Le socialisme contre la gauche

On peut dater le divorce entre les classes populaires et le Parti socialiste à 1983, avec le ralliement effectué par la gouvernance Mitterrand au libéralisme économique. C’est là que la gauche entreprend progressivement un virage qui la fait s’éloigner lentement des classes populaires ouvrières, avec en conséquence ces dernières qui se sentant trahies délaissent les partis de gauche, que ce soit le PS ou le PCF, pour aller se droitiser voire voter pour le FN puis le RN.

Est ensuite venu le rapport du think-tank socialiste Terranova en 2011 qui fit couler beaucoup d’encre, s’interrogeant sur l’électorat vers lequel se tourner pour envisager une victoire en 2012, et préconisant au Parti socialiste de cesser d’être obsédés par les classes populaires « puisqu’elles ne votent pas pour nous », pour se tourner vers un nouvel électorat composé des diplômés, des jeunes, des minorités des quartiers populaires, des femmes « libérées », des bobos urbains, des métrosexuels, des gay, tous unifiés par des valeurs culturelles et progressiste. Vision absurde qui supposerait qu’il n’y a pas de jeunes, de femmes, dans les classes populaires.

Celui qui a été abandonné et trahi non seulement par les socialistes mais aussi par tout ce qui a fait la macronie, les propos méprisants de Benjamin Griveaux sont là pour le rappeler (les « Français qui fument des clopes et roulent au diesel ») tout comme ceux d’Emmanuel Macron à diverses occasions, c’est le Français bien décrit et analysé en 2014 par Christophe Guilluy dans son livre La France périphérique. C’est aussi le Français caricaturé sous la figure du beauf, une création du dessinateur Cabu au début des années 1970, un personnage un peu bedonnant, moustachu, au visage grognon, représenté à table avec ses litrons de gros rouge ou sans arrêt vautré devant sa télé avec sa femme, à débiter des « propos de comptoir » et des remarque souvent misogynes, racistes, tendancieuses sur la Deuxième Guerre mondiale. Ce beauf-là, c’est vraiment l’incarnation de la France du « rouge qui tache ». Dans cette représentation du beauf, il y avait trois choses à la fois : d’abord une moquerie des habitudes associées aux classes populaires ; ensuite une critique de certaines opinions politiques ; enfin une critique un peu plus fine de la société de consommation. Mais ce qui posait problème dans le beauf, c’est qu’il définissait l’incarnation de la connerie. Or, croire que la connerie serait limitée à une classe sociale plutôt qu’aux autres, qu’une classe sociale aurait le monopole de la connerie relève de la bêtise la plus absolue. Si bien que Cabu lui-même fit évoluer son personnage et se mit à représenter le beauf comme quelqu’un de plus aisé, montrant qu’il y a des beaufs dans toutes les classes sociales, le « beauf à katogan ». 

Il n’y a pas à notre connaissance meilleur illustration du divorce entre les classes populaires et la « gauche caviar » incarnée par le Parti socialiste dont le gros des troupes a migré vers le parti artificiel constitué pour l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, que l’excellente vidéo de présentation du n° 142 de la non moins excellente revue Éléments, intitulée le socialisme contre la gauche, aux images tout à fait explicites : cliquez par ici.