Décryptage bancaire

Sans les apports financiers des banques, les oligarchies auraient souvent été paralysées dans leurs projets, faute de moyens. Quatre contraintes limitaient par le passé les banques dans leur pratique : 

  • Les Etats, décidés à rester maîtres de leurs affaires, imposaient un contrôle public aux opérations bancaires.
  • Les activités de la banque étaient limitées par ses capacités de prêt.
  • Les banques restreignaient leur activité par crainte du risque inhérent à toute transaction.
  • L’activité bancaire était prudemment séparée entre deux catégories d’établissements, banques de dépôt (votre banque, votre compte courant), et banques d’investissement.

Or un mouvement entamé vers le milieu des années 1970 a balayé les trois premières de ces contraintes. Explication :

C’est sous la présidence du funeste Bill Clinton que la quatrième a été supprimée, autorisant les banques de dépôt à risquer l’argent de leurs clients dans des opérations et des marchés n’ayant plus rien à voir avec une gestion de dépositaire prudent façon « pater familias ». Quatre révolutions bancaires ont permis à la banque de décupler sa puissance, lui donnant des moyens quasi illimités et une influence inégalée dans l’histoire.

Les banques se sont affranchies du contrôle public de leur activité par la création de marchés dits de gré à gré. Le principe en est simple : il s’agit pour les banques de négocier leurs affaires directement avec leurs partenaires, sans en référer à personne, sans avoir à se soucier des remontrances d’une éventuelle chambre de commerce ou d’une autorité financière. Les banques contournent les marchés dits « organisés », les Bourses. De la sorte, l’activité bancaire est techniquement incontrôlable et opère à la limite du marché noir. L’État est hors-service.

Deuxième révolution, le système de réserve fractionnaire. Longtemps, les banques ont dû pondérer leur appétit à cause de leur capacité de prêt, limitée de fait par leurs fonds propres. Dans les débuts de l’histoire bancaire, un banquier vous prêtait 500 pièces d’or parce qu’il les avait effectivement, physiquement dans ses coffres de dépôt. Grâce au système de réserve fractionnaire, les banques ont obtenu le droit de prêter de l’argent qu’elles ne possèdent pas, qui n’existe pas matériellement. L’exigence de détention de fonds propres n’est plus. Le prêt de 100.000 euros que vous consent aujourd’hui un banquier n’est que la création d’une ligne d’écriture comptable sur son écran d’ordinateur, on parle alors de monnaie scripturale. La banque peut désormais « prêter » dans des proportions autrefois impossibles. Elle n’est tenue de posséder réellement que quelques pourcents (7 à 10 % selon les sources) de la totalité des sommes qu’elle manipule. Elle crée virtuellement cette somme qui s’ajoute à la masse des sommes existantes (les sommes virtuelles comme celle-ci, et les sommes réelles) dans les documents et enregistrements par lesquels l’économie fonctionne. On comprend là qu’une très large partie de toute cette mécanique est donc totalement artificielle, du vent, qui ne repose sur aucune valeur réelle détenue par les banques. Toute cette mécanique ne se maintient que parce que l’on veut la maintenir. Le système des réserves fractionnaires est une escroquerie. Lorsque mensuellement vous remboursez une partie d’un prêt de monnaie scripturale consenti par votre banque, vous amputez votre pouvoir d’achat pour rembourser une somme qui n’existe pas.

Troisième révolution, la création de produits dérivés. Ils ont été inventés dans l’optique de créer une activité financière où le risque serait nul. En réalité, ces produits sont parmi les plus « toxiques » mais ils ont l’avantage, grâce à leur structure, d’être complètement déconnectés de l’activité réelle. Le gros des bénéfices des banques, depuis plusieurs décennies, vient des produits dérivés.

Quatrième révolution, la titrisation. Elle consiste à décider de transformer une créance en « titre ». Ainsi, un prêt contracté peut être transformé en actif financier qui sera échangé, négocié, vendu sur le marché financier à l’instar d’autres produits plus classiques comme les actions. Par ce système, les banques cherchent de nouveau à s’exonérer du risque. Qu’importe qu’un débiteur soit défaillant puisque son prêt peut être extrait du bilan de la banque par la titrisation, ce qui revient à escamoter, dissimuler, une valeur négative, ce qui n’est rien moins qu’un mécanisme frauduleux. Et ce prêt étant mélangé à d’autres actifs plus sûrs réunis en un seul produit, l’acheteur n’y verra que du feu, il n’est pas en situation (par manque de temps) de vérifier la solvabilité de tous les débiteurs ayant pu être glissés par le vendeur dans le paquet. La banque se débarrasse ainsi de ses mauvais payeurs. C’est la cause de la crise dite des « subprimes ». 

Conclusion : ce qui saute aux yeux évidemment à la lecture de ce décryptage de l’activité bancaire depuis les années 1970, c’est une mentalité totalement amorale, fondamentalement malhonnête dans les têtes pensantes de l’activité, pour être capables de concevoir de telles pratiques. Le veau d’or est plus vivant que jamais. Et l’un de ses serviteurs zélés a été placé à la tête de la France.