Bien évidemment non. Et il est temps d’ouvrir les yeux sur cette tromperie. Cela surprendra évidemment ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de sortir des belles fables que les programmes scolaires et l’oligarchie politico-médiatique ont implanté et ne cessent d’entretenir dans leurs têtes, mais nous n’avons jamais été en démocratie en France. La « représentation » nationale républicaine parlementaire établie à la Révolution n’est qu’une escroquerie, nous allons le démontrer, conçue comme telle dès ses origines. En attestent deux éléments, dont la connaissance n’est pas évidente puisque la plupart des gens ne se penchent pas sur le droit constitutionnel, mais qu’aucun esprit honnête ne peut contester. Le premier très explicite, le second demandant un peu d’éclairage. La Révolution elle-même a été une entreprise d’escrocs, un coup d’Etat que George Sand a très lucidement qualifié de simple « changement de propriétaire ».
Le facteur fondamental assurant le maintien en place du système, c’est la participation électorale, qui permet à la camarilla politique de parer son action de légalisme et prétendre à la légitimité, selon le code électoral en vigueur, en obtenant la « caution » du vote. Raison pour laquelle nos politiques et journalistes se lamentent et commentent tant à chaque scrutin sur le taux d’abstention, lequel menace la viabilité de la machinerie mise en place par les hommes de 1789.
Pour la bonne forme, rappelons que selon le sens commun, on se choisit un représentant parce que ce qu’il a proposé correspond à ce que l’on souhaite, à ce à quoi l’on adhère, non parce qu’il est porteur d’idées contraires. Deux éléments avons-nous annoncé, attestent de l’escroquerie démocratique en France. Le premier, ce sont les mots de l’une des icônes du panthéon républicain, Condorcet, en 1793 devant la Convention : « Le peuple m’a envoyé pour exposer mes idées, non les siennes, l’indépendance absolue de mes opinions est le premier de mes devoirs envers lui ». Mots que tout sceptique peut vérifier à la source, aux Archives de l’Assemblée nationale (et qu’il faut relier au second élément). C’est très clair Condorcet estime donc ouvertement ne pas représenter ceux qui l’ont désigné, mais être là pour exposer uniquement ses opinions indépendantes. Et si les idées de celui qui est élu sont finalement, dans leur discrète application, différentes des opinions de ceux qui l’ont choisi ? Magnifique illustration du cynisme politique et de la forfaiture sur laquelle repose tout l’édifice démocratique contemporain. On n’a probablement pas conçu dans l’histoire une plus grosse tromperie que celle faisant croire au peuple qu’il est représenté et que sa voix est entendue dans ce système.
Les mots de Condorcet sont une chose, mais ils ne suffisent pas, il faut à l’opération une assise juridique. C’est là qu’entre en jeu la Constitution. Le second élément, ce sont les cinq mots (si peu !) qui forment le premier alinéa de l’article 27 de la Constitution du 4 octobre 1958 (reprenant celle de 1791) : « Tout mandat impératif est nul », ce qui veut dire en langage clair qu’un mandat qui serait donné avec ordre (d’où le terme impératif) de défendre les choix et opinions des mandants, ne peut avoir aucune valeur légale (d’où le terme nul). Il pèse donc sur le parlementaire une interdiction légale, prévue par le plus haut texte du pays, de faire spécifiquement ce que souhaitent ses électeurs. Cela ne nous est jamais dit. A quoi sert donc d’avoir un représentant ? L’argument invoqué en revanche, que nous avons tous appris à l’école, c’est que le parlementaire agit au nom du concept de « Nation », laquelle exprime la « volonté générale », qui ne sont que de bien pratiques abstractions pour escamoter le peuple, tout en faisant croire à la « souveraineté » de ce dernier, souveraineté populaire qui n’est que l’appât flatteur convainquant le pigeon d’aller donner sa caution, souveraineté qui dans les faits n’a donc jamais existé.
Le ressort principal de la manipulation est que plus c’est gros, plus ça passe, même si c’est découvert par la suite, parce que l’homme de la rue est incapable de concevoir que l’on puisse à ce point se moquer de lui, le reconnaître serait douloureux pour son ego, si modeste soit celui-ci. Il n’est jamais agréable de s’apercevoir que l’on a été pris pour un con et dupé avec tant de culot et de facilité. Le réflexe protecteur est donc de nier les vérités et les évidences lorsque l’on y est confronté. C’est ce que font la plupart des gens, c’est plus confortable pour la tête. Et puis, « les députés sont nos représentants », c’est dit et répété par tout le monde, ça ne peut pas être faux. En conséquence de quoi le votant qui est toujours dans la Matrice ne veut pas entendre ces arguments. L’odieux du fait que l’on ait pu à ce point abuser de lui, sur un sujet aussi important à ses yeux, lui est insupportable. D’où sa persistance à urner pour désigner son « représentant ».
Au-delà de la sphère parlementaire, lorsque Emmanuel Macron décide de faire un don de douze milliards d’euros aux pays africains ou d’expédier de l’armement en Ukraine, c’est sa décision à lui seul, pas celle des Français. La vraie démocratie, c’est le referendum. Sans être applicable à tout, il pourrait être pratiqué plus souvent au plan national, et beaucoup plus fréquemment dans la gestion au plan local, à la Suisse. Mais on sait combien sa pratique est niée, et rendue volontairement compliquée par un pouvoir dont ce n’est pas l’intérêt. Accepter la pratique référendaire constituerait bien sûr un bouleversement dont ceux qui ont fait profession du rôle d’élu dans le régime actuel empêcheront l’avènement aussi longtemps qu’il leur sera possible et par tous les moyens. Il faudra le leur arracher. Ils ne se laisseront pas déposséder sans broncher du pouvoir dont ils prospèrent. Nous vivons donc en réalité sous une conduite à masque démocratique. La question se pose alors de couper avec la pièce de théâtre électoral dans ses dispositions actuelles. Accepter de cautionner ce système, dans ses règles déloyales, pose un cas de conscience évident à tout esprit honnête. Les plus explicites parmi les opposants à cette escroquerie diront : « si vous rejetez la peste, n’en cultivez pas les rats ».
Pour reprendre Robert Steuckers, une cité, au sens classique du terme, n’est démocratique qu’aux seuls modes helvétique ou scandinave quand tout va bien, qui use toutefois de l’autorité quand le danger pointe à l’horizon. Les autres acceptions de la « démocratie » ne sont en rien démocratiques, ne sont rien d’autre qu’un écran de fumée pour camoufler des dictatures non personnelles masquées, celles des lobbies et des loges, et des dictatures « oligarchisées », qui confisquent la parole aux peuples.
