Le chapitre des Twitterfiles français s’ouvre enfin !

Contexte : en 2022, suite au rachat de Twitter par Elon Musk, ce dernier ouvrait à une demi-douzaine de journalistes la messagerie interne de l’entreprise, ouvrant la voie à une multitude de révélations sur la façon dont Twitter, sous la pression du FBI et de ses propres équipes de modération, avait largement censuré les comptes Républicain durant le mandat de Joe Biden. Plus récemment, à l’occasion d’un meeting à Munich, le vice-président JD Vance expliquait à un public médusé que la liberté d’expression était en danger en Europe. Un mois auparavant, lors du sommet de l’IA à Paris, le même JD Vance lançait qu’il n’était pas digne pour une démocratie d’utiliser l’IA pour censurer ses citoyens, ciblant de façon implicite le pouvoir français. Le bras de fer mené par les USA envers l’UE, qui à ce stade à réussi à imposer des tarifs douaniers sans la moindre réciprocité de la part de l’Europe, ne s’arrête pas en si bon chemin. A de multiples occasion, Donald Trump comme JD Vance ont annoncé vouloir mener une guerre contre les législations contraignant les Big Tech américaines, avec en ligne de mire le DSA et Thierry Breton. Voici les principales révélations du rapport publié aujourd’hui.

L’Émergence d’un Cartel de la Censure en France

Les « Twitter Files France » sont une série de révélations basées sur les communications internes de Twitter mettant en lumière les efforts coordonnés du gouvernement français, d’ONG proches de l’État et du système judiciaire pour influencer la modération de contenu sur les plateformes de médias sociaux. Ce rapport montre comment la France, en s’appuyant sur une longue tradition de contrôle étatique de la parole, a développé un « Cartel de la Censure » avant même l’avènement des cadres réglementaires européens comme le Digital Services Act (DSA). Comme avec son volet américain, il faut s’attendre à de multiples révélations dans les mois à venir, voici les premières informations issues de ce rapport.

Intervention directe du Président Emmanuel Macron

En octobre 2020, l’équipe du Président Emmanuel Macron a insisté pour obtenir le numéro de téléphone du PDG de Twitter de l’époque, Jack Dorsey, sous prétexte de le féliciter pour les mesures prises en faveur de l’intégrité électorale. Cette démarche est perçue comme une tentative personnelle du président d’influencer les politiques des plateformes américaines en France.

Le rôle des ONG comme « Exécuteurs Non-Gouvernementaux »

La Constitution française et la loi de 1881 sur la liberté de la presse interdisent à l’État toute forme de censure préventive. Cependant, des ONG telles que l’UEJF, SOS Racisme, SOS Homophobie, la LICRA et le MRAP, souvent « accréditées par l’État » et souvent financées par lui, ont comblé cette lacune. Elles ont lancé de multiples poursuites judiciaires (connues sous le terme de « lawfare ») contre Twitter, ciblant des contenus jugés « haineux » (une catégorie juridiquement non définie en France) ou « illégaux ». Ces ONG ont exercé des pressions pour obtenir la suppression de comptes, une transparence accrue sur les pratiques de modération de Twitter, et la levée de l’anonymat des utilisateurs, des demandes qui allaient souvent au-delà des exigences légales de l’époque. Les communications internes de Twitter révèlent que ces actions étaient parfois synchronisées avec le calendrier législatif pour soutenir l’adoption de lois plus répressives, comme la loi Avia contre la haine en ligne.

Pressions judiciaires et poursuites contre la direction de Twitter/X

Le PDG de Twitter France, Damien Viel, a été poursuivi en 2022 pour « non-conformité à une injonction judiciaire » et « complicité de diffamation » après que des tweets aient comparé la police française au régime de Pétain et qualifié un haut fonctionnaire de nazi. Bien qu’acquitté, cette affaire est vue comme une tentative politiquement motivée de faire pression sur Twitter. Plus récemment, une enquête pénale a été ouverte en juillet 2025 contre X et sa direction pour « ingérence dans le fonctionnement d’un système de traitement automatisé de données » et « extraction frauduleuse de données ». Les plaintes accusent X de manipuler ses algorithmes pour promouvoir du « contenu politique important, haineux, raciste, anti-LGBT+ et homophobe », dans le but de « biaiser le débat démocratique en France ». Cela suggère qu’Elon Musk lui-même pourrait faire face à des poursuites s’il se rend en France. Le cas de Pavel Durov (Telegram) : Le fondateur de Telegram a été arrêté et inculpé à Paris en août 2024 pour des crimes graves, notamment complicité dans la gestion d’une plateforme facilitant des transactions illégales (pédopornographie, trafic de drogue) et refus de communiquer des informations aux autorités. Ce cas est également perçu comme politiquement motivé, en partie pour tenter d’obtenir un accès aux communications chiffrées de Telegram, que la classe politique française utilisait largement.

Le Contexte Transatlantique : De la Censure Américaine aux Législations Européennes

Les « Twitter Files » américains avaient déjà révélé un complexe industriel de la censure impliquant le gouvernement et des acteurs non étatiques pour supprimer la parole. Les révélations françaises s’inscrivent dans cette tendance, mais avec des spécificités européennes et françaises qui posent des défis uniques aux plateformes mondiales :

– Le Bras de Fer entre les États-Unis et l’Europe sur la Censure : L’UE et la France pourraient bientôt contraindre les plateformes de médias sociaux américaines, y compris X, à censurer des utilisateurs américains. Cela fait partie des négociations commerciales en cours avec l’administration Trump.

– Des responsables européens comme Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur, ont déjà menacé Elon Musk d’actions après des événements comme son interview avec Donald Trump.

– Le rapport souligne que les lois européennes, qu’elles soient nationales ou à l’échelle de l’UE, « permettent en effet la censure des citoyens américains » en contournant le principe du « pays d’origine » qui voudrait que le contenu soit régi par les lois du pays de production, non de consommation.

– Les États-Unis, sous l’administration Trump, ont commencé à réduire le financement et l’autorité de leur propre complexe industriel de la censure, tandis que ce dernier « gagne en puissance en Europe, particulièrement en France ».

Le Digital Services Act (DSA) comme Fondement Européen

La France a en grande partie jeté les bases juridiques du DSA. Le DSA est présenté comme le « fondement du cadre de censure du bloc » :

– Il impose aux plateformes des obligations de modération, y compris le retrait rapide de contenus illégaux ou haineux, sous peine d’amendes pouvant atteindre 4% de leur chiffre d’affaires mondial.

– La loi SREN (Sécurisation et Régulation de l’Espace Numérique) de 2024, qui intègre le DSA en droit français, renforce ces obligations, notamment en ce qui concerne les deepfakes et la vérification de l’âge pour les sites pornographiques.

– La France envisage d’aller plus loin en développant un « contre-algorithme » pour détecter les « biais » des plateformes et exiger des corrections, ce qui pourrait entraîner une censure automatisée ex-ante au niveau algorithmique.

– Le projet de loi européen « Chat Control », visant à scanner les contenus chiffrés pour lutter contre la pédopornographie, est également une source d’inquiétude pour la surveillance de masse.

Thierry Breton

VIGINUM et la « Sécurité Cognitive »

VIGINUM, une agence d’État française créée en 2021, est chargée de détecter et de contrecarrer les campagnes d’ingérence numérique étrangère. Modelée sur le Global Engagement Center américain (démantelé par l’administration Trump), VIGINUM est vue comme un outil similaire de censure et de suppression des voix dissidentes sous prétexte de lutter contre la désinformation. Son implication dans l’annulation du premier tour des élections présidentielles roumaines de 2024, accusant une ingérence russe via TikTok malgré des preuves contradictoires, illustre son mandat potentiellement plus offensif.

Un Avenir Sombre pour la Liberté d’Expression

Les révélations des Twitter Files France mettent en évidence une tendance croissante de l’État français et des élites à tenter de contrôler le discours en ligne. Motivées par la peur du « populisme » et des « désordres informationnels » suite à des événements comme le Brexit et l’élection de Donald Trump, ces actions visent à préserver le pouvoir et les privilèges de l’établissement. La multiplication des lois « liberticides », le recours à des ONG comme proxies, la politisation de la justice, et l’ambition de réglementer les algorithmes jusqu’à un niveau granulaire, sont autant de signes que la liberté d’expression en France, et par extension en Europe, est « réduite à l’ombre d’elle-même » et est de plus en plus considérée comme un privilège accordé à ceux qui adhèrent aux récits officiels. Cette situation est d’autant plus préoccupante que la confiance du public envers les médias et l’État est historiquement basse.

Fabrice Epelboin