Entre le marteau du pouvoir et l’enclume de leur conscience

Les Forces de l’Ordre ont un devoir statutaire de loyauté envers le régime, le pouvoir politique, les Institutions. Cet argument est fréquemment mis en avant pour justifier telle ou telle action de leur part. Ce principe de loyauté n’est pas une mauvaise chose en soi et tout se passe normalement tant qu’il s’exprime au bénéfice d’un pouvoir qui n’agit pas contre les intérêts du peuple et de la nation. Mais qu’en est-il en cas d’arrivée dans la vie du pays d’un pouvoir malsain, malfaisant ? 

À qui dès lors doit aller prioritairement la loyauté des FDO ? Au peuple ou à la hiérarchie professionnelle et politique ? Une partie d’entre elles ne se pose pas de question, c’est plus confortable à tous points de vue, pour la tête, pour éviter une situation conflictuelle avec la hiérarchie et une tache sur le dossier administratif, parce qu’on a la responsabilité d’une famille à nourrir, on obéit au seul prétexte que le pouvoir est « légitime », qui que ce soit qui l’exerce. Les gens n’aiment pas regarder la vérité en face, parce que la vérité a ceci de désagréable qu’une fois que l’on sait, on a une responsabilité par rapport à ce que l’on sait. Et dès le moment où l’on a cette responsabilité et que l’on sait, on doit agir parce que l’on ne peut plus faire comme si l’on ne savait pas. Tant que l’on feint d’ignorer le problème, tant que l’on détourne la tête, au fond on n’a pas de responsabilité puisque le problème n’existe pas. Le plus confortable c’est de nier le problème, c’est ce que font la plupart des gens. C’est ce qui leur coûte le moins d’énergie. Mais c’est aussi ce qui se paie le plus cher sur la durée, pour soi et pour le pays.

Il y a bien la désobéissance admise par la théorie des « baïonnettes intelligentes », mais elle n’est admise qu’en cas d’ordres illégaux. Pourtant, dans un souci de préservation de l’intérêt supérieur de la nation, et quand les parlementaires ne font rien pour s’opposer à un pouvoir malveillant, la théorie des baïonnettes intelligentes ne devrait-elle pas être étendue d’initiative par les gardiens et les boucliers de la nation en cas d’application d’une politique immorale dont de nombreux actes sont ouvertement marqués du sceau de la forfaiture, tout « légitime » que soit ledit pouvoir selon le résultat annoncé des urnes ? Dans ce cas, les forces armées et de police dont il n’y a pas à douter qu’elles sont faites de femmes et d’hommes de bonne éducation, soucieux de la prévalence du Bien, ne devraient-elles pas se dresser contre ce Mal ? Mais il faut pour cela que l’initiative vienne du sommet hiérarchique, une caserne seule (entendez stricto sensu, ou une brigade, un commissariat), quelques hommes du rang minoritaires donc isolés s’insurgeant contre une politique néfaste ne sauraient bien entendu avoir la possibilité de mener un coup d’état. Or, le sommet hiérarchique a montré qu’il ne faut attendre aucun secours de sa part, il est là où il est parce qu’il adhère idéologiquement à la philosophie de la machine et du pouvoir en place, le pouvoir sait choisir et promouvoir ses prétoriens dès lors redevables et qui préfèrent faire passer leur intérêt personnel avant celui du pays. Il y a peu de choses qui nous fassent davantage mal aux tripes que ces images de soumission des forces armées à un pouvoir politique de félons. De ce fait, les hommes de Bien parmi les Forces de l’Ordre restent coincés entre le marteau du pouvoir et l’enclume de leur conscience.