Différenciations sexuées

Durant des centaines de millénaires, à travers leurs lointains ancêtres, les hommes de toutes races ont été façonnés par la chasse, activité nourricière principale, nécessaire à la survie. Contraint de poursuivre ses proies mais aussi de se défendre contre plus fort et mieux armé que lui, le chasseur primitif a développé des qualités spécifiques qui sont entrées dans le capital génétique de l’espèce. Avant que n’intervienne la guerre, la chasse a fait du mâle un solitaire, même dans les actions concertées avec ses congénères au sein du clan. Pour ce « singe nu », moins rapide à la course que le renne ou le lièvre, moins armé que le loup ou le chacal, la chasse exige de la réflexion, de la ruse, du silence. Il en est resté quelque chose dans le comportement masculin.

Vivant dans la steppe ou la savane, en espace découvert, il lui fallait nuit et jour veiller pour nourrir les siens, leur assurer un gîte sûr, soigner et protéger les enfants. Le petit du lion et celui du loup, un an après leur naissance, peuvent suivre leurs parents à la chasse et se tirer d’affaire. Mais le petit de l’homme a une maturation lente. Pendant des années, il est exposé à toutes les menaces. Il avait donc besoin d’un espace protégé où il puisse être allaité, ramper, faire ses premiers pas, découvrir d’autres enfants, recueillir l’expérience et l’acquis des adultes. Cet espace devait être défendu. Les mêmes étant tout le jour sur le terrain de chasse, cette tâche incombait aux mères. Au sens propre, au moins dès que l’on maîtrisa le feu, la femme devint la gardienne du foyer et cela sans interruption sur des centaines de millénaires. La nécessité vitale de défendre l’aire de reproduction contre toute incursion a fait d’elle un être aussi agressif que le mâle quand il le faut, tout en établissant la polarité des fonctions dans le couple humain. A la différence du mâle, voué au silence et à l’action solitaire, les femmes du clan vivaient ensemble, partageaient émotions et confidences, bavardant, s’entraidant. 

Il est facile de comprendre que, dans un passé très lointain, la guerre est née des tentatives d’un groupe affamé pour empiéter ou s’emparer du territoire giboyeux d’un autre clan. Le conflit pouvait également surgir de l’intrusion de pillards à la recherche de filles nubiles, ou encore des vendettas que ces razzias faisaient surgir. La pulsion de la vie poussait à défendre impitoyablement le territoire et les femmes. Le combat renforçait la cohésion du groupe. Il valorisait les mâles vainqueurs aux yeux des épouses et des filles. Il consacrait les survivants. Nous provenons de ceux qui ont survécu.

Chez l’homme, chez le mâle, le goût de la guerre est frère de la passion chasseresse. Ce sont les deux activités primordiales constitutives de la masculinité. Ce sont elles que les femmes longtemps ont célébrées, jusque dans l’amour courtois. Comme la chasse, la guerre était une fête. Une fête dangereuse et cruelle, mais une fête. En l’honneur de laquelle les guerriers s’affublèrent des parures les plus éclatantes. 

Bien entendu, ni la chasse ni la guerre n’ont créé les différences de mentalité et de sensibilité entre les sexes. Visibles déjà dans le monde animal, ces différences ont seulement été confirmées génétiquement et culturellement. Les hommes et les femmes pensent et sentent différemment. Les deux sexes sont opposés dans la façon de percevoir, de réagir, de communiquer, d’aimer. Leur « code » d’expression est fondamentalement différent au point d’être incompréhensible par l’autre sexe. D’une façon générale, au sein du couple, les rythmes ne sont pas accordés, plus fougueux chez l’homme, plus lents chez la femme.

Dominique Venner – Histoire et tradition des Européens – extraits.