Cet article est le premier d’une série de trois qui sera consacrée au décryptage et à la démystification d’une partie du contenu de la philosophie des Lumières. La plupart des gens n’ont évidemment pas fait d’étude approfondie des penseurs de cette période, ils n’en savent que ce que le système éducatif du régime a bien voulu présenter et dire d’eux de façon flatteuse, portant au pinacle les Diderot, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, etc. en choisissant minutieusement quoi dire et quoi taire sur ces « éminences ». Nous allons ici apporter le complément qui, bien qu’il soit accessible à qui veut s’en donner la peine dans les bibliothèques et chez les libraires, est ignoré du plus grand nombre.
Cela va surprendre ceux qui l’ignorent, mais la philosophie des Lumières est eugéniste, nous le mentionnons dès le titre de cet article. Mais ce n’est pas à ce titre que nous la critiquons, étant nous-mêmes partisans d’un eugénisme bien mené. Ce que nous reprochons aux partisans du « Progrès », c’est leur hypocrisie, critiquant l’eugénisme lorsqu’il fut pratiqué ailleurs, alors qu’ils l’ont prôné, et qu’ils le pratiquent à un certain degré. Chez les auteurs que nous allons citer ci-après, si le mot eugénisme n’apparaît pas, tout le vocabulaire désigne une amélioration qualitative de la population et de la race. Démonstration :
C’est un fait établi, les dirigeants de la Révolution de 1789, invoquant la philosophie des « Lumières », se sont fixé un double but : détruire l’homme ancien, qu’ils considéraient défiguré par la tyrannie royale et la superstition religieuse, puis créer un Homme nouveau : l’Homme social.
« Il faut en quelque sorte recréer le peuple qu’on veut rendre à la liberté » (Jacques-Nicolas Billaud-Varennes).
« Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière » (Jean-Baptiste Carrier).
Recréer, régénérer… Ce projet, prométhéen, démiurgique, de créer un Homme nouveau par un « remodelage » dans un rapport qui est celui de l’argile et du potier, était celui de faire naître un citoyen républicain acquis au régime pour ainsi dire de façon fanatique, idolâtre, aisé à gouverner parce qu’il n’opposerait pas de contestation. Ils y sont parvenus à l’époque, sans quoi par la suite Bonaparte n’aurait pas pu disposer d’un tel contingent enrôlé pour tenter d’exporter la Révolution française dans toute l’Europe.
Pour qui a vraiment lu les penseurs des « Lumières » et les acteurs de la période révolutionnaire, il est savoureux de voir que ce qui a été reproché au IIIe Reich par les vainqueurs de 1945 comme étant des monstruosités, en matière d’eugénisme, d’anéantissement néonatal des handicapés, d’idée de construction d’un homme supérieur, de pureté de la race et du sang, de reproduction des meilleurs, de génocide des races inférieures… que tout cela a été précisément théorisé, proposé, et écrit par diverses icônes du panthéon « progressiste », et non des moindres : les Rousseau, Diderot, Voltaire, Cabanis, d’Holbach, Condillac, ou Maupertuis et Faiguet de Villeneuve par exemple. Mais étrangement, la conspiration du silence est très efficace sur cela… Le Système des Lumières est un régime de tartuffes !
Que découvre-t-on chez ces éminences vertueuses ? Que le Français de l’Ancien Régime est décidément un plouc, une pièce mal usinée, et qu’il va falloir améliorer tout ça :
L’« éducation nationale s’empare de tout l’homme sans le quitter jamais », n’étant pas « une institution pour l’enfance mais pour la vie entière » (Rabaud Saint-Etienne à la Convention, 21 décembre 1792, Archives parlementaires). On comprend leur nécessité de s’emparer des enfants afin de les former au plus tôt au culte du régime. Ce faisant, ils ne font évidemment que reproduire, mais selon leurs vues, ce qu’ils reprochaient à l’Église.
« Perfectionner l’ouvrage informe de la nature » (D’un professeur d’École centrale, 1796).
Œuvrer à « l’amélioration de l’espèce humaine », « modifier, pour ainsi dire, la substance de l’homme, de manière à l’identifier avec la forme du gouvernement » (La Réveillère-Lépeaux 1798).
Mener de front « le perfectionnement de l’organisation sociale et de l’organisation individuelle » (D’un anonyme dans la Décade Philosophique, 1799).
« Perfectionner l’espèce humaine au physique et au moral » (Sieyès à la Constituante lors du grand débat sur la Déclaration des Droits, 21 juillet 1789, Archives parlementaires).
Rabaud Saint-Etienne annonce « une race d’hommes forts et vigoureux » (à la Constituante, 18 août 1789).
« Une race de républicains doit être robuste » (Marie-Joseph Chénier à la Convention, 5 novembre 1793, Archives parlementaires).
« Après nous être occupés si curieusement des moyens de rendre plus belles et meilleures les races des animaux ou des plantes utiles et agréables ; après avoir remanié cent fois celles des chevaux et des chiens ; après avoir transplanté, greffé, travaillé de toutes les manières les fruits et les fleurs, combien n’est-il pas honteux de négliger totalement la race de l’homme ! comme si elle nous touchait de moins près ! comme s’il était plus essentiel d’avoir des bœufs grands et forts que des hommes vigoureux et sains ; des pêches bien odorantes ou des tulipes bien tachetées, que des citoyens sages et bons ! Il est temps à cet égard comme à beaucoup d’autres, de suivre un système de vue plus digne d’une époque de régénération : il est temps d’oser faire sur nous-mêmes ce que nous avons fait si heureusement sur plusieurs de nos compagnons d’existence ; d’oser revoir et corriger l’œuvre de la nature… » (Cabanis, Rapports du physique et du moral de l’homme, pages 298-299). Cabanis paraît manifestement fort soucieux d’« améliorer la race ».
Maupertuis, que Frédéric II importa pour présider son Académie, rêve la perspective d’un haras humain qui produirait au roi des grenadiers d’élite. L’effleure également l’idée séduisante de quelque sultan qui profiterait des facultés reproductives de son harem pour des croisements exploratoires (Léon Poliakov, Le Mythe Aryen, page 160-161).
Faiguet de Villeneuve, économiste physiocrate et encyclopédiste : « Dans toutes les espèces d’animaux que les hommes ont domestiqués, on choisit, pour la propagation, les individus les plus beaux et les plus parfaits ; qui le croirait, c’est le contraire dans l’espèce humaine ? ». Les agronomes « observent tous avec raison qu’il faudrait introduire dans nos campagnes les plus belles espèces d’animaux », et simultanément « éteindre peu à peu les espèces actuelles, presque toutes abâtardies. Pourquoi les mêmes attentions et les mêmes vues ne seraient-elles pas proposables pour l’amélioration de notre espèce dont la vigueur et la bonne santé nous intéressent bien davantage » (Faiguet de Villeneuve. L’économie politique. Projet pour enrichir et pour perfectionner l’espèce humaine. 1763. Pages 115, 116, 122). Et les défectueux ? Dans son projet philanthropique, il en prône la résorption par la mise sur pied de « régiments de bossus, de boiteux et de borgnes », pour « diminuer d’autant l’extinction des forts hommes que l’on tire de la campagne », alors que dans l’état actuel des choses « les sujets les plus faibles, les plus laids, les plus ineptes se marient tous les jours » (pages 113, 114, 118).
« Il y a un art de changer la race des animaux, n’y en aurait-il pas pour perfectionner celle des hommes ? » (La Chalotais, Essai d’Education Nationale, ou Plan d’Études pour la Jeunesse. 1763).
« Les princes ont des haras de chevaux ; ils devraient en avoir de sujets. Quand on empêchera les mélanges de races, on sera sûr d’avoir de l’excellent et en chevaux et en hommes » … « Toute sorte d’humeur, toute qualité de sang, tout assortiment de caractère ne serait pas propre à faire un citoyen de cette ville » … « Tous les membres de la société qui seraient infirmes, malsains, laids, sots, méchants seraient retranchés de la société » … « En cent ans, il s’y formerait un sang si pur et si beau, qu’il serait le réparateur de la nation » … « Si j’avais un royaume à moi, j’ordonnerais dès demain l’essai de cette police » et « je ne doute pas que je n’eusse en vingt-cinq ou trente ans une race d’hommes dans les veines desquels circuleraient le bon sens et la vertu » (La Baumelle, Mes Pensées, ou le Qu’en dira-t-on, 1751, 1752).
Pour Jean-Jacques Rousseau, « la vie » de l’homme est devenue « un don conditionnel de l’État » (Contrat Social, 1762, page 72). Que faut-il comprendre ? Que si vous ne remplissez pas ou plus les conditions exigées par l’État, il peut vous la reprendre ?
Restif de la Bretonne formant le vœu que les citoyens les plus méritants se voient affectés pour épouser des filles tirées « de tous les cantons où l’espèce est la plus belle », explique prévoir pour eux, « les moyens d’avoir une belle race », au sens ici de descendance. L’Irlande, le Comtat, le pays de Caux, le Labourd sont à l’en croire ces hauts « cantons » qualitatifs du genre humain (Restif de la Bretonne, Monsieur Nicolas ou le cœur sur la main dévoilé, 1794-1797). Faiguet de Villeneuve, encore lui, dans un mélange de cosmopolite métissolâtre (déjà !) et de raciste maquignon pour humains examinant et sélectionnant la marchandise, voyait plus large, suggérant que « de toutes parts » on importât « de belles filles bien choisies pour la vigueur et pour la taille », par arrivage annuel de douze à quinze cents sur bétaillères flottantes – il le dit « dans un sens politique et sérieux » et nous prend à témoins : « Qui de nous ne verrait plus volontiers ces nouvelles cargaisons, que de vaines curiosités qu’on nous apporte à grands frais, des oiseaux rembourrés, des peaux de lézards et de serpents, des minéraux, des coquillages, etc. » (Faiguet de Villeneuve, L’Économie politique, 1763).
De nos jours, les héritiers idéologiques de ces penseurs viennent nous donner des leçons d’humanisme, nier la notion de race, et nous « enrichir » de tout ce que la planète fait de plus obscurantiste et dégénéré.

