Selon une enquête récente du Cevipof relayée dans les pages du Figaro, 41 % des Français sondés seraient d’accord avec le fait d’avoir à leur tête un homme fort qui n’a à se préoccuper ni du parlement, ni des élections. Ces Français deviendraient-il étrangers à la démocratie ?
Ce chiffre n’est pas nouveau, il revient depuis une dizaine d’années, 41 % favorables à un régime d’ordre, face au bavardage parlementaire, face à la tyrannie des minorités, face au mouvement du monde qui semble échapper au politique, il y a presque un désir bonapartiste ou césariste, il nous faudrait un chef qui soit capable de reprendre les choses en main pour l’intérêt général, sans être exagérément tenu par des intérêts particuliers. Dans le contexte actuel comment comprendre ce chiffre ?
Il y a la farce parlementaire depuis la dissolution et même avant, il y a la farce budgétaire, il y a la toute puissances des minorités idéologiques, le pouvoir des cours, des hautes autorités, et en face il y a des situations qui se multiplient où le commun des mortels demande à vivre en sécurité, et si les grands démocrates interchangeables au pouvoir en sont incapables, alors serait-il possible d’avoir en lieu et place quelqu’un qui prendrait les décisions nécessaires sans être tenu par la nasse de contre-pouvoirs et d’entraves en place. On comprend ce qu’il y a dans cet esprit. Il y a aussi probablement l’expression d’un dégout pour la classe politique actuelle qui à l’échelle de l’histoire n’est pas la plus inspirante.
Mais il y a peut-être une erreur de compréhension dans ce désir d’un « régime fort ». Parce qu’un pouvoir autoritaire qui agit en fonction d’une vision propre sans tenir compte des préférences populaires, nous l’avons déjà ! Nous l’avons depuis un bon moment. Un pouvoir indifférent au peuple, indifférent aux résultats des élections, indifférent aux résultats des référendum, qui se dit démocratique mais agit de façon exactement contraire à ce qu’il prétend être, on connaît, on voit ça partout en Occident aujourd’hui.
Nous vivons dans un régime de plus en plus autoritaire, qui veut contrôler et rééduquer la population, qui veut imposer un changement de peuple par l’immigration massive que seules peuvent souhaiter des cervelles de renégats, l’argent de tout le monde est confisqué pour le redistribuer à la caste. Et la caste a peur du peuple. Quelle est l’histoire des dernières années dans le rapport au référendum ? Celui-ci est diabolisé, ils ne veulent pas du référendum, ils s’inquiètent du référendum. En Allemagne on veut interdire un parti d’opposition qui dérange parce qu’il pourrait être vainqueur. En Roumanie on annule une élection dont le résultat ne correspond pas au vœu des dirigeants de l’Union européenne. Ils censurent de plus en plus les opinions qui heurtent l’idéologie de la pensée unique. Ce que l’on voit derrière tout cela c’est qu’il y a une tendance autoritaire dans les pays de l’Union européenne et de l’Occident européen aujourd’hui. Et cet autoritarisme n’est pas bienveillant pour les peuples. Ce que demandent, ce que recherchent donc ces 41 % de sondés, c’est un pouvoir autoritaire bienveillant. Et ça peut exister, ça a existé, mais il n’est pas perçu comme tel, parce que le pouvoir malveillant a tout fait pour en donner l’image contraire.
Vous avez une image affreuse des trois régimes, fascisme, franquisme, hitlérisme, qui en Europe au XXe siècle se sont opposés au bolchevisme, parce qu’ils vous ont été présentés, avec leurs uniformes, leurs « bottes », comme des autoritarismes malveillants pour leurs peuples ? Rien de plus normal, les bolcheviques ont fait partie des vainqueurs de 1945, et ont implanté cette image négative de leurs ennemis dans toutes les têtes. Ce qui est un comble quand on sait combien l’autoritarisme communiste a été malveillant pour le peuple russe d’abord, avant de sévir sur d’autres peuples à travers le monde et faire au final 100 millions de morts victimes de son idéologie. Les vainqueurs de 1945 sont parvenus à faire croire que Adolf Hitler, Benito Mussolini et Francisco Franco avaient été des monstres pour leurs populations respectives. Il faut être bien ignorant de l’histoire de ces pays et de l’action de ces régimes pour avaler une pareille intox. Ils n’ont été durs qu’envers ce dont ils voulaient protéger leurs peuples, le communisme, les bolcheviques. En réalité, la politique de ces trois régimes désignés comme malveillants par les vainqueurs, a été au contraire économiquement et moralement bénéfique pour leurs peuples respectifs.
De même, la tyrannie a mauvaise presse. Une définition uniquement négative en a été donnée. Par qui et pourquoi ? Historiquement la « tyrannie » c’est l’alliance directe entre un leader et le peuple. À priori cela ne semble pas être quelque chose de particulièrement négatif, à la condition que ce leader soit bienveillant, ce qui est le cas sans quoi le peuple ne serait pas à son côté. C’est la nature de la relation dans la monarchie française, contre les autres puissants du royaume, ce qui évidemment ne peut pas être du goût de ces derniers dont le pouvoir se voit ainsi contesté par un roi porté par son peuple. Le schéma est le même avec les trois régimes diabolisés par les vainqueurs de 1945 : un leader, qu’il soit nommé führer, duce ou caudillo, en lien direct avec son peuple, qui écarte le parlementarisme. Or qui vit du parlementarisme dans le système « démocratique » ? La bourgeoisie, celle qui en France a fait 1789 contre Louis XVI qualifié par elle de tyran. Tout comme les grands féodaux, ducs et barons puissants n’avaient pas intérêt dans le principe d’une alliance directe entre le peuple et le roi, la bourgeoisie jalouse du pouvoir royal n’avait pas davantage intérêt que les grands féodaux à cette alliance. Et la bourgeoisie, républicaine désormais, tient toujours la France depuis 1789, et elle vit du parlementarisme. Il est donc logique qu’elle ait diabolisé le principe d’une gouvernance directe du peuple par un leader, et inventé le parlementarisme parasite qui se place en intermédiaire.
Dans la Grèce antique, l’exemple marquant est celui d’Athènes, ville fondée selon la Tradition, au Xème siècle avant l’ère vulgaire, par Thésée. Monarchie à l’origine, la ville adopte un régime aristocratique vers l’an 750 avant d’évoluer vers la tyrannie – vers l’an 561 se met en place la tyrannie des Pisistratides, Pisistrate, Hipparque, Hippias. La période tyrannique assure la prospérité et le développement. Les Pisistratides eurent à cœur d’accroître le prestige de la cité : constructions publiques (dont le grand temple d’Athéna sur l’Acropole), mécénat (naissance de la grande sculpture attique, édition des poèmes orphiques et des poèmes homériques), exaltation des dieux qui patronneront la religion athénienne, Athéna et Dionysos… On a vu pire comme bilan d’une autorité « malveillante ».
