï ou aimé pour gouverner ?

C’est la question que Jean Racine place dans les dialogues entre Néron, Burrhus, et Narcisse dans sa pièces Britannicus. La gouvernance d’Emmanuel Macron, particulièrement dans la contestation actuelle, est le miroir de ces scènes de l’illustre dramaturge français : la tentation de s’engager dans la voie du comportement tyrannique (sous prétexte, pour l’actuel occupant de l’Elysée, de légalisme démocratique selon la lettre des institutions en cours, cela va de soi). Néron est en voie d’assassiner son frère Britannicus. Il évoque l’éphémère nature que peut avoir le pouvoir. Burrhus veut l’en dissuader. Narcisse l’y posse, l’incitant à ne pas tenir compte d’un peuple d’esclaves avec qui il faut se montrer dur :

Acte 4 Scène 3

NERON
Qui toujours enchaîné de la gloire passée
J’aurai devant les yeux je ne sais quel amour,
Que le hasard nous donne et nous ôte en un jour ?
Soumis à tous les vœux, à mes désirs contraire
Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire ?

BURRHUS
Et ne suffit-il pas, Seigneur, à vos souhaits
Que le bonheur public soit un de vos bienfaits ?
C’est à vous de choisir, si vous êtes encor maître.
Vertueux jusqu’ici vous pouvez toujours l’être.
Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus.
Vous n’avez qu’à marcher de vertus en vertus.
Mais si de vos flatteurs vous suivez la maxime
Il vous faudra, Seigneur, courir de crime en crime,
Soutenir vos rigueurs, par d’autres cruautés,
Et laver dans le sang vos bras ensanglantés.
[…]
Vous allumez un feu qui ne pourra s’éteindre
Craint de tout l’univers il vous faudra tout craindre,
Toujours punir, toujours trembler dans vos projets,
Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.

Acte 4 Scène 4

NERON
Mais de tout l’univers quel sera le langage ?
Sur les pas des tyrans veux-tu que je m’engage ?
Et que Rome, effaçant tant de titres et d’honneurs,
Me laisse pour tous noms celui d’empoisonneur ?

NARCISSE
Et pensez-vous, Seigneur, leurs caprices pour guides ?
Avez-vous prétendu qu’ils se tairont toujours ?
Est-ce à vous de prêter l’oreille à leur discours ?
[…]
Tant de précaution affaiblit votre règne,
Ils croiront, en effet, mériter qu’on les craigne.
Au joug, depuis longtemps, ils se sont façonnés ;
Ils adorent la main qui les tient enchaînés.
[…]