L’occupant de l’Élysée, la presse écrite, et la liberté d’expression

S’il est des sujets sur lesquels Emmanuel Macron fait preuve d’une constance de fer, obsessionnelle, ils sont au nombre de deux : l’Union européenne, et le musèlement de l’information.

On se souvient de la loi Avia qui voulait lutter contre le « contenus haineux » sur Internet, elle a été promulguée en 2020. On se souvient évidemment des États généraux de l’Information (2023 et 2024). Encadrer, le mot est pudique, la liberté de la presse et les réseaux sociaux, c’est vraiment un souci constant chez lui, avec des pics en période de ce qu’il déclare être la guerre, période sanitaire ou autre, et dans ces cas-là on dénie à quiconque le droit de poser la moindre question sans quoi vous êtes coupable soit d’intelligence avec l’ennemi ou d’irresponsabilité. 

Si l’on peut dire que ses deux quinquennats n’ont pas été marqués par des grands succès dans certains domaines, en cette matière on peut dire que c’est un vrai succès, c’est sous son règne que l’on a fermé une chaîne de télévision, C8, et rappelons qu’à la présidentielle de 2022 100 % de la presse écrite nationale, oui vous lisez bien, on ne le répète pas assez, des journaux religieux aux sportifs, de La Croix à L’Équipe en passant par Le Figaro et Libération, ont appelé à voter pour lui, pour le président sortant. Normalement un titre de presse n’est pas censé appeler à voter pour quiconque, mais tout le monde s’est senti obligé d’une façon ou d’une autre de faire cette petite génuflexion, ça a été unanime. Prenons un peu de recul : une presse écrite qui soutient à 100 % le président candidat à sa propre réélection, et une chaîne qui est brutalement fermée parce qu’elle ne plait pas au pouvoir… il faut se rappeler que nous ne sommes pas en URSS, nous sommes en France, mais manifestement aujourd’hui c’est tout comme. 

C’est d’ailleurs bien une méthode d’inspiration soviétoïde que propose Emmanuel Macron avec son « Label » désignant ceux décrétés fiables parmi les acteurs de l’information, ce qui n’est rien de moins que le ministère de la Vérité dans 1984 de George Orwell, parce que l’on pourrait convenir d’appeler ce Label pour les « bons médias », les médias dignes de confiance, la Vérité, du temps de l’Union soviétique c’était la Pravda.

Alors pour prétendre échapper à l’accusation d’arbitraire du pouvoir, ce Label ne serait pas décerné par le gouvernement mais par « professionnels des médias qui puissent dire ce qui correspond à la déontologie du secteur ». La question que tout le monde se pose évidemment est qui sont ces professionnels ? Le démocrate en chef de l’Élysée y répond en citant une initiative de l’ONG Reporters Sans Frontières, la « Journalism Trust Initiative » (JTI), dont Emmanuel Macron dit qu’elle a été consolidée par les États généraux de l’information, qui existe donc déjà pour les médias, et qui pourrait être étendue aux réseaux sociaux et aux « influenceurs » (toujours comique ce terme, comme si les médias systémiques au service du pouvoir, ceux qui ont à 100 % appelé à sa réélection comme rappelé plus haut, ne passaient pas leur temps à influencer l’opinion !). Et en France qui sont les lauréats de cette JTI ?… ne riez pas, Arte, l’AFP, France Télévisions, et depuis 2025 Radio France dont le site web a communiqué de façon très fière sur cette « certification » portée par Reporters Sans Frontières et reconnue par la sacro-sainte Union européenne, ce qui est « une reconnaissance majeure de l’excellence, de la rigueur, des processus éditoriaux des antennes du Service public » (dixit Radio France). C’est un « repère fiable » pour les citoyens. Il est vrai que comme parangons de la neutralité pour décerner ce « Label », Reporters Sans Frontières c’est vraiment l’idéal. Du temps de son fondateur Robert Ménard (aujourd’hui maire de Béziers) ils s’accrochaient avec leurs banderoles à Notre Dame ou à la Tour Eiffel pour protester contre le « musèlement de la presse en Chine ». Aujourd’hui, dirigée par Pierre Haski ancien maoïste, ancien du journal Libération, fondateur de Rue 89, si Reporters Sans Frontières s’accroche à quelque chose, c’est à son fauteuil confortable et à ses privilèges en travaillant au musèlement des médias qui ne sont pas dans leur droite ligne. Reporters Sans Frontières veut appliquer en France la censure qu’il prétend combattre partout ailleurs dans le monde.

En dehors de Reporters Sans Frontières, on imagine la longue liste de « professionnels de l’information », des vieux mandarins du métier, qui pourraient décerner ce « Label », tous les Grand timoniers du Service public qui se donnaient des allures d’objectivité quand ils avaient le monopole, sans que le public s’aperçoive à l’époque qu’ils étaient si idéologiquement marqués, tous idéologues du même bord : l’extrême-gauche. Citons Christine Ockrent, Jean-Michel Aphatie, Bruno Masure, Anne Sinclair, et tant d’autres. En fait, le fameux « brainwashing » dont parle Emmanuel Macron, il était là ! Ou pour le dire autrement la voix du Système s’auto-congratulant en vase clos. Ceux qui labelliseront sont donc juge et parti. L’intensité avec laquelle ce pouvoir se fout de la gueule du monde ne faiblit jamais.

On demande aux Français de croire sur parole, sur leur « bonne tête », des médias dont ils savent de façon certaine qu’ils ont déjà menti. On peut prendre quelques exemples récents : quelle Radio France fallait-il croire, celle du 13 septembre 2015 qui, bravache, écrivait sur son site s’agissant des vagues des vagues migratoires syriennes « Réfugiés : le fantasme de l’infiltration terroriste » – fantasme forcément d’extrême-droite – ou bien la Radio France du 15 novembre 2015, soit deux jours après les attentats du Bataclan, qui subrepticement, sans rien dire à personne, a changé le titre de son article soudain beaucoup moins bravache en « Des terroristes parmi les migrants ? ». On venait de se rendre compte que parmi les terroristes du Bataclan il y avait des auteurs qui étaient venus via cette fameuse voie migratoire syrienne dont ils avaient affirmé qu’elle était un « fantasme ». On peut prendre France Télévisions, détentrice elle aussi de ce précieux Label : quand s’agissant du meurtre de Crépol Patrick Cohen parle de « rixe », faut-il le croire absolument, tout de suite, et tant pis si ensuite l’Arcom le retoque ? Mais ils ont le « Label » !

On voit bien que dans ce cadre médiatique français tout Label prétendant trier le bon grain de l’ivraie serait nul et non avenu, il n’aurait qu’un seul but, faire en sorte que certains choix éditoriaux soient largement écartés, que les faits de société soient considérés comme des faits divers, à la rubrique des chiens écrasés, etc. Bref, ce Label serait un outil contre ceux qui empêchent la désinformation officielle de se poursuivre librement.

On est fatigués de baigner dans tant de malhonnêteté française.