Chez nous un homme ça s’empêche. Mais ailleurs…

Dans son livre Quelques réflexions blasphématoires (Éditions Chambon), le philosophe Slavoj Žižek voit dans le voile islamique le symbole d’une culture d’obsédés sexuels. Extrait :

Ce besoin de voiler les femmes des pieds à la tête suppose un univers extrêmement sexualisé, dans lequel le simple fait de croiser une femme est une provocation à laquelle aucun homme ne peut résister. Si la répression est si forte, c’est parce que le sexe lui-même est un élément fort – mais quelle est cette société dans laquelle le clac-clac d’une paire de chaussures peut faire exploser les hommes de désir ? Il n’y a rien d’étonnant à ce que Freud rapporte, au cours de l’analyse qu’il fait de son propre oubli du nom Signorelli dans Psychopathologie de la vie quotidienne, les confidences d’un vieux musulman de Bosnie-Herzégovine – il n’y avait rien de meilleur dans la vie que les plaisirs sexuels : « Tu sais bien, Herr (Seigneur), que lorsque cela (le sexe) ne va plus, la vie n’a plus aucune valeur. »

L’indulgence à l’égard des violeurs dans les pays musulmans semble donc partir du principe qu’un homme qui viole une femme y a été contraint par la séduction (la provocation) qu’elle a exercée sur lui – une telle lecture du viol n’est pas rare dans les médias. À l’automne 2006, les propos du cheikh Taj Din al-Hilali, le plus haut dignitaire musulman australien, ont provoqué un tollé, à la suite de l’emprisonnement d’un groupe de musulmans pour viol collectif : « Si vous mettez de la viande sans emballage dans la rue (…) et que les chats viennent la manger… À qui la faute ? aux chats ou à la viande sans emballage ? La viande exposée, voilà le problème. » La nature explosive et scandaleuse de cette comparaison d’une femme non voilée à de la viande crue sans emballage a détourné l’attention d’un autre postulat bien plus surprenant, qui sous-tend le raisonnement d’al-Hilali et qui est le suivant : si l’on considère que les femmes sont responsables du comportement sexuel des hommes, cela n’implique-t-il pas que les hommes sont totalement impuissants lorsqu’ils sont confrontés à ce qu’ils perçoivent comme une provocation sexuelle, qu’ils sont tout bonnement incapables d’y résister, qu’ils sont esclaves de leur appétit sexuel, précisément comme les chats quand ils voient de la viande crue ?

Par opposition à la présomption d’absence totale de responsabilité masculine dans leur propre comportement sexuel, l’accent qui est mis sur l’érotisme féminin en Occident tient à l’hypothèse que les hommes sont capables de retenue, qu’ils ne sont pas des esclaves aveuglés par leurs pulsions sexuelles. Les étranges dispositions légales iraniennes en la matière confirment bien que la responsabilité de l’acte sexuel est entièrement imputable à la femme : le 3 janvier 2006, une jeune fille de dix-neuf ans a été condamnée à mort par pendaison après avoir poignardé, de son propre aveu, l’un des trois hommes qui tentaient de la violer. Voici l’impasse dans laquelle on se trouve : qu’aurait été le résultat si elle avait décidé de ne pas se défendre ? Si elle avait laissé ces hommes la violer, elle aurait été condamnée à cent coups de fouet en vertu de la loi iranienne sur la chasteté ; si elle avait été mariée à l’époque des faits, elle aurait probablement été jugée coupable d’adultère et condamnée à mort par lapidation. Donc, quel que soit le cas de figure, la responsabilité lui incombe entièrement. Alors qu’aurait-elle dû faire ? La réponse est claire et nette : rester chez elle, ne pas sortir seule.

Dans ce monde musulman, il faut noter l’exception remarquable que constitue la Turquie, où l’on voit dans la rue des femmes portant tous les styles de l’industrie textile occidentale, des plus légèrement vêtues jusqu’aux classiques, à côté de femmes portant un foulard sur la tête ou des tenues islamiques intégrales ne laissant qu’une fente pour les yeux, sans que cela pose le moindre problème aux hommes turcs.

Et la gouvernance occidentale a fait et continue de faire rentrer sans discernement des millions d’hommes musulmans dont la culture en la matière (sauf exception turque) est à ce point incompatible avec la nôtre, sans considération aucune pour le fait qu’une telle divergence culturelle ne peut pas faire que ça se passera bien ici. Alors de quoi relève une telle politique ? Bêtise incompréhensible chez des gens que l’élection place au pouvoir ? Ignorance crasse des réalités de la société islamique ? Indifférence coupable et malveillante aux conséquences pour la population occidentale ?…