Conséquence du parlementarisme dans un ensemble hétérogène

Le système vainqueur de 1945 a instauré une telle réputation négative à Mein Kampf, que pour certains en faire la lecture relève du tabou suprême, du verrou mental, une chose impensable. Mais il n’y a à rien que de très normal, on ne saurait attendre d’escrocs qu’ils fassent la promotion d’un homme qui les a parfaitement compris et décrits. L’honnête citoyen serait pourtant bien avisé de faire cette lecture. Il y découvrirait des choses surprenantes, en comprendrait certaines autres. Et c’est bien pour cette raison que la crainte de sa lecture a été instaurée. Il y découvrirait des choses surprenantes comme par exemple l’admiration de Adolf Hitler pour le Parlement britannique qu’il pose en modèle, mais dont il regrette qu’il ait pris une forme dévoyée dans son pays, à Vienne. Extraits :

En tête des institutions qui pouvaient justifier le plus clairement le grignotage de la monarchie autrichienne, même à des yeux peu clairvoyants de petit bourgeois, se trouvait celle qui, plus que toute autre, aurait dû compter la puissance parmi ses attributs : le Parlement, ou, comme on l’appelait en Autriche, le Reichsrat.

Visiblement, le modèle de cette institution était en Angleterre, au pays de la classique « démocratie ».

On y prit toute la bienheureuse ordonnance et on la transporta à Vienne, en la changeant le moins possible. […] Seuls, les « édifices » eux-mêmes étaient déjà quelque peu différents. […]

Lorsque, n’ayant pas encore vingt ans, j’entrai pour la première fois dans le Palais du Franzensring pour assister à une séance de la Chambre des députés, je fus empoigné par le plus vif sentiment de répulsion.

Je détestais déjà le Parlement, mais non pas tout à fait en tant qu’institution. Au contraire, mes tendances libérales ne me permettaient pas d’envisager un autre mode de gouvernement. La pensée d’une quelconque dictature m’aurait apparu, rapprochée de mon attitude vis-à-vis de la maison des Habsbourg, comme un crime contre la liberté et contre toute raison.

Ma réelle admiration pour le Parlement anglais y contribuait beaucoup : elle m’avait été inspirée, sans que je m’en rendisse compte, par les innombrables journaux que j’avais lus étant jeune et je ne pouvais m’en défaire ainsi sans façon. La dignité avec laquelle la Basse Chambre elle-même s’acquittait là-bas de ses obligations et que notre presse nous présentait sous de si belles couleurs, m’en imposait beaucoup. Pouvait-il donc y avoir une forme plus élevée du gouvernement d’un peuple par lui-même ? De là, précisément, mon inimitié pour le Parlement autrichien : je tenais l’ensemble de ses errements pour indignes de son glorieux modèle. Mais un nouvel argument vint alors s’ajouter aux miens.

L’élément allemand dans l’État autrichien dépendait du sort que lui ferait le Reichsrat. Jusqu’à l’introduction du suffrage universel secret, il existait encore une majorité allemande au Parlement, modeste, il était vrai. Cette situation donnait déjà à réfléchir, car l’attitude incertaine de la Social-Démocratie au point de vue national la faisait toujours aller à l’encontre des aspirations des Allemands chaque fois que les intérêts de ceux-ci étaient en jeu : ceci par crainte de détacher d’elle ses partisans dans des peuples étrangers. Déjà, la Social-Démocratie ne pouvait donc être considérée comme un parti allemand, mais l’institution du suffrage universel fit cesser la suprématie allemande même au point de vue numérique. La route était maintenant libre à la « dégermanisation ».

Dès lors, mon instinctive conservation nationaliste s’accommoda mal à une chambre de représentants du peuple, où tout ce qui était allemand se trouvait, non pas représenté, mais trahi. Mais ces défauts, comme tant d’autres, étaient beaucoup moins imputables au système de scrutin qu’à l’État autrichien lui-même. J’avais déjà pensé qu’il ne se présenterait plus d’occasion, tant que survivrait le vieil État, pour que la majorité allemande recouvrât une position primordiale au Parlement.

C’est dans ces dispositions que je pénétrais pour la première fois dans ces lieux aussi vénérables que décriés. D’ailleurs, je ne les vénérais qu’en raison de la noblesse magnifique de l’édifice : une merveille grecque en terre allemande.

Adolf Hitler, Mein Kampf (date de parution 1925)

Quelles leçons doit-on tirer de ce témoignage ? L’empire austro-hongrois, par l’Histoire, s’est constituée en une mosaïque de peuples aux ethnies et nationalités distinctes (nous ferons l’économie de les détailler et vous renvoyons à vos propres recherches si nécessaire) … une fédération monarchique. Outre l’allemand et le hongrois, on y parlait donc au total par la présence d’autres peuples le croate, l’italien, le polonais, le roumain, le serbe, le slovène, le tchèque, l’ukrainien, l’arménien, le bulgare, le frioulan, le ladin, le romani, le slovaque, le yiddish. Mais historiquement avant son alliance avec la Hongrie, l’Autriche est un territoire de population et de culture allemande. Tout comme la France continentale, pays unique lui, avant l’arrivée de l’immigration est globalement un pays de population homogène et de culture française.

Tant qu’un ensemble reste homogène, les choses se passent normalement. Mais que se produit-il dès lors que l’on bascule dans un ensemble diversitaire ? Tout est bouleversé. Sous l’influence d’une charité mal placée parce qu’excessive, que certaines forces ne se privent pas de diffuser, il prend au groupe majoritaire de ne plus oser être maître chez soi, et le clientélisme s’installe envers les groupes minoritaires (« l’attitude incertaine de la Social-Démocratie au point de vue national la faisait toujours aller à l’encontre des aspirations des Allemands chaque fois que les intérêts de ceux-ci étaient en jeu : ceci par crainte de détacher d’elle ses partisans dans des peuples étrangers. » […] « Dès lors, mon instinctive conservation nationaliste s’accommoda mal à une chambre de représentants du peuple, où tout ce qui était allemand se trouvait, non pas représenté, mais trahi.)

Que ce soit au sein d’un empire ou d’un pays seul, le vice de la démocratie est de parvenir un jour à rendre minoritaire celui qui était majoritaire ou seul détenteur du pouvoir dans ledit territoire parce que seul peuple initialement présent. Et c’est bien pour cela que cet objectif est recherché par ceux qui ont l’obsession cosmopolite. A chacun de voir et d’identifier qui a l’obsession cosmopolite dans le monde politique et intellectuel français.