
Nous ne sommes pas des partisans de Nicolas Sarkozy, très loin de là. Si nous aimerions voir sous les verrous le soldat du mondialisme qui a voulu nous imposer de « relever le défi du métissage », c’est pour d’autres raisons que celles invoquée par la justice pénale française actuelle (voir nos articles Nicolas Sarkozy, rappel partiel de l’itinéraire d’un soldat de l’anti-France, Sarkozy, l’un des plus gros champions de la démolition française, et Sarkozy, point de bascule majeur vers le chaos (tous trois répertoriés dans la thématique France).
Ne soyons pas naïfs, il ne fait guère de doute que Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ne pas être au courant de la démarche attribuée à deux de ses collaborateurs seuls en direction de la Libye pour rechercher un financement illégal de sa campagne présidentielle, s’il n’a pas échafaudé lui-même ce projet avec ces deux collaborateurs. Mais il apparaît au final que les magistrats en charge du dossier ne sont pas parvenus à trouver trace de cet argent libyen qui aurait été perçu : pas d’enrichissement personnel, rien dans les comptes du parti. C’est ce qu’on appelle une absence manifeste de preuve. Où que soit passé cet argent, s’il a été perçu, il n’est pas là où les accusateurs prétendent qu’il était. Or la preuve est tout de même l’élément fondamental en droit établissant la culpabilité d’un prévenu.
En réalité, une partie de la justice pénale française est en pleine dérive. Ce qui est gravissime et extrêmement inquiétant. Elle se permet de bafouer la tradition juridique établie depuis que des procès existent, depuis que les hommes ont commencé à instaurer un instrument de justice au lieu de laisser la vengeance privée se faire. Pourquoi ? Parce que :
– Selon la tradition juridique, en l’absence de preuve, le doute doit bénéficier à l’accusé, même s’il est réellement coupable mais que les hommes l’ignorent puisqu’ils n’ont pas pu en apporter la preuve. C’est ce qui a fait dire à certains penseurs qu’ils préfèrent voir un possible coupable en liberté qu’un possible innocent injustement emprisonné. Le funeste Sarkozy est déclaré coupable alors que précisément l’innocence en droit est basée sur l’absence de preuves et que la présomption d’innocence a été estimée à ce point importante qu’elle est inscrite dans la constitution.
– Dans cette affaire les magistrats ont instruit un dossier sur la base d’un document initial dont ils ont reconnu que c’était un faux, donc inutilisable en justice.
– Ils ont inversé la charge de la preuve qui, dans la tradition juridique pénale française, revient à l’accusation. Ils ont demandé à l’accusé de prouver qu’il n’est pas coupable. C’est une incroyable entorse à la règle.
– Ils ont considéré, et c’est une invention dans la pratique pénale traditionnelle, que nier l’accusation vaut preuve de culpabilité, ce qui est tout de même hallucinant.
– Ils ont criminalisé une intention selon leur appréciation, ce qui en droit n’existe pas, on criminalise un fait commis prouvé, pas une pensée sans preuve d’exécution.
– Ils ont appliqué une exécution provisoire, le début immédiat d’exécution de la peine sans attendre que la chaîne traditionnelle des audiences ait été épuisée, jugement de première instance, appel si l’une des parties n’est pas satisfaite de ce premier jugement, cour de cassation, et désormais cour européenne des droits de l’homme en recours final, avant que la culpabilité soit reconnue définitive. Cette possibilité de l’exécution provisoire existe bien, mais elle est inadaptée à cette affaire, notamment parce qu’il n’y avait pas de risque de fuite à l’étranger de Nicolas Sarkozy et qu’il n’y avait aucun risque de récidive de sa part. Il est évident que les juges dans cette affaire se sont faits, pour eux-mêmes et pour la part de la magistrature qui milite à gauche, le plaisir d’humilier l’intéressé par un emprisonnement immédiat, ne serait-ce que sur le délai (un mois environ) jusqu’à l’examen d’une demande de remise en liberté et l’audience en appel, le plaisir de se payer sa tête. Il est manifeste que c’est un procès politique, une vengeance, contre l’homme qui avait évoqué la nécessité par ailleurs légitime de supprimer l’irresponsabilité des magistrats inscrite dans leurs statuts, les magistrats ne voient jamais leur responsabilité engagée, quoi qu’ils fassent, quelles que puissent être leurs erreurs, ce qui est une aberration archaïque totale dans les institutions de la modernité. Par un procès politique, les juges du funeste Sarkozy posent la question de l’impartialité des magistrats dans leur travail, la question de l’à priori, du préjugé. Est-il normal que lorsqu’on comparait devant un juge et que nos opinions politiques sont connues, on se pose la question de savoir si ce juge est un adversaire ou pas ? Nous en sommes arrivés là.
La classe politique de la démocratie française a beau être faite d’un ramassis de fripouilles en col blanc dont les exactions financières, les magouilles et les chantages sont indéniables, aujourd’hui dans le cas d’espèce Sarkozy nous assistons à une incroyable démonstration d’arbitraire au regard des règles et de la tradition juridique. Le principe de la séparation des pouvoirs a été conçu pour éviter l’arbitraire nous a-t-on dit. Mais c’est désormais l’un des trois pouvoirs qui agit de façon arbitraire sans que les deux autres fassent quoi que ce soit pour l’en empêcher. Les limites du principe de la séparation des pouvoirs sont atteintes, parce qu’une poignée d’individus en toge dans la branche pénale, au mépris de la tradition juridique dans le traitement des dossiers, se permet de prétendre que ce sont eux les patrons face à un monde politique qui a abdiqué sa fonction de direction souveraine du pays. Nous avons basculé dans la nouvelle religion du droit, où la subjectivité du juge dévore la preuve, et où le juge doit être placé au-dessus de tout, au-dessus de tous les pouvoirs. Les juges sont les nouveaux prophètes autoproclamés le 8 juin 1968, quand ils se sont constitués en syndicat de la magistrature, ce qui n’était pas prévu dans leurs statuts (tout comme celui des militaires). Suite à cela, le Conseil d’État par l’arrêt Obrego du 1er décembre 1972 a accepté dans une affaire une constitution de partie civile de ce syndicat autoproclamé et en a donc validé l’existence. À partir de là, les juges encouragés par une école de la magistrature qui était devenue une pépinière de militantisme gauchiste, se sont dit qu’ils allaient redessiner la société. Et ces gens engagés à gauche et faisant prévaloir leur engagement sur l’impartialité requise dans leur profession, se sont retrouvés avec une robe qui est véritablement devenue un costume militant, tout cela rentrant dans tous les cabinets ministériels avec la divine surprise de l’arrivée au pouvoir du Parti socialiste en 1981.
Au-delà, fondamentalement, il faut se demander si la séparation des pouvoirs n’est pas une aberration juridique puisque l’appétit de pouvoir de certains et la compétition des pouvoirs, en l’occurrence celle que livrent les juges politisés à gauche depuis 1972, introduit le chaos dans la direction d’un pays.
