Ils rêvent de la fin de la liberté d’expression

De même que les contrôles de police s’intensifient à mesure que vous vous approchez physiquement des lieux de pouvoir, des bâtiments officiels et des centres décisionnaires, les mêmes contrôles d’identité et de traçabilité vont de plus en plus se multiplier sur Internet maintenant que celui-ci est l’endroit où des frondes peuvent naître, se lever, s’organiser, et où la critique du pouvoir s’exerce, en assumant qui plus est d’être de plus en plus en contestation frontale avec le régime et ses marionnettes.

Le régime ne l’autorisera pas indéfiniment. L’ARCOM constitue déjà une milice au service du pouvoir, chargée d’entraver la circulation des mouvements et des idées hostiles au régime. Leur rêve est de monter une autre milice entièrement dédiée à la traque des récalcitrants sur la Toile. Le contrôle de l’âge et la déclaration préalable d’identité, conditions pour pouvoir utiliser Internet et les réseaux sociaux, ils en rêvent, et ce n’est évidemment pas pour décourager quelques terroristes qui utiliseront des VPN ni quelques pédophiles qui utilisent des chemins de traverse sur le Dark web. Ce qu’ils veulent, c’est que monsieur Tout-le-monde montre patte blanche avant d’ouvrir le web, afin qu’il se sache suivi, observé, contrôlé et retrouvable et qu’à ce titre il se tienne spontanément à carreau sur le chapitre de la communication des idées politiques. C’est une opération politique, exclusivement politique dans ses intentions.

— Jonathan Sturel

Nous rappellerons pour notre part que dans une société normale, la liberté d’expression tend à protéger l’expression de toutes les opinions, et pas seulement les opinions qui ont la faveur du pouvoir ou d’une majorité. Mais la France n’est plus une société normale. Dire quelque chose qui plaît à tout le monde, c’est facile. La véritable liberté d’expression, c’est à l’inverse de pouvoir formuler des opinions pouvant heurter l’État ou une partie de la population. C’est ça la véritable liberté d‘expression, c’est de pouvoir exprimer ce qui dérange. N’avoir le droit de dire que ce qui plaît, ou ce avec quoi la majorité est d’accord, ce n’est pas de la liberté. En conséquence, il est donc évident que de toutes les opinions existantes, celle qui doit être par-dessus tout protégée dans son expression c’est précisément l’opinion minoritaire. Sans cette protection, on bascule de fait dans la dictature de la pensée. Nous y sommes.