Les frères ennemis du monde sémite

Le contentieux entre Arabes et Juifs est connu. Querelle qui ne concerne pas le païen, mais dont il demeure intéressant de connaître les causes. Quelle en est la source ? La réponse à ces salades d’orientaux se trouve dans le Coran.

D’Adam à Abraham, les juifs ne sont pas impliqués dans l’accusation d’incroyance que contient le Coran et adressée à tout ce qui n’est pas musulman. Mais à partir d’Abraham, le peuple qualifié de rebelle à la foi « vraie » (l’islam) n’est autre qu’Israël, explicitement apostrophé dans bien des versets (débutant par fils d’Israël, souvenez-vous…), et implicitement désavoué dans l’ensemble des propos coraniques relatifs à l’Ancien Testament. Au fil des sourates, l’Israël historique n’échappe à aucune imprécation. Aux yeux des musulmans, ce peuple renégat du Livre dont Dieu l’avait gratifié est traité pêle-mêle de « rebelle, insoumis, négateur, idolâtre… il doute de la protection de Dieu, refuse de se prosterner, rompt le pacte… refuse d’entendre le Prophète, exige de lui des preuves et des signes, l’accuse d’affabulations, de mensonge, de sorcellerie… le trahit, le tue… ».

Par définition, avant Abraham, tête de lignée des hébreux, Israël n’est pas impliqué dans la rébellion des peuples contre le prophète des musulmans. Les patriarches, que le Coran appelle prophètes, sont tous considérés comme « croyants » exemplaires, mais toujours en butte, à partir d’Abraham, aux juifs historiques constamment caractérisés en tant qu’« incroyants », obstinés, maudits de Dieu, et par conséquent directement visés par les menaces et anathèmes de toutes sortes abondamment formulées au fil des sourates à l’adresse des « incroyants ». L’apostrophe « fils d’Israël… » revient quarante et une fois dans le Coran, suivie le plus souvent de reproches, invectives ou malédictions.

Les musulmans reconnaissent entièrement, dans les fables sémites de ces temps et de ces lieux, les histoires d’Alliance et de Promesse de Dieu faite à Abraham et à sa descendance, dont ils sont aussi les héritiers à travers Ismaël. Ils reconnaissent même la prééminence accordée à la descendance d’Israël, mais s’ingénient à montrer que cette descendance, privilégiée au départ, a trahi sa vocation. Le voilà donc, le cœur argumentaire du reproche fait aux juifs par les musulmans.

Les évocations bibliques du Coran ont une formulation bien particulière dont la fonction est double : récupérer la Torah, Livre sacré des Juifs, en tant que livre sacré de l’Islam (parce que pour les musulmans, la Torah comme l’Evangile chrétien c’est déjà le message du Coran donné par Dieu, mais qui a été falsifié), et dénoncer les juifs en tant que traîtres à ce Livre dont Dieu leur avait pourtant fait la faveur exclusive. C’est ce même discours, que le Colonel Kadhafi a adressé aux chrétiens et aux juifs lors de sa visite à Paris en décembre 2007, et que l’on peut résumer ainsi : « en définitive, vous êtes des musulmans depuis toujours mais vous l’ignorez et vous avez été trompés par des textes falsifiés. En conséquence, abandonnez ces versions falsifiées des écritures et revenez à la seule religion vraie, l’islam ». La ligne du Coran est d’affirmer que cette trahison rend caduque l’exclusivité juive et donne par conséquent à l’Islam vocation à recueillir légitimement la promesse, à devenir le « nouveau peuple élu ». Connaissant l’indéfectible attachement des juifs à cette prétention mégalomane et arrogante de peuple élu, on comprend l’âpreté du débat et la véhémence du discours caractéristique des évocations bibliques du Coran. Du point de vue musulman, l’indignité des juifs n’est pas que contemporaine, elle s’étend à toute l’histoire des hébreux depuis le temps d’Abraham.

Le débat avec les juifs qui étaient contemporains de la rédaction coranique occupe 173 versets, dont 130 dans les sourates II, III, V. L’Islam naissant cherche au départ à s’identifier au peuple juif, disant se situer dans le droit fil des révélations bibliques, qu’il ne fait que réaffirmer. Mais l’objection fondamentale faite aux juifs est que ceux-ci ne cessent d’ajouter du nouveau à la foi abrahamique et au message mosaïque (se référant au message religieux de Moïse), et qu’ils s’acharnent à en discuter les principes en se disputant sans cesse ; ils sont péjorativement qualifiés de « discuteurs ». Propos à rapprocher de la vision que les musulmans ont d’Abraham, donné comme exemple majeur de « muslim », dont l’exemplarité est vantée parce qu’il ne discute pas, ne cherche pas à comprendre, se soumet sans nuances ni réserves, se veut « esclave de Dieu », expression qui revient constamment dans tout le Coran, faisant figure d’idéal islamique, de typique conception musulmane de la relation de l’homme avec Dieu (muslim signifie soumis, résigné à la volonté de Dieu, et le prénom Abdallah signifie esclave de dieu). Pour revenir sur ces « discuteurs », il est vrai que de tous temps la communauté juive a connu des disputes et controverses entre écoles de pensée. C’était le cas au temps de Jésus, et les disputeurs n’étaient pas moins nombreux au VIIè siècle en Syrie et en Mésopotamie. L’islam prétend être entièrement fidèle au « Livre » au sens de Torah, considérant comme trahisons les arguties rabbiniques du Talmud, texte qui est postérieur. Le Coran accorde une prééminence absolue à ce qui est antérieur (en fait archaïque).

Dans ces salades monothéistes sémites où apparait la filiation incestueuse, la consanguinité entre islam, judaïsme et christianisme, la position du musulman par rapport au « message » du prétendu Dieu unique, c’est d’être un juif qui se veut « chimiquement pur », plus juif que le juif, le « fayot de la classe » dirait un enfant, à qui Dieu va donner le bon point. Position que les juifs ne peuvent admettre.