Les ONG, « organisations non gouvernementales » sont les blanches mains du bien, les courroies de transmission de l’empire du bien, les mille et une officines qui sécrètent, concrètement, la gouvernance globale. Le Bien avec un grand B s’incarne en elles. Il n’y a qu’à lire leur notice Wikipédia. On y apprend dès l’introduction que quatre choses caractérisent l’ONG, son but non lucratif, son indépendance financière et politique, son souci de l’intérêt public. D’emblée, le mensonge est là, sur au moins deux de ces affirmations, son indépendance financière et politique. Car comme en toute chose, qui paie ordonne. Ce que valent ces affirmations d’indépendance, on le verra en effet plus loin, mais les intentions affichées sont claires, les ONG se posent en chevaliers blancs par opposition aux États et à leurs magouilles douteuses, leur lourdeur, leur insensibilité, leurs intérêts courts, leur violence. Elles ont lutté et luttent pour la paix, le désarmement, le développement durable, l’humanitaire, les droits de l’homme, des enfants, des femmes, l’éducatif, le caritatif, la submersion migratoire extra-européenne, contre l’esclavage, la faim, les maladies, les discriminations, les dictatures. Les ONG, sont les parangons de l’engagement vertueux. Précision importante : l’analyse de leur rôle ci-après vaut, s’agissant des États-Unis, pour la gouvernance antérieure à Donald Trump. L’avenir nous dira si un changement de rapport aura eu lieu entre les ONG et le nouveau pouvoir fédéral américain.
La qualité d’ONG est attribuée, ou non, par une commission permanente qui fait partie du Conseil économique et social de l’ONU. Il va de soi que seules les organisations soumises, en apparence du moins, à l’idéologie de l’ONU reçoivent le label ONG. D’ailleurs le terme organisation non gouvernementale n’est entré dans le vocabulaire qu’avec la fondation de l’ONU, dans le cadre du développement transnational et supranational qui a suivi la seconde guerre mondiale. Il s’agit donc d’une création new-yorkaise qui s’inscrivait alors dans le plan de condominium américano-soviétique de Franklin Roosevelt.
Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, explique : « Dès la mise en place du nouveau système en 1945 avec les Nations unies, les ONG en font partie. Leur nom même, organisation non gouvernementale vient des États-Unis, par opposition aux OIG, les organisations intergouvernementales. L’association ONG-organisme internationaux est inscrite dans l’histoire, même si ce n’est qu’à partir des années 1990 que des ONG ont été invitées à s’exprimer au Conseil de sécurité, ce qui est désormais une pratique courante. Je n’y vois pas une rupture, mais une continuité. Plus il y a d’activités internationales, plus il y a d’ONG, et plus il y a d’ONG plus elles sont écoutées dans le système international ordonné. »
Reconnues par le fait du prince, adoubées par les médias qui tressent leurs louages, les ONG n’ont pas de définition juridique bien précise. Leur financement est fort variable, les dons des particuliers s’y mêlent à ceux des fondations et les subventions publiques. Le coût des opérations pour attirer cet argent à soi, étudié de près en Suisse où le bien et l’humanitaire sont un business particulièrement actif, s’élève parfois jusqu’à 30 % à 50 % des fonds récoltés. La plupart des ONG masquent ce coût en le noyant dans d’autres lignes budgétaires. D’autre part, l’indépendance financière proclamée n’a souvent aucune réalité. L’idéologie du payeur s’impose, comme nous le disions en introduction, mais de toutes façons, l’ONG la partage. Mais le flou juridique qui caractérise les ONG et les controverses sur l’origine de leur financement ne les privent nullement de leur image de chevalier blanc entretenue par les médias et d’un poids politique certain.
La présence et le poids des ONG s’est accentué, et les États-Unis sont les grands organisateurs de ce rapport de forces. Les plus puissantes ONG sont américaines ou dans la main des Anglo-Saxons. Greenpeace, Save The Children, le Rotary, le WWF, Amnesty International… Voilà vingt ans, le budget des ONG américaines s’élevait à 16,2 milliards de dollars contre 19,6 milliards pour l’Aide fédérale aux pays en voie de développement. Aujourd’hui, on parle du chiffre fabuleux de plus de 300 milliards. Rien n’est trop beau pour l’action subversive que l’on fait mener à ces organisations faux-nez du mondialisme. Ce trésor « privé » vient en fait des grandes fondations, de Gates à Soros en passant par Google et même Facebook. Il s’agit donc moins de générosité publique que de politique dite philanthropique. Les ONG agissent en fait en agences d’État. L’un de leurs traits essentiels tien sans doute en la complémentarité qu’elles emploient à construire avec le gouvernement fédéral américain. Celui-ci, qui de longue date s’est rendu compte de l’intérêt de la sous-traitance, est même prêt à financer en partie leurs charges de structure. Même si certains y perdent probablement une partie de leur liberté, la majorité d’entre elles n’hésite pas à déroger au principe non gouvernemental d’indépendance financière.
C’est d’autant plus important que, la plupart du temps, les ONG travaillent en réseau sur un domaine bien défini. Il suffit donc que quelques ONG soient solidement tenues pour que, par un formidable effet de levier, celui qui les tient dispose d’un immense réseau d’agents parfois involontaires et même inconscients de ce qu’ils font et sont, les « idiots utiles » chers à la formule de Lénine. La plupart du temps, ces réseaux travaillent à long terme à un bouleversement complet mais lent des sociétés qu’ils pénètrent par le biais de l’éducation et de l’humanitaire.
En dehors de l’action culturelle et véritablement humanitaire de certaines, comme le Rotary (qui paraît inoffensive par ses côtés mondains et irrémédiablement cul-culs), d’autres agissent plus directement en lien avec l’action subversive des services secrets dans le jeu politique en tant que supplétives des intérêts mondialistes. On les a retrouvées dans toutes les opérations d’ingérence, les « printemps arabes » et autres « révolutions de couleur » fomentées dans le passé à travers le monde par les États-Unis, jusqu’en Ukraine bien évidemment à l’époque du « Maïdan » en 2013-2014. Dans une analyse de 2006 sur les ONG internationales américaines dans les révolutions à l’Est depuis les années 2000, la gauchiste américaine Sarah Flounders, cadre de l’International Action Center, une association « anti-impérialiste », évoquait les efforts de Vladimir Poutine pour contrer la stratégie américaine par une loi réglementant les ONG. Selon Sarah Flounders, « le nombre même des organisations dénommées ONG ainsi que de celles bénéficiant d’un financement de l’étranger est stupéfiant. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, des centaines de milliers d’ONG sont apparues en Russie. Des députas de la Douma affirment que plus de 450.000 ONG sont actives en Russie à l’heure actuelle. Le Yale Center for the Study of Globalization va encore plus loin puisque d’après lui il y a plus de 600.000 organisations non gouvernementales, non commerciales en activité en Russie. Il y en a probablement autant qui fonctionnent dans le pays sans enregistrement officiel. » Quoi qu’il en soit de ces chiffres extraordinaires, un quart des ONG opérant en Russie recevait de l’argent de l’étranger.
En tête des soldats de la « démocratie » mondialiste se trouvent les ONG spécialisées dans les droits de l’homme. La stratégie mondialiste vise d’abord les jeunes qui doivent servir de locomotive au changement et de béliers contre les gouvernements existants. Une partie importante des fonds des milieux d’affaires américains est destinée à la création de mouvements de jeunes. La Fondation Soros, USAID et la NED (National endowment for Democracy) ont financé le groupe serbe de la jeunesse Otpor et son équivalent russe Oborona. Les jeunes en question ont reçu une formation spécialisée et des séminaires à Budapest (patrie d’origine de György Schwartz, véritable nom de George Soros), avec tout un matériel (T-shirts, autocollants, affiches, location d’un bureau et création d’un journal) qui joua un rôle capital dans le renversement du gouvernement Milosevic. En Géorgie, la Fondation Soros a donné 4,6 millions au groupe de jeunes Kmara, qui s’avéra une arme de premier ordre contre le gouvernement. En Ukraine, Soros a donné 7 millions à Pora, un autre groupe de jeunes. (voir notre autre article Un peuple qui empêche le monde de dormir, répertorié dans la thématique Mondialisme, Cosmopolitisme).
Jusqu’à l’arrivée de Donald Trump, une part importante du financement étranger des ONG provenait directement de sources américaines ainsi que du programme TACIS de l’Union européenne. USAID, le National Endowment for Democracy, l’International Republican Institute, le National Democratic Institute for International Affairs et Freedom House sont intervenus directement. Des millions de dollars proviennent de fondations représentant les intérêts des milieux les plus fortunés, telles que celles de Ford, MacArthur, Carnegie, Rockefeller et Soros. Ils ont été dépensés avec succès dans les révolutions de couleur, la révolution des roses en Géorgie (2003), la révolution orange en Ukraine (2005), et la révolution des tulipes au Kirghizstan (2008). C’est la fortune au service de l’ingérence et de la subversion.
Le premier président de la NED, Allen Weinstein a admis que l’organisation qu’il a dirigée a fait ce que faisait la CIA il y a quarante ans. La NED fut conçue à l’origine comme une fondation quasi gouvernementale par laquelle transitaient des fonds gouvernementaux à destination d’ONGI (ONG internationales) telles que le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), la International Foundation for Electoral Systems (IFES), le International Research and Exchanges Board (IREX) et Freedom House. L’Ambassade américaine au Kirghizstan travaillait étroitement avec des ONG comme Freedom House ou la Fondation Soros – fournissant des générateurs, une presse typographique et de l’argent pour maintenir la pression des manifestants jusqu’à ce que le président Akaïev s’en aille. Des informations sur les endroits où les manifestants devaient et sur ce qu’ils devaient apporter étaient propagées par des stations de radios et de télévision financées par le Département d’État.
Les leaders politiques renversés – tout particulièrement Edouard Chevarnadze en Géorgie et Leonid Koutchma en Ukraine – semblaient pourtant au mieux avec les États-Unis d’alors. Les deux avaient mis en œuvre des politiques pro-américaines. Ils avaient favorisé l’adhésion au « Partenariat pour la Paix » de l’OTAN et consenti à envoyer des troupes en Irak. Ils furent virés cependant dès qu’on sentit chez eux une velléité d’autonomie. Leurs successeurs, Mikhaïl Chakachvili en Géorgie et Viktor Iouchtchenko en Ukraine, avaient servi dans leurs gouvernements respectifs. Pour la cérémonie d’investiture du président ukrainien Iouchtchenko, l’ancien Secrétaire d’État Colin Powell, l’homme du coup de la fiole exhibée à l’ONU, déclara qu’il était « fier d’avoir été associé aux deux événements » – tant en Géorgie qu’en Ukraine. La révolution de la place Maïdan, pilotée par les services américains et soutenue par l’Union européenne et l’installation d’un oligarque favorable au mondialisme occidental, en attendant l’entrée sur la scène du funeste Zelensky, relèvent de la même stratégie. Iouchtchenko fut jeté dès qu’il fut trop compromis et chercha à se raccrocher à la Russie.
Des scenarii ont eu lieu ailleurs, et se reproduiraient en Europe si par miracle un gouvernement nationaliste accédait au pouvoir. Toutes les ONG des droits de l’homme, caritatives, ou éducatives, se lèveraient contre le « fascisme » pour rétablir la « démocratie », sous l’impulsion des leaders du mondialisme et de leurs services.
